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Les Français
et
l'éducation à l'environnement
Le 23 novembre
2001 - Réalisée
pour le compte de la Fondation de France,
notre enquête invite les Français à
analyser les facteurs des problèmes écologiques
actuels, la place de l'éducation à l'environnement
et les pratiques individuelles dans ce domaine. En tant
qu'enjeu politique, l'environnement devient une valeur qu'il
faut transmettre. Principal vecteur de transmission :
l'éducation, notamment auprès des jeunes,
via l'école et la télévision. Enfin,
c'est aux parents qu'il revient d'inculquer au quotidien
le respect de l'environnement. Tels sont les principaux
enseignements de notre étude.
L'environnement :
un enjeu politique
et social devient une valeur à transmettre
Tout d'abord,
la préservation de l'environnement est considérée
comme un enjeu de société prioritaire par
près de quatre Français sur dix (39%), qui
témoignent ainsi d'une sensibilité élevée
aux problèmes environnementaux. Ceux qui expriment
une absence d'intérêt sont très marginaux
(3%), la majorité des Français (58%) considérant
en réalité qu'il s'agit d'un thème" très
important mais pas prioritaire ". Mais contrairement
à une idée fréquemment répandue,
on n'observe pas de progression de la sensibilité
environnementale depuis la fin des années quatre-vingt :
en 1989, déjà 41% des Français l'estimaient
prioritaire, soit en réalité un très
léger fléchissement en douze ans.
Autre cliché
démenti : les préoccupations environnementales
ne sont pas le fait de jeunes urbains éduqués
issus des classes moyennes ou supérieures, elles
sont aussi répandues chez les plus de 50 ans et les
milieux populaires, et davantage dans les petites villes
que dans les grands centres urbains.
En réalité,
on observe que le respect de l'environnement, relativisé
comme priorité sociale, occupe une place centrale
parmi les valeurs individuelles, celles que l'on transmet
aux enfants. Après le respect des autres, cité
à l'unanimité (91%), et la tolérance
(61%), mais avant la solidarité (54%) et le sens
de l'effort (47%), le respect de l'environnement et de la
nature est cité par 57%. On notera que c'est parmi
les catégories populaires et, logiquement, ceux qui
font de l'enjeu environnemental une priorité, que
ce thème est le plus mis en avant. En revanche, le
fait d'avoir ou non des enfants est indifférent.
Renvoyée
vers les comportements individuels, la préservation
de l'environnement passe de plus en plus par l'éducation
Si le souci
écologique devient une valeur à transmettre,
c'est qu'il entretient une relation étroite avec
l'éducation. Les Français font ainsi un lien
très net entre les attitudes responsables dans ce
domaine et l'éducation reçue : 56% des
interviewés interprètent les comportements
anti-environnementaux comme le révélateur
d'un manque d'éducation. Mais 41% les analysent plutôt
comme de l'égoïsme, une absence d'esprit civique.
Le débat n'est donc pas clos entre ceux qui estiment
que l'éducation est une variable déterminante,
et ceux qui en relativisent la portée et pointent
la fréquente mise entre parenthèses de l'éducation,
le temps d'un acte incivique. Seuls 2% les mettent sur le
compte d'une absence de choix possible.
C'est pourtant
la voie éducative qui paraît, et de loin, la
plus efficace aux yeux des citoyens pour lutter contre la
dégradation de l'environnement. Confrontés
à quatre types d'action à privilégier
- l'éducation, l'action politique, la recherche scientifique
et la sanction judiciaire - les Français sont 71%
à estimer que l'éducation doit être
la priorité. Cela indique que les enjeux environnementaux
sont aujourd'hui, aux yeux du public, intimement liés
à nos comportements quotidiens, et moins à
la gestion politique ou économique de risques industriels
ou de pollutions de type catastrophique. La priorité
souhaitée en faveur de l'éducation traduit
une prise de conscience de la portée de nos gestes
quotidiens, mais aussi une relativisation de l'arsenal réglementaire
ou judiciaire dans un secteur qui n'est pas perçu
comme sous-réglementé.
Quant à
l'efficacité réelle, à plus long terme,
d'une éducation à l'environnement plus développée
qu'elle ne l'est actuellement, les optimistes et les fatalistes
se partagent en deux camps quasi égaux : 50%
pensent que cela permettrait d'améliorer " beaucoup "
la préservation de l'environnement, 44% n'y croient
pas réellement mais répondent - poliment -
que cela y contribuerait " un peu ".
Là encore, les plus convaincus ne sont pas les plus
jeunes, mais les adultes actifs, entre 35 et 64 ans, et
ceux qui ont des enfants (54% contre 41% chez ceux qui n'en
ont pas).
L'éducation
à l'environnement : priorité aux jeunes
Les Français
semblent persuadés que l'éducation à
l'environnement aura une efficacité beaucoup plus
forte si l'on privilégie les enfants et les jeunes,
car cela " pourra influencer leur comportement
pour la vie " (57%). 14% pensent au contraire
qu'une efficacité immédiate passe plutôt
par l'éducation de ceux qui peuvent agir dès
maintenant, les adultes ; 28% estiment enfin spontanément
qu'on ne devrait pas choisir et éduquer les uns et
les autres. Et plus on fait de l'environnement une priorité,
plus on privilégie les jeunes.
