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La
situation politique dans le 18ème arrondissement de Paris
Le 27 octobre 2000 - "Courageuse"
pour certains, "suicidaire" pour d'autres, l'annonce de la candidature
de Philippe Séguin dans le 18e arrondissement de la
capitale apparaît aujourd'hui comme un énorme challenge pour l'actuel
député des Vosges. L'enquête réalisée par la
Sofres pour le Figaro-Magazine avant l'annonce de sa candidature
montre en effet que la liste conduite par l'actuel Maire du 18e
et Ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant, l'emporterait largement au
second tour.
Si la confirmation
de la candidature de Philippe Séguin dans un arrondissement
détenu par la gauche depuis 1995 était prévisible,
c'est sa place sur la liste RPR-UDF, au 4e
rang, qui a laissé les commentateurs circonspects.
Car dans l'état actuel du rapport de force, Philippe
Séguin ne serait pas en mesure d'être élu
Conseiller du 18e arrondissement, et ne
pourrait donc de ce fait participer au 3e
tour de l'élection, celui au cours duquel l'ensemble
des Conseillers de Paris désignent le maire de la capitale.
En effet, dans
le cadre d'un duel au second tour de l'élection dans
le 18e arrondissement, la liste Bertrand
Delanoë conduite par Daniel Vaillant obtiendrait 55%
des suffrages exprimés, et celle conduite par Philippe
Séguin 45%. Certes, dans le sondage, Philippe Séguin
est testé comme tête de liste, mais l'écart
entre les deux listes est considérable : 10 points.
Surtout, la gauche semble progresser dans un arrondissement
conquis de justesse en 1995. Un sondage Sofres réalisé
au mois de juin 2000 donnait 53% des intentions de vote à
la liste Delanoë, soit deux points de moins qu'aujourd'hui,
et en 1995, Daniel Vaillant l'avait emporté de justesse
(46,4%) dans le cadre d'une triangulaire face au ministre
de l'Intérieur de l'époque, Jean-Louis Debré
(43%).
C'est donc dans un "arrondissement
de ministres de l'Intérieur" que l'actuel député des
Vosges a choisi de se présenter, un arrondissement dans lequel le thème
de l'insécurité sera largement présent dans la campagne.
Sur ce point également, Philippe Séguin entame un challenge :
affronter un candidat investi de la légitimité de ministre de l'Intérieur.
Cela n'avait pas suffit à Jean-Louis Debré pour battre Daniel Vaillant
en 1995, mais on constate aujourd'hui que sur ce thème, Phillippe Séguin
part aussi avec un certain retard face à l'actuel maire du 18e :
50% des électeurs du 18e font aujourd'hui confiance
à Daniel Vaillant pour lutter contre l'insécurité, alors
que 34% font au contraire confiance à Philippe Séguin. Au delà
des résultats d'ensemble plus favorables à l'actuel ministre de
l'Intérieur on constate que les jugements sont particulièrement
clivés : 70% des sympathisants de gauche accordent leur confiance
à Daniel Vaillant, et 70% de ceux de droite à Philippe Séguin.
On l'a vu avec
les intentions de vote de second tour, la dynamique de campagne
ne semble pas aujourd'hui profiter à Philippe Séguin,
mais à son principal adversaire, Bertrand Delanoë.
D'autre indicateurs le confirment.
L'image du
candidat socialiste s'est améliorée par rapport
au mois de juin parmi les électeurs du 18e,
61% en ayant une bonne opinion (+4 points), contre 18% une
mauvaise (+1). Dans le même temps, celle de Philippe
Séguin s'est sensiblement détériorée
pour devenir mitigée : 45% des électeurs
en ont une bonne opinion (-7 points), mais 47% (+8) une mauvaise.
Si la candidat socialiste est largement soutenu par ses propres
sympathisants (78% en ont une bonne opinion), il n'en va pas
de même pour Philippe Séguin : 67% des sympathisants
RPR-UDF en ont une image positive, mais 24% une mauvaise.
La dynamique
défavorable et la difficulté à faire
le plein des soutiens à droite est également
manifeste lorsque l'on regarde les intentions de vote de premier
tour. Alors que la liste Vaillant , à 40%, progresse
par rapport à juin 2000 (+4 points) et par rapport
à son score réel de 1995 (+6), celle de Philippe
Séguin baisse de 3,5 points à 33,5%. Les résultats
cumulés de la liste Séguin et de celle de Jean
Tiberi conduite par Hervé Mécheri s'établiraient
à 37%, soit 2 points de moins que la liste Tibéri
en 1995.
Au delà,
si la liste Vaillant recueille les faveurs d'une large majorité
des sympathisants du PS, et d'une fraction non négligeable
des écologistes (34%) en dépit de la présence
d'un candidat des Verts, la liste Séguin peine à
rassembler ses soutiens. En effet, 13% des suffrages des sympathisants
de l'UDF se porteraient sur la liste de Daniel Vaillant et
13% sur celle de Hervé Mécheri, pour 74% sur
celle du leader RPR-UDF.
Au total, la
progression, à ce jour, des intentions de vote en faveur
de la liste de Bertrand Delanoë, la difficulté
à rassembler l'ensemble de l'électorat de droite
dans un arrondissement dans lequel la gauche est bien implantée,
la dégradation de l'image de Philippe Séguin,
et le fait qu'une courte majorité des électeurs
de l'arrondissement (53%), interrogés avant l'annonce
de sa candidature, ne se déclarent pas satisfaits de
son choix (contre 41%), sont autant d'indicateurs qui montrent
la difficulté qu'aura Philippe Séguin à
s'imposer.
Il pourra toutefois
se satisfaire du fait que dans l'état actuel du rapport
de force, ni la liste de Jean Tiberi (avec 7% des intentions
de vote), ni celle du Front National (7,5%) ne pourraient
aujourd'hui se maintenir au second tour, ce qui rendrait la
mission quasiment impossible pour Philippe Séguin,
tant dans la conquête du 18e que
de la mairie. Son annonce aura en tous cas eu l'effet de capter
l'attention des médias sur sa propre candidature et
son affrontement avec le leader socialiste, alors qu'elle
se concentrait jusqu'à présent sur les hésitations
du RPR, les affaires de la Ville de Paris et les déboires
de Jean Tibéri. Nul doute que le candidat Séguin
a souhaité produire ainsi un électrochoc, et
envoyer un message clair au électeurs : " ce
sera tout, ou rien ".
Stéphane Marcel

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