Les Français et l'hôpital


Le 24 mai 2004 - L'hôpital est au cour du débat public ; attaques et défenses se côtoient, souvent dans le plus grand désordre. C'est pourquoi la Fédération Hospitalière de France a souhaité faire le bilan des perceptions de l'hôpital auprès du grand public. Un échantillon de personnes qui ont été effectivement au contact de l'hôpital public au cours des 12 derniers mois a également été interrogé de manière à faire le tri entre ce qui relève de l'image et de l'expérience. Plusieurs problématiques ont été abordées dans l'enquête : la nature et les modes de relation des Français avec l'hôpital ; les éléments de satisfaction et d'insatisfaction qui s'expriment à son égard ; les scenarii d'évolution que les Français imaginent pour l'avenir de l'hôpital.

Des modalités de fréquentation plurielles

Aller à l'hôpital n'est plus une situation exceptionnelle, liée à l'urgence ou à la gravité. Elle concerne une très forte proportion de Français : au cours des douze derniers mois, 40% sont allés à l'hôpital public pour rendre visite à quelqu'un de sa famille ou à l'un de ses proches, 28 % pour elles mêmes, 27% pour accompagner un enfant ou un proche. En comparaison et sans surprise, la fréquentation des cliniques privées est plus faible : 26% des Français déclarent être allés au cours des douze derniers mois dans une clinique privée pour rendre visite à quelqu'un de sa famille ou à l'un de ses proches, 16% pour eux-mêmes, 15% pour accompagner un enfant ou un proche .

Une telle fréquentation de l'hôpital public s'explique sans doute par des motifs désormais pluriels : sur la base des personnes déclarant être allées à l'hôpital public au cours des douze derniers mois pour elles-mêmes, 37% s'y sont rendu pour une hospitalisation, mais également 33% pour une consultation et 29% pour une urgence. Autrement dit, l'hôpital est devenu un lieu de consommation médicale à part entière.

La proximité du lieu d'habitation, première motif de fréquentation

Auprès des personnes qui sont allées au cours des douze derniers mois à l'hôpital pour elles-mêmes, les raisons du choix de l'hôpital sont claires : c'est d'abord la proximité d'avec le lieu d'habitation du patient (52%). Viennent ensuite le fait qu'il ait été recommandé par le médecin (33%), puis le fait que l'on y soit déjà allé (25%), enfin sa bonne réputation (16%).

Une satisfaction majoritaire à l'égard des hôpitaux

De manière globale, 67% des Français estiment que le système hospitalier est satisfaisant en France : une satisfaction qui monte à 69 % auprès des personnes effectivement hospitalisées et qui est particulièrement élevée auprès des retraités (72%), des cadres et professions intellectuelles (69%), et des habitants des grandes villes à l'exception de l'agglomération parisienne (58%).

Cette satisfaction se nourrit d'une appréciation positive à la fois des hôpitaux publics (82% des Français interrogés en ont une bonne opinion), mais aussi des cliniques privées (73% en ont une bonne opinion).

Les raisons de la satisfaction à l'égard de l'hôpital public

À l'égard de l'hôpital public, la satisfaction repose avant tout sur l'appréciation positive de la qualité des soins (84%), mais sur d'autres dimensions également :

- Ce qui relève de la prise en charge des patients, qu'il s'agisse de l'accueil du patient (72% de bonnes opinions), ou de la qualité de l'hébergement (71%), même si, sur ces aspects, les cliniques privées font un peu mieux que les hôpitaux (respectivement 75% et 75%).

- La prise en charge de publics spécifiques telle que les enfants (73%) ou les personnes les plus démunies (66%), qui est un véritable marqueur de la différence avec les cliniques privées : 60% d'appréciations positives pour la prise en charge des enfants par les cliniques privées, 26% pour celle des personnes les plus démunies.

- La prise en charge de la douleur : c'est là une attente très forte des Français ; sur cette dimension, 67% des Français ont une appréciation positive de l'hôpital public, 62% des cliniques privées.

- Le montant de la prise en charge des patients : là encore, il s'agit d'un domaine où les différences de jugement sont fortes entre les hôpitaux et les cliniques ; 65% ont une appréciation positive du montant de la prise en charge des patients à l'hôpital, 43% dans les cliniques.

Information et qualité des repas, motifs d'insatisfaction

En revanche, sur certains aspects de l'hôpital public, l'appréciation est nettement moins positive ; il en va ainsi :

- De ce qui relève de l'information des patients : 53% (contre 38%) d'appréciations positives en ce qui concerne " l'information donnée aux patients sur les soins prodigués pendant leur séjour " ; 40% en ce qui concerne " la possibilité d'accéder directement à son dossier médical " (40%).

- De ce qui concerne les repas servis aux patients : 45% d'appréciations positives, un jugement qui monte seulement à 49% auprès des personnes qui ont été effectivement hospitalisées au cours des douze derniers mois.

La prise de conscience des difficultés de l'hôpital

Ce jugement globalement positif ne doit pas masquer la détérioration des appréciations, dès lors que l'on se place dans une perspective historique. Ainsi par rapport aux dernières années, 46% ont une meilleure opinion de l'hôpital public contre 31% qui en ont une moins bonne, et parmi eux les cadres et employés, les 25-49 ans et les habitants des grandes villes. 46% des Français ont une meilleure opinion des cliniques privées, 19% une moins bonne.

