L'évolution et la structure
de la popularité d'Alain Madelin


Le 27 novembre 2000 - Ce soir, je pars en campagne " : le président de Démocratie Libérale, Alain Madelin, vient d'annoncer son intention de se présenter devant les Français lors de la prochaine élection présidentielle prévue en 2002. Il emboîte ainsi le pas à Charles Pasqua - candidat pour le RPF - et Jean-Marie Le Pen, et précède certainement François Bayrou, