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Un
record d'indifférence
Le
24 septembre 2000 - Les Français viennent d'adopter à 73% le
mandat de 5 ans pour le Président de la République, rompant ainsi
avec le septennat instauré en France pour la première fois il y
a un siècle et demi, et confirmé en 1958 par la Vè République.
Le moins que l'on puisse dire est que la solennité de cette réforme
n'a pas mobilisé les Français : avec 70% d'abstention, selon
les résultats de notre estimation SOFRES / TF1 / RTL, c'est le record d'indifférence
jamais obtenu depuis au moins 1958. C'est bien l'information principale de cette
soirée, tant le score écrasant du " Oui " confirme
ce que les sondages annonçaient depuis des semaines, à savoir un
accord global sur le bien-fondé du quinquennat. Ce
consensus est sans doute une des sources de cette absence de mobilisation. Car
la nature du référendum est de soumettre aux électeurs un
choix difficile, pour lequel les clivages traditionnels, qui séparent les
partis politiques, sont insuffisants à orienter la décision des
électeurs. Le référendum est un court-circuit de la représentation
nationale, lorsque celle-ci et incapable de structurer un choix, comme ce fut
le cas avec Maastricht où partisans du " oui " et du
" non " étaient présents à gauche comme
à droite. Aujourd'hui, pour les Français, la classe politique dans
sa très grande majorité appelant au " oui ",
l'enjeu s'était évaporé. D'autant que beaucoup ne savaient
quelle pouvait être toute la portée institutionnelle de l'adoption
du quinquennat, les constitutionnalistes étant divisés. Consensus
politique et division des experts, si l'on ajoute l'absence de campagne électorale
et le service minimum des hommes politiques, on tient là quelques éléments
d'explication décisifs. Mais
on ne saurait ignorer un dernier facteur, qui tient au climat d'opinion de ces
dernières semaines. Alors que le Gouvernement échouait à
répondre à l'exaspération des Français sur le prix
de l'essence, que la violence en Corse reprenait ses droits, un référendum
sur le quinquennat a sans doute semblé une preuve de plus du décalage
entre les hommes politiques et leur électorat. Le sondage que nous publierons
demain dans le Figaro est de ce point de vue très éclairant :
c'est sur la réforme fiscale (34%) et la réforme des retraites (31%)
qu'ils auraient souhaité être interrogés par référendum,
c'est à dire des sujets qui traitent d'enjeux importants pour l'avenir
du pays. Quel est l'avenir
du référendum après un tel échec collectif ?
Va-t-il tomber en désuétude comme la dissolution sous la quatrième
République (et peut-être la cinquième.) ? Les Français
ne sont pas de cet avis puisque lorsqu'on les interroge sur l'opportunité
d'organiser dans l'avenir de nouvelles consultation, 67% répondent par
l'affirmative, à condition que les sujets les intéressent. Pour
terminer, il faut mentionner le score assez important, quoique encore modeste,
des votes " blancs et nuls ", qui ont franchi ce soir la barre
des 5% des inscrits. Nouvelle manière de participer ou de s'abstenir ?
L'avenir dira si ces nouvelles formes de contestation d'un scrutin s'enracinent
dans l'électorat. A-t-on
franchi un nouveau seuil de la crise entre les Français et leur représentation
politique ? L'histoire électorale enseigne que, malgré la tendance
globale à l'augmentation de l'abstention, scrutin après scrutin,
la mobilisation peut succéder à l'indifférence, comme l'ont
montré la présidentielle et les législatives de 1988 après
la mobilisation calamiteuse de novembre 1998 lors du référendum
sur la Nouvelle Calédonie. Rendez-vous aux Municipales.
Didier WITKOWSKI

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