Les valeurs et les attentes des jeunes

Une génération optimiste sur son avenir malgré le chômage et les maux de la vie urbaine.

Les jeunes dans leur grande majorité (61%) se disent confiants sur leur avenir personnel. Ces résultats traduisent un net rétablissement du moral de cette génération en quelques années : en mars 1996, seuls 46% exprimaient cette confiance. Par ailleurs, seuls 26% pensent que d'ici quinze ans ils auront été chômeurs pendant une assez longue durée.

Cet optimisme cohabite avec le sentiment d'être confronté à des maux inquiétants, symptômes du mal vivre dans les villes : outre le chômage (76%), la violence (60%) et la drogue (50%). L'adjectif " violent " est même le second mot cité pour décrire leur génération. D'une manière générale, c'est la société dans son ensemble qui leur paraît plus dure.
Une ascension sociale en panne dans une société aux clivages brouillés
Confrontés à une insertion sociale difficile et tardive, et à une crise des facteurs de mobilité sociale, les 15-24 ans perçoivent la société comme un objet à conquérir, où l'intégration ne va pas de soi.
leur époque est perçue comme plus difficile pour les jeunes que celle de leurs parents (71%)
les possibilités d'ascension sociale pour les jeunes issus de milieux modestes sont considérés comme défaillants (75%)
l'unité de leur génération leur paraît toute relative : 59% pensent que les différences sociales entre les jeunes sont plus fortes que ce qui les rassemble.

On peut toutefois penser que, pour les jeunes, ce sont plutôt les outils de " l'intégration sociale " qu'il faut mobiliser aujourd'hui plutôt que des mécanismes corrigeant les inégalités. En effet, le sens qu'ils donnent à la " fracture sociale " entre les jeunes témoigne d'un brouillage des repères traditionnels. La fracture la plus importante est celle qui sépare ceux qui ont un travail et ceux qui n'en ont pas (32%), puis le lieu d'habitation (24%) et seulement après l'origine sociale (21%) : on est donc dans un système de représentations où les clivages sociaux traditionnels s'effacent devant la situation binaire " dans la société ou en dehors ", ou la stigmatisation engendrée par le fait d'habiter dans un endroit dévalorisé.
Malgré leurs critiques, les jeunes ne souhaitent pas changer la société
Malgré les reproches qu'ils font à la société, les jeunes ne souhaitent pas la changer radicalement (6%), ni même sur l'essentiel (24%) : l'idéal réformiste a supplanté les aspirations au changement. L'essentiel est de s'y faire sa place, et de mobiliser les ressources dont on dispose. Deux moyens sont avancés pour réussir dans la vie : les diplômes (46%) et les relations (47%), voire le goût du travail (40%), mais pas la naissance (22%) ni le fait d'être cultivé (24%) ou d'avoir de l'argent (25%). La société n'est donc pas perçue comme fonctionnant de manière outrageusement inégalitaire ou injuste, il faut faire valoir ses atouts (les diplômes) ou, à défaut, mobiliser les solidarités, les amitiés, les relations.
Dans cette société, l'école bénéficie toujours d'une très bonne image
On ne constate pas de remise en cause du système scolaire par les jeunes interrogés, qui manifestent une grande satisfaction face à leur scolarité :
les étudiants et lycéens déclarent apprendre beaucoup de choses ; acquérir une culture générale, être préparés à trouver un emploi, etc.
89% sont intéressés par leurs études, en particulier ceux qui suivent un cursus technique ou professionnalisé
très peu estiment avoir été orientés contre leurs voux

Parmi l'ensemble des institutions testées, c'est l'école, l'Université et les grandes écoles qui s'en sortent le mieux, suscitant une confiance très majoritaire (plus de 70%). Juste derrière, les entreprises publiques ou privées suscitent également une confiance très forte. En revanche, les partis politiques, la publicité et le Parlement apparaissent comme très dévalorisés.
Une adhésion raisonnée à la mondialisation
Les jeunes considèrent dans leur grande majorité, quelle que soit leur origine sociale, que la mondialisation économique (62%) est une bonne chose pour la France. Mais en même temps, 74% considèrent que l'influence de la culture américaine est trop forte en France et le sentiment " d'être de plus en plus européen " n'est présent que chez la moitié d'entre eux (53%). De plus, 60% n'ont pas confiance dans la Bourse.
Un certain souci d'ordre ou les limites du libéralisme culturel
Favorables aux choix de société donnant davantage de libertés et de droits (le PACS recueille 71% d'approbation), les jeunes demeurent toutefois réticents face à un sujet comme la dépénalisation de la consommation de haschich (48% favorables et 52% opposés), 59% estimant également qu'on n'exagère pas les problèmes de la drogue en France. Dans le même registre, le souci de l'ordre n'est pas absent chez eux puisque, contre toute attente, des institutions comme l'armée et la police suscitent une confiance majoritaire (56%).
Les 15-24 ans manifestent peu d'intérêt pour la politique mais sont prêts à s'engager autrement contre le racisme ou la justice sociale
La politique suscite peu d'intérêt chez les jeunes (27% contre 73%), même s'il s'agit sans doute davantage d'un rejet de la scène politique actuelle que d'un rejet sur le fond. Les partis et les hommes qui l'incarnent subissent ainsi un rejet très fort auprès de cette génération dont, il faut le préciser, la socialisation politique n'est pas encore achevée. D'ailleurs, l'intérêt s'accroît avec l'âge, mais aussi avec le niveau d'études. D'autres formes d'action et d'autres formes d'engagement dressent le contour de ce qu'est la politique pour les jeunes : non pas une réaction à tel ou tel événement, mais avant tout la défense de leurs droits et la lutte contre les injustices sociales ou le racisme. Mais si plus de la moitié des jeunes sont prêts à faire partie d'une association, moins d'un tiers sont prêts à adhérer à un syndicat, fut-il étudiant ou lycéen. Ce qui ne les empêche pas de se mobiliser régulièrement lorsque le besoin se fait sentir, comme des événements récents l'ont montré.



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Brice Teinturier
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