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La
peine de mort, 20
ans après son abolition
Le
23 octobre 2001 - Abolie légalement voici 20 ans,
la peine de mort s'abolit peu à peu également
dans les esprits. Près d'un Français sur deux
(49%) se dit aujourd'hui opposé à son rétablissement,
pour 33% en 1981. Cette évolution ne doit toutefois
pas cacher la part non négligeable de l'opinion qui
y reste favorable (44%), et l'existence de clivages socioculturels
(et dans une moindre mesure politiques) toujours tenaces.
Une
abolition idéologique plus lente que l'abolition légale
49%
des personnes interrogées se déclarent aujourd'hui
opposées au rétablissement de la peine de mort
et 44% y sont au contraire favorables. Ce jugement résulte
d'une évolution lente de l'opinion à l'égard
de la peine de mort : ses partisans diminuent continûment
depuis 1985, année où les " pro-peine
de mort " culminaient à 65%. Il faut se rappeler
qu'au moment de l'abolition de la peine de mort, une forte
majorité de l'opinion y est toujours favorable (61%).
Si le début des années 80 est marqué
par une légère diminution des soutiens - due
en partie à l'impact de la loi instaurant sa suppression
-, la période suivante connaît une stabilité
des jugements (autour de 60% d' "anti-abolition"),
dans un contexte de montée en puissance d'un discours
sécuritaire et d'une controverse suscitée par
les prises de position du Front National sur ce thème.
Ce n'est qu'à partir du milieu des années 90
qu'on observe un lent retournement de tendance de l'opinion.
Pour
comprendre l'apaisement de l'opinion que l'on observe depuis
une dizaine d'années, on peut rappeler combien les
valeurs ont évolué au cours des 20 dernières
années, dans le sens d'une plus grande tolérance
et de la montée en puissance du libéralisme
culturel. Mais on a assisté, parallèlement,
à une demande croissante d'ordre et de sécurité
dans la sphère publique.
L'évolution des jugements
sur la peine de mort semble à première vue entrer en contradiction
avec cette demande d'ordre. Ceci est d'autant plus remarquable qu'elle intervient
dans un contexte marqué par la montée des préoccupations
sécuritaires (comme l'atteste, par exemple, la
dernière vague de notre baromètre Sofres-Figaro Magazine) et
par la médiatisation des affaires de pédophilie ou de violence à
l'égard des mineurs. Plus conjoncturellement, cette enquête a été
réalisée après les attentats du 11 septembre contre les Etats-Unis.
Plusieurs
hypothèses pour expliquer cette évolution
D'abord,
la marginalisation du thème de la peine de mort au
sein du débat politique et public au cours des dernières
années (à l'exception du Front National, seul
à en demander le rétablissement). Ce fait n'est
pas mince, car on mesure sans doute autant le déclin
de l'attachement à la peine de mort, que la probabilité
de plus en plus faible d'un rétablissement de cette
peine et l'obsolescence de ce débat. On peut rester
pour la peine de mort au fond de soi, mais juger que tout
cela est maintenant dépassé.
Ensuite,
l'efficacité du discours antiabolitionniste et du contre-exemple
américain. Les arguments des anti-peine de mort auraient
ainsi peu à peu porté leurs fruits, d'autant
plus que l'exemple américain témoigne régulièrement
tant de la non-dissuasivité de la peine que des risques
d'erreur judiciaire condamnant des innocents à la mort.
Elle témoigne également de la non-efficience
de la prétendue exemplarité de la peine. D'ailleurs,
aux Etats-Unis même le débat (avant les attentats
du 11 septembre) a souvent fait rage, et on a assisté
ces dernières années à un recul - bien
que mesuré - des opinion pro-peine de mort.
Par
ailleurs, la demande d'ordre évoquée plus haut
porte d'abord sur l'instauration ou l'affirmation de règles
collectives du " vivre ensemble " plus
que sur des sanctions individuelles, et sur les actes de délinquance
" courants " plus que sur les crimes -
fortement médiatisés mais moins fréquents
- autrement dit des actes qui ne sont on n'étaient
pas susceptibles d'être punis par la peine de mort .
Enfin,
la détente psychologique. On peut en effet relever
que l'évolution de l'opinion coïncide avec l'amélioration
(subjective et objective) de la situation de l'économie
française au cours des dernières années.
Des
clivages socio-culturels plus que politiques
Reste
que 20 ans après son abolition, la peine de mort recueille
encore 44% de supporters. Le clivage politique gauche-droite
demeure vivace : 58% des sympathisants de droite se montrent
favorables au rétablissement de la peine de mort, pour
34% de ceux de gauche. Dans le détail, ce sont les
électorats à forte composante populaire qui
se montrent les plus favorables au retour de la peine de mort :
à gauche, le PC (56%) ; à droite, le FN
et le MNR (80%) et le RPF (78%). Les sympathisants écologistes
(67%), socialistes (63%) et UDF (47%), - composés majoritairement
de classes moyennes et supérieures - , soutiennent
l'abolition.
Mais
on constate que ce sont les clivages d'ordre socioculturels
qui pèsent plus fortement dans les jugements à
l'égard de la peine de mort. L'écart entre les
plus diplômés et les sans diplômes s'élève
à 41 points ; entre les ouvriers et les cadres
supérieurs à 32 points.
Enfin,
l'âge reste également un critère discriminant :
les plus de 65 ans présentent la double particularité
de se montrer les plus sensibles au rétablissement
de la peine de mort (52%, pour 31% chez les plus jeunes),
et d'être la seule tranche d'âge à avoir
une majorité d'opinions " pro-peine de mort "
(52%, contre 39%).
Fiche
technique
Cette
enquête a été réalisée les 26 et 27 septembre 2001 auprès
d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif
de l'ensemble de la population âgée de 18 ans
et plus, interrogées en face-à-face. Méthode
des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage
PCS) et stratification par région et catégorie
d'agglomération.
Question
: Etes-vous favorable ou opposé au rétablissement
de la peine de mort ?
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Favorable
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44
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-
Opposé
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49
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-
Sans opinion
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7
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L'ÉVOLUTION DE L'OPINION
SUR LA PEINE DE MORT DEPUIS 1978
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