Les Français et le code de la route


Le 24 septembre 2002 - Alors qu'il s'apprête à fêter son 80e anniversaire, le code de la route est jugé positivement par les Français : 68% d'entre eux estiment qu'il est bien adapté à la circulation automobile et 76% que c'est aussi le cas de la signalisation routière. Néanmoins, sans le remettre en cause de fond en comble, les personnes interrogées se montrent favorables à une évolution de son application : 63% penchent pour un renforcement de son application dans un sens plus strict, 29% pour un durcissement du code et seulement 5% pour son assouplissement. Au moment où la Commission de Bruxelles prépare une réforme du permis de conduire, un peu plus d'un Français sur deux (54%) estime qu'il faudrait le repasser régulièrement, contre 40% partisan du système actuel. Pour l'opinion, ce sont d'abord les personnes âgées qui devraient être visées par une telle réforme, qu'elle ait lieu sous la forme d'examens médicaux ou de tests de connaissance. Tels sont les principaux enseignements de notre étude réalisée pour Notre Temps.

Jugements apparemment positifs sur le code de la route

80 ans après sa mise en place, le code de la route est jugé positivement par l'ensemble de la population : 68% des personnes interrogées estiment qu'il est bien adapté à la circulation automobile (jeunes et vieux partagent cet avis à 63%, les écologistes à 62% et les conducteurs quotidiens à 72%). De même, plus de 3 Français sur 4 (76%) le trouvent bien adapté à la signalisation routière - un avis partagé par toutes les catégories.

D'abord une application plus stricte ?

En conséquence, les Français n'expriment pas de remise en cause profonde du code de la route : 63% pensent qu'il faut le laisser tel quel et le faire appliquer plus strictement, 29% qu'il faudrait le durcir parce qu'il y a trop d'accidents de la route, et seulement 5% qu'il faut l'assouplir.

Parmi les partisans d'une application plus stricte du code actuel, on relève les hommes (66%), les 35-49 ans (67%), les habitants de communes de taille moyenne (entre 20 000 et 100 000 habitants) (71%) et les sympathisants de gauche (67%). De manière quasi-symétrique, parmi les catégories plus favorables à un durcissement du code actuel que l'ensemble de la population, on trouve les femmes (33%, pour 25% des hommes), les jeunes (33%) et les vieux (33%), les habitants de l'agglomération parisienne (35%) et les sympathisants de droite (32%).

Cette analyse par catégorie montre bien les limites de l'apparent consensus concernant une plus stricte application du code de la route. Certes, aujourd'hui, ceux qui osent se prononcer pour un assouplissement sont très minoritaires dans l'opinion. Tout se joue donc entre ceux qui se prononcent pour " laisser le code tel qu'il est et le faire appliquer plus strictement " et ceux qui souhaitent son durcissement. Or, les catégories que l'on sait être les plus transgressives sur la route (les hommes, plutôt âgés, gros conducteurs. ) se rangent parmi les partisans du statu quo, alors que les catégories traditionnellement demandeuses de normes se prononcent beaucoup plus fréquemment pour un durcissement de la règle - et non de son application.

Repasser régulièrement le permis ? Oui, mais.

Dans les discours, les Français se montrent tout juste favorables à la réforme du permis de conduire que prépare la Commission de Bruxelles : 54% affirment qu'il faudrait le repasser régulièrement, contre 40% qui estiment que son acquisition est définitive.

Derrière cette opinion, on relève un double clivage :
- un clivage hommes-femmes : ceux-là sont partisans du système actuel (47%, pour 34% des femmes) ; tandis que celles-ci sont davantage favorables à la réforme du permis (58%, pour 49% des hommes)
- un clivage générationnel : plus les personnes interrogées sont âgées, moins le renouvellement du permis de conduire est accepté.

Autres catégories largement favorables au renouvellement périodique du permis de conduire : les Parisiens (64%) et les écologistes (62%).

Dans l'hypothèse d'une réforme du permis de conduire, c'est l'examen médical (42%) qui serait privilégié par les Français, contre des tests portant sur la connaissance du code de la route (24%), un tiers des Français (31%) se prononçant pour une solution mixte.

Les personnes âgées, premières cibles du contrôle régulier

Cette prise de conscience d'un contrôle régulier de l'aptitude à conduire s'exprime avant tout dans le discours. A observer de plus près les réponses des Français, on peut relever un triple paradoxe :

- Premier paradoxe : cette prise de conscience s'accompagne d'une stigmatisation des personnes âgées. Ainsi, aux yeux de l'ensemble de la population, le permis devrait d'abord être repassé par les personnes âgées, que ce soit sous la forme d'examens médicaux ou de tests de connaissance (respectivement 71% et 51%). Or selon les données de la Sécurité routière, les plus de 65 ans ont moins d'accidents que les autres catégories : en 2000, on compte 1270 morts sur la route chez les personnes âgées, pour près de 4500 chez les 15-44 ans.

- Deuxième paradoxe : les principales catégories dont on pourraitsize=2 color="#ff00ff"> penser qu'elles sont davantage concernées par cette mesure ne viennent qu'en deuxième et troisième position - à savoir les conducteurs qui ont le plus d'accidents (31% et 48%) et ceux qui ont le plus d'infractions (19% et 41%).

- Enfin, troisième paradoxe : les Français ne sont pas près d'accepter qu'une telle mesure, sous quelque modalité que ce soit (tests de connaissance ou examens médicaux) s'applique à tous les conducteurs sans exception. Cette catégorie n'occupe que le 4e rang dans la hiérarchie des catégories qui pourraient être concernées par la réforme.

En d'autres termes, les Français sont d'accord pour que le permis de conduire fasse l'objet d'une validation régulière. oui, mais surtout pour les autres. Les personnes âgées sont l'incarnation la plus facile et la plus immédiate de " ces autres " : mais si l'on regarde les analyses catégorie par catégorie, celui qui doit repasser son permis de conduire, c'est le jeune conducteur aux yeux de ses aînés plus expérimentés, celui qui roule beaucoup aux yeux de celui qui roule peu, et inversement.

Sylvain LEFORT



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Guillaume Petit
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