Trois acteurs
doivent être au cour d'un tel dispositif : évidemment
les parents, à l'unanimité (93%), mais aussi
les enseignants, très nettement interpellés
par 77% des interviewés, et plus surprenant :
la télévision, citée par 56%. Les animateurs
(de colonie, par exemple) viennent ensuite avec 35% de citations.
Contrairement à ce que l'on pense parfois, les médias
sont donc perçus par les parents comme de bons vecteurs
d'information environnementale, par leur puissance mais
aussi sans doute par le pouvoir évocateur de l'image.
En comparaison, la presse ne recueille qu'un score médiocre
(15%), mais plus élevé qu'Internet, pourtant
plus à la mode (13%). Autre score décevant :
celui des scientifiques (12%), qui s'explique par le fait
que leur discours apparaît comme trop complexe pour
les jeunes s'il n'est pas médiatisé.
L'école
limitée à l'environnement correct ?
Puisque l'école
est interpellée, comment doit-elle s'y prendre pour
sensibiliser son public à l'environnement ?
D'abord en favorisant les activités comme les classes
vertes ou les sorties découvertes, considérées
comme efficaces par plus de huit Français sur dix,
et même " très efficaces "
par 29%.
En abordant
des thèmes environnementaux en cours, également,
mais pas n'importe lesquels. En observant la hiérarchie
du classement opéré par les Français,
on s'aperçoit que ceux-ci évitent soigneusement
le sujets les plus polémiques. Pour simplifier :
priorité aux causes de la pollution et du réchauffement
de la planète (entre 50% et 73%), mais des thèmes
comme les OGM, la surexploitation des ressources naturelles,
le tiers-monde, le nucléaire ou les conditions de
production agricole sont cités par moins d'un tiers
des interviewés, comme si l'école n'était
pas qualifiée pour aborder ces problèmes avec
les élèves. Le paradoxe est qu'aujourd'hui
les parents font peut-être davantage confiance à
la télévision qu'à l'école pour
traiter de questions difficiles, polémiques, mais
citoyennes.
Des pratiques
parentales à l'éducation des enfants
Qu'en est-il
des gestes quotidiens écologiquement responsables ?
L'école semble encore plus marginalisée ici
puisque c'est bien le domaine revendiqué des parents.
Dans tous les cas testés dans l'enquête qui
concernent la sphère domestique, jeter les papiers
à la poubelle, économiser l'eau et l'énergie,
trier les déchets ou rapporter ses piles usagées,
c'est aux parents qu'il revient d'éduquer les enfants.
Seuls secteurs où l'école peut apparaître
complémentaire : ceux qui impliquent la transmission
d'un savoir. Ainsi la connaissance et le respect de la faune
et de la flore (49% les parents, 20% l'école, 31%
les deux), et aussi connaître et choisir des produits
qui préservent l'environnement (64%, 13%, 22%) ou
connaître et respecter les animaux (61%, 11%, 28%).
Au-delà
de ces bonnes intentions, quel est l'état des pratiques
au sein du foyer ? Un certain nombre d'apprentissages
liés à l'économie de l'eau et de l'énergie,
ou jeter ses papiers ou chewing-gums à la poubelle,
font partie des incontournables de l'éducation. D'autres
gestes ont en revanche encore du mal à être
inculqués par les parents : économiser
le papier en dessinant des deux côtés d'une
feuille, par exemple, n'est évoqué que par
39% des parents ; apprendre à récupérer
les piles des jouets pour qu'elles soient recyclées,
par 33%, et apprendre à trier les déchets
n'est le cas que dans moins d'un foyer sur trois, alors
qu'aujourd'hui 73% des Français déclarent
dans notre enquête trier leurs déchets.
Il y a donc
un écart entre pratiques adultes et éducation
quand les gestes concernés sont plus nouveaux pour
les adultes eux-mêmes : le tri des déchets
et le recyclage des piles peuvent être classés
dans cette catégorie, comparés aux économies
d'énergies, par exemple, pour lesquelles la prise
de conscience remonte aux années soixante-dix.
Ce qui valide
le fait que pour transmettre un comportement, ou des valeurs,
il faut d'abord les intégrer soi-même. Et relativise
également la priorité donnée à
l'éducation des jeunes uniquement : si la préservation
de l'environnement intervient de plus en plus dans l'éducation
parentale, alors la sensibilisation des adultes reprend
tout son sens. Et dans ce domaine, l'effet pédagogique
des pratiques, imposées ou non, comme le tri des
déchets ou la limitation de la circulation automobile
(que 50% déclarent pratiquer), ne doit pas être
négligé : les prises de conscience sont
souvent les conséquences des pratiques, et non l'inverse.
Didier WITKOWSKI
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