Cette relativisation des jugements dans le temps, notamment en ce qui concerne les hôpitaux publics repose sur la prise de conscience plus nette des Français de ses difficultés. Plusieurs signes en témoignent. Invités à citer les principales difficultés rencontrées par les hôpitaux publics aujourd'hui, 83% des Français placent en premier la pénurie de personnels médicaux et infirmiers, devant le manque de moyens consacrés à l'hôpital (66%), l'application des 35 heures (43%) ou la lourdeur des procédures administratives (24%). Par ailleurs, 63% estiment qu'à l'hôpital " il y a plus de risques liés aux infections nosocomiales qu'il y a quelques années ". Largement le fruit de la sur-médiatisation de ce problème, ce chiffre s'établit tout de même à 58% auprès des personnes qui ont été effectivement hospitalisées au cours des douze derniers mois.

L'hôpital public : un attachement qui dépasse tous les clivages

Malgré ces difficultés auxquelles les Français sont sensibles, ils font montre d'un attachement sans faille à l'hôpital public. Là encore, plusieurs signes en témoignent. Interrogés sur les éléments qui caractérisent le mieux le système hospitalier français, les personnes interviewées citent majoritairement (55%) en premier " le fait que l'hôpital soit accessible à tous, sans distinction de revenu ", une caractéristique qui est aussi une valeur, et qui creuse l'écart avec les autres critères proposés : " le fait qu'il y ait toujours un hôpital à proximité, quel que soit son lieu d'habitation " (15%), " le fait de pouvoir choisir son établissement d'hospitalisation " (15%), " la possibilité de se faire hospitaliser dans des délais d'attente très réduits " (9%), ou " le faible montant de la participation financière demandée aux malades " (5%).

Il est à noter que l'égalité d'accès arrive en tête des hiérarchies établies par l'ensemble des catégories sociales et politiques, même si elle est davantage citée à gauche (62 %) qu'à droite (46 %).

Les scenarii d'avenir : le refus de la privatisation

À l'avenir, le scénario de la privatisation de l'hôpital public est massivement rejeté par les Français et cela, quelles que soient leur appartenance sociale ou leur appartenance politique : 4% seulement le souhaitent. Ce qu'ils attendent d'ici 50 ans, c'est le maintien à l'identique de la situation actuelle (37%), ou bien la fusion d'un nombre important d'hôpitaux et de cliniques (34%). Autrement dit, le souhait de l'opinion tend vers la rationalisation du système.

En revanche, l'arbitrage entre " qualité et quantité " est loin d'être rendu. Sur cette problématique, l'opinion est très partagée sans que les lignes de clivages sociales ou politiques soient bien nettes. D'ici 50 ans, 42% se prononcent pour " des hôpitaux moins nombreux qu'aujourd'hui mais qui, tous, utiliseront l'ensemble des nouvelles technologies pour améliorer la qualité des soins ". Et 47%, pour " des hôpitaux aussi nombreux qu'aujourd'hui pour permettre à chacun d'y accéder, mais qui ne pourront pas tous utiliser l'ensemble des nouvelles technologies pour améliorer la qualité ses soins ".

Ce qui n'empêche que d'autres lignes d'évolution se dessinent. Ainsi, 76% des Français se montrent favorables à la législation de l'euthanasie dans les situations de fin de vie, et 78% s'opposent au port de signes religieux ostensibles par le personnel des hôpitaux.

Les efforts que les Français sont prêts à consentir

Pour réduire le déficit de la Sécurité sociale, c'est à la mise en avant du principe de responsabilité et de responsabilisation que les Français adhèrent le plus : 48% en effet seraient favorables au fait de " lier le remboursement des prestations aux comportements des usagers ".

En revanche, les autres mesures testées sont nettement rejetées, dès lors :

- qu'elles portent atteinte au pouvoir d'achat : 79% se déclarent hostiles à l'augmentation des prélèvements sociaux, 77% à l'augmentation de la participation financière demandée au patient pour un séjour à l'hôpital,

- qu'elles réduisent l'offre en matière d'hôpitaux : 63% se disent opposés à la fermeture des hôpitaux sous-utilisés ; 96% à la réduction des effectifs dans les hôpitaux.

Cependant, dès lors que l'on explicite clairement le lien entre l'effet demandé et l'hôpital, le refus de la contrainte financière tend à s'affirmer : ainsi 38% des Français seraient prêts à " cotiser davantage à la Sécurité sociale pour que les hôpitaux aient plus de moyens ", un pourcentage qui monte à 48% au sein des catégories sociales à revenu élevé.

Reconnaissance et attachement aux professions de l'hôpital public

Enfin, et signe supplémentaire de l'attachement à l'hôpital, l'empathie des Français avec ses professions : 71% conseilleraient à l'un de leurs proches ou à leurs enfants de devenir médecin hospitalier, 70% chirurgien hospitalier, 69% sage-femme, 62% infirmier, 45% aide-soignant.





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Carine Marcé
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