Les Français, l'environnement
et le rôle du maire en la matière

Le 27 juin 2000 - L'étude réalisée pour ECO EMBALLAGES montre que le fait de pratiquer le tri des ordures ménagères induit un regard spécifique et beaucoup plus vigilant sur les actions qui contribuent à préserver l'environnement et le cadre de vie. Ce regard ne se limite pas à la collecte sélective, mais à toute une série de gestes quotidiens. Pratiquer le tri des ordures ménagère est ainsi une école en faveur d'attitudes plus respectueuses vis-à-vis de l'environnement. Mais trier les ordures ménagères n'induit pas uniquement des attitudes différenciées à l'égard de l'environnement : cet acte génère également une propension personnelle à agir en faveur de l'environnement beaucoup plus marquée que lorsqu'on ne trie pas. Enfin, lorsqu'on trie les ordures ménagères, la perception d'avoir un maire qui agit en faveur de l'environnement et du cadre de vie est très majoritairement positive

Trieur ou non trieur ?

Afin de vérifier si les différences observées entre les trieurs (personnes triant 5 types de matériaux : bouteilles en verre, papiers, emballages carton, plastique et métal) et les non trieurs étaient réellement dues à l'acte de trier, ou si elles renvoyaient à une variable dissimulée (le sexe, l'âge, la profession, l'habitat, la taille de la commune, etc.), nous avons neutralisé ces variables en comparant les réponses des " hommes trieurs " à celles des " hommes non trieurs " , des " 18-24 ans trieurs " à celles des " 18-24 ans non trieurs ", des " cadres trieurs " à celles des " cadres non trieurs ", etc. ; ce que permet aisément une enquête réalisée auprès de 6000 personnes. Or, à profil socio-démographique identique, il existe systématiquement des différences significatives entre les trieurs et les non trieurs. Il est donc totalement avéré que c'est bien ce comportement qui d'une part, modifie les perceptions vis-à-vis de l'environnement et de l'action du maire, et d'autre part engendre une implication beaucoup plus forte à l'égard de toute un série de gestes en faveur de l'environnement.

Les préoccupations à l'égard de l'environnement et du cadre de vie sont fortes

38% des Français citent l'environnement et le cadre de vie comme faisant partie des domaines sur lesquels il faudrait agir en priorité dans leur ville, après la sécurité (46%) et la circulation et le stationnement (40%), mais devant le soutien à l'activité économique (32%), l'animation de la ville (28%), les transports en commun (23%) et le logement (22%). 72% estiment par ailleurs que les gens sont davantage préoccupés par la qualité de l'environnement et du cadre de vie qu'il y a quelques années. Ce sentiment est plus fort chez les Français qui pratiquent le tri des 5 matériaux (74%) que chez les non trieurs (63%). Enfin, près de 8 sur 10 déclarent qu'ils sont eux-mêmes davantage préoccupés par cette question. Là encore, l'écart entre trieurs et non trieurs est significatif : 78% dans un cas, 71% dans l'autre.

Au delà de ces préoccupation, les Français, et plus encore les trieurs, estiment que certains gestes quotidiens contribueraient à améliorer la qualité de l'environnement et du cadre de vie. C'est le cas pour des gestes simples, (83% déclarent que " ramasser un plastique ou un carton qui traîne par terre et le mettre dans une poubelle " contribuerait " beaucoup " à améliorer l'environnement et le cadre de vie), pour des sujets fortement médiatisés comme " aider au nettoyage d'une plage polluée par du pétrole " (72%) (cet item est le seul où l'on ne constate pas d'écart significatif entre les trieurs et les non trieurs, en raison très probablement d'un " effet Erika ") ou pour le tri sélectif (70%). Sur ce point, les trieurs (78% estiment que cela contribuerait à améliorer la qualité de l'environnement) se distinguent nettement et logiquement des non trieurs (50%). Enfin, dans la même logique que le tri, si 73% des trieurs soulignent l'intérêt de " rapporter les piles usagées chez les commerçants concernés ", seuls 55% de non trieurs sont de cet avis.

Les gestes plus impliquants, qui nécessitent de plus grandes modifications des comportements quotidiens ou ne sont pas valorisés médiatiquement sont moins perçus comme contribuant à améliorer la qualité de l'environnement. C'est ainsi le cas pour le fait de " moins utiliser sa voiture " (51%), " participer à des opérations de nettoyage des tags et des graffitis dans sa ville "(44%), " ne plus utiliser de sacs en plastique " (43%) et surtout " réduire sa consommation d'eau, par exemple en faisant sa toilette, la vaisselle, etc. " (30%). Sur ces points, les écarts entre trieurs et non trieurs oscillent entre 7 et 12 points et si l'on raisonne en agrégeant les réponses " contribue beaucoup " et " un peu " à améliorer l'environnement et le cadre de vie, les écarts entre trieurs et non trieurs sont même plus importants encore.

Les Français prêts à s'impliquer. si les efforts ne sont pas trop importants

L'écart entre gestes simples et gestes plus impliquants dans la contribution perçue à l'amélioration de la qualité de l'environnement se retrouve lorsqu'on glisse vers les comportements, autrement dit lorsqu'on demande aux Français ce qu'ils seraient personnellement prêts à faire pour contribuer à améliorer leur cadre de vie.

Ainsi, si de fortes majorités se déclarent " tout à fait prêtes " à " ramasser un plastique ou un carton qui traîne par terre et le mettre dans une poubelle " (81%) à " pratiquer le tri sélectif des ordures et des emballages ménagers " (76%) ou à " rapporter les piles usagées chez les commerçants concernés " (69%), l'implication se révèle moins forte lorsqu'il s'agit d'" aider au nettoyage d'une plage polluée par du pétrole " (44%), " réduire sa consommation d'eau, par exemple en faisant sa toilette, la vaisselle, etc. " (39%), " ne plus utiliser de sacs en plastique " (36%) et surtout " moins utiliser sa voiture " (34%) ou " participer à des opérations de nettoyage des tags et des graffitis dans sa ville " (34%). Il est donc plus difficile de s'engager personnellement sur des " gestes " qui demandent une modification de comportements solidement ancrés dans les habitudes.

Notons que sur ces comportements, la sensibilité environnementale des trieurs produit une nouvelle ses effets. Les écarts de réponses sur ce qu'ils se déclarent prêts à faire pour contribuer à l'amélioration de la qualité de l'environnement varient de 9 à 35 points.

Au total, cette enquête révèle trois types de comportements dont les Français considèrent qu'ils peuvent véritablement contribuer à améliorer la qualité de l'environnement et du cadre de vie et qu'ils sont personnellement tout à fait prêts à accomplir : ramasser un plastique ou un carton qui traîne par terre et le mettre dans une poubelle, pratiquer le tri sélectif des ordures et des emballages ménagers et rapporter les piles usagées chez les commerçants concernés Ceci est plus vrai encore pour les trieurs.

Les maires sont dotés de réels pouvoirs en matière d'environnement aux yeux de leurs administrés

Sur cet enjeu que constitue la qualité de l'environnement et du cadre de vie, les maires sont perçus comme ayant un pouvoir d'action considérable. 58% des Français estiment que leur maire a suffisamment de pouvoir pour agir sur l'environnement et le cadre de vie dans leur ville, 37% étant d'un avis contraire. Fondée ou non, une telle perception constitue une contrainte réelle pour les maires, qui peineront à se défausser vis-à-vis de leurs électeurs en évoquant un éventuel manque de pouvoir. Les Français estiment ainsi que leur maire a " beaucoup de pouvoir " pour agir sur " les espaces verts " (73%), " l'esthétique de la ville, sa beauté visuelle " (69%), ou " le ramassage et le traitement des ordures ménagères " (67%). Ils pensent la même chose sur " la propreté des rues " (60% estiment que le maire a beaucoup de pouvoir) et " le stationnement " (58%). En revanche, " la circulation " (37%), " la qualité de l'eau " (37%), " le bruit " (26%), " les odeurs " (25%) et " la pollution de l'air " (14%), sont des domaines dans lesquels les maires ont moins de prise.

Si l'on agrège les réponses " il a beaucoup de pouvoir " et " il a un peu de pouvoir ", les maires sont majoritairement perçus comme ayant du pouvoir dans l'ensemble de ces domaines, pollution de l'air excepté.

Face à ce regard vigilant de l'opinion, le bilan des maires apparaît comme positif chez les trieurs et plus que mitigé chez les non trieurs. 57% des Français déclarent que leur maire, en ce qui concerne les problèmes d'environnement et de cadre de vie, agit, dont 48% qu'il " en parle et agit ", et 9% qu'il " n'en parle pas mais agit ". 37% estiment au contraire qu'il n'agit pas (25% qu'il " en parle mais n'agit pas vraiment " et 12% qu'il " n'en parle pas et n'agit pas").

Toutefois, ces résultats sont très différents selon que les individus trient ou non les matériaux (ce qui suppose que les maires aient mis en place la collecte sélective) : 63% des trieurs estiment ainsi que leur maire " agit " en ce qui concerne les problèmes d'environnement et de cadre de vie, 32% qu'il n'agit pas. Soit un bilan largement positif. En revanche, chez les non trieurs, une majorité relative d'électeurs considère que leur maire n'agit pas : 47% " il n'agit pas ", contre 45% qui disent qu'il agit.

La collecte sélective constitue donc un réel levier pour une appréciation positive de l'action municipale en faveur de l'environnement.

Brice Teinturier


 



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