Le 26 mai 2004 - Pour
la sixième fois, les électeurs de l'Europe vont élire leur Parlement. Ces élections
se déroulent dans un contexte particulier. Un élargissement sans précédent vient
d'avoir lieu et plus de 330 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour élire
les 732 députés qui composent le Parlement européen. Le débat sur le bien-fondé
d'un tel élargissement, sur les extensions à venir de l'Union Européenne mais
aussi les questions de la Constitution européenne, de son mode de ratification
sont autant d'éléments qui constituent l'agenda de cette campagne.
Des élections
profondément nationalisées
Comme d'habitude, ces élections européennes sont
profondément « nationalisées ». L'un des problèmes qui se posent aujourd'hui
est le manque de lisibilité du système politique européen et l'absence d'un système
partisan unifié. Il y a sans doute une contradiction à faire élire un Parlement
européen dans le cadre des nations sans qu'il soit possible de constituer des
listes de « familles politiques » où figureraient des candidats appartenant
aux divers pays et qui seraient les mêmes dans les pays de l'Union européenne.
En attendant ce projet largement utopique, les
systèmes partisans et les forces politiques à l'ouvre dans les 25 pays demeurent
très éloignés les uns des autres. Cela étant, les opinions publiques évoluent
différemment selon les pays concernés. Un fossé sépare aujourd'hui les opinions
europhiles des Pays-Bas, de l'Italie ou de l'Espagne et les opinions eurosceptiques
britannique, autrichienne ou suédoise. Il en découle une intense difficulté pour
lire les projets politiques et les résultats des partis réunis en familles politiques.
Les communistes, ou ce qu'il en reste, les socialistes, les écologistes, la droite
modérée et l'extrême droite ne sont que très rarement unis sur des programmes
communs trans-nationaux. Lorsque ces derniers existent (un parti de la gauche
européenne réunissant les communistes et leurs alliés a été créé les 8 et 9 mai
à Rome, le PPE a adopté un manifeste électoral les 4 et 5 février à Bruxelles,
le PSE a fait de même à Bruxelles le 24 avril, un contrat des Verts pour l'Europe
2004-2009 a été passé par le groupe des Verts au Parlement européen, un programme
électoral des libéraux de l'ELDR a été constitué à la mi-novembre 2003 à Amsterdam
.), ils sont souvent suffisamment flous pour préserver les très nombreuses spécificités
et sensibilités nationales.
Si, habitués à l'internationalisme, les communistes,
les socialistes et les démocrates chrétiens peuvent apparaître parfois relativement
plus « unis » sur un projet commun, il n'en est guère de même pour les
libéraux, les conservateurs et l'extrême droite. Du côté des électeurs, les études
réalisées à l'occasion des élections européennes précédentes (1) ont bien montré
le poids des logiques nationales et la fonction de « défoulement électoral »
caractéristique du statut « d'élections intermédiaires » qu'ont souvent
ces élections.
L'européanisation
de la vie politique en marche
Cependant, peu à peu, une certaine « européanisation »
de la vie politique se fait jour. Les logiques qui structurent les attitudes des
citoyens vis-à-vis de l'Europe ont leurs fortes spécificités et s'enracinent davantage
dans la diversité des positions sociales et culturelles que dans les positions
politiques sur l'axe gauche-droite.
La dimension européenne (intégration croissante
ou réaffirmation de l'indépendance nationale) a acquis une autonomie très forte
par rapport à la dimension gauche-droite. Si les élections européennes qui se
tiendront du 10 au 13 juin ne sont pas trop « brouillées » par des événements
« lourds » au plan international ou par des agendas nationaux surchargés,
on peut espérer qu'un véritable débat européen transnational se noue autour des
enjeux de l'élargissement, de l'accroissement des compétences du Parlement ou
encore de l'adoption d'une Constitution européenne qui fonde l'Europe comme véritable
entité politique et non plus comme simple organisation politique internationale
régie par des traités internationaux. Seule la montée en puissance de telles questions
tout au long de la campagne pourrait inverser cette détestable tendance à la chute
régulière de la participation qui est caractéristique de la série électorale 1979,
1984, 1989, 1994, 1999.
Ce « retour aux urnes », s'il était
avéré, pourrait contribuer à stabiliser l'émergence d'un modèle de la politique
parlementaire européenne qui, depuis quelques années, a peu à peu tendance à se
dessiner. C'est à une meilleure compréhension et lecture de ces enjeux que tend
à contribuer le site « Elections européennes 2004 » que le CEVIPOF,
TNS Sofres et Yahoo ont créé. Les analyses qui y seront régulièrement proposées
devraient permettre que l'on parle un peu moins des questions européennes comme
étant des questions opaques, techniques et éloignées de la vie des 330 millions
de citoyens qui seront appelés aux urnes le 13 juin prochain.