Second tour : les clefs du scrutin


Le 27 mars 2004 - A la veille du second tour des élections régionales, Pierre Martin, Politologue au CNRS et professeur à l'IEP de Grenoble, évoque les attitudes possibles des abstentionnistes du premier tour et les questions de reports de voix.

40% des électeurs se sont abstenus lors du premier tour de ces élections régionales. Les listes encore présentes au second tour disposent-elles de réserves de voix chez les abstentionnistes ?

Dans le domaine de la participation, plusieurs évolutions peuvent se produire. On peut considérer que lors de ces élections régionales, les deux camps gardent des réserves de voix pour le second tour. Certains électeurs de droite qui ne se sont pas déplacés dimanche dernier se mobiliseront cette fois-ci face à la montée de la gauche. Dans un autre sens, selon un effet d'entraînement, le succès de la gauche lors de ce premier tour peut aussi contribuer à la mobilisation d'un certain nombre d'abstentionnistes qui pensaient celle-ci incapable de l'emporter. Il ne faut pas perdre de vue que la faculté d'une liste à rallier des électeurs entre deux tours dépend cependant toujours étroitement de la capacité qu'a eu celle-ci à mobiliser dès le premier tour. Les réserves de voix venant de l'abstention ont de manière générale plus de chances d'aller vers les grosses listes. Il est souvent payant d'aborder un second tour en ayant déjà fait l'union au premier.

Selon le sondage post-électoral TNS Sofres, près de 35% des électeurs de l'UDF souhaitent sanctionner le gouvernement durant ce deuxième tour. Les reports de voix des électeurs centristes vers les listes UMP ne risquent-ils pas d'être problématiques ?

Selon toute vraisemblance, les reports de voix de l'UDF au second tour seront imparfaits. Lors de ces élections régionales, l'un des principaux objectifs de l'UDF était justement de se présenter sur des listes séparées et de faire une campagne d'opposition afin de capitaliser un maximum de suffrages au sein d'un électorat de droite mécontent de l'action gouvernementale. La rançon du demi-succès de l'UDF au premier tour est bel et bien que dans un certain nombre de régions, de nombreux électeurs UDF ne se reporteront pas sur les listes dont la direction sera assurée par des candidates de l'UMP. Ces électeurs peuvent très bien être récupérés par la gauche ou s'abstenir.

Est-ce l'une des raisons qui a rendu si difficiles les fusions de listes entre les centristes et l'UMP entre les deux tours ?

Pour ce qui est des fusions, les logiques peuvent être très différentes. Dans de nombreux cas, les fusions au second tour impliquent pour les têtes de listes de déstructurer les alliances qu'ils ont construites au premier tour sans savoir vraiment ce que représentent en voix ceux qui sont intégrés à leurs listes. On comprend ainsi les réticences des têtes de liste UMP dans certaines régions comme la Basse Normandie à chambouler leurs listes et à remettre en cause leurs réseaux d'élus au profit de candidats UDF, alors que les reports de voix du parti centriste sont plus qu'incertains.

Comment peuvent se comporter les électeurs FN lors de ce second tour ?

Quand le Front national est présent au second tour, on peut estimer que la proportion d'électeurs frontistes pouvant se reporter pour des listes de droite classique à environ un quart de l'électorat du Front national. On se retrouve à bien des égards dans un cas de figure assez semblable à celui du second tour des législatives de 1997. Scrutin au cours duquel de nombreux électeurs frontistes, en dépit du maintien de leur candidat, avaient volé au secours des candidats RPR/UDF. Il est possible que cette situation se reproduise à l'occasion du deuxième tour de ces élections régionales. La droite gouvernementale a des réserves de voix au sein de cet électorat, même en cas de maintien des listes FN.

Est-il a priori exclu que cet électorat puisse voter pour la gauche ?

Les reports de voix d'électeurs du Front national vers des listes de gauche de manière générale ont plus de chances de se produire là où l'extrême droite a été éliminée au premier tour. Là où le FN n'est plus présent, une partie de son électorat va bien sûr se reporter sur les listes de la droite gouvernementale. On peut penser toutefois qu'une partie non négligeable de cet électorat s'abstiendra et qu'une partie minoritaire votera pour les listes de gauche. On a observé ce phénomène à de nombreuses reprises. Il ne faut pas oublier le clivage majorité/opposition qui continue d'opposer fortement la droite gouvernementale et le Front national. De nombreux électeurs de cette formation dimanche prochain souhaiteront sans doute marquer leur opposition au gouvernement en votant aussi pour les listes de gauche.

 

Propos recueillis par Mathieu Guilsou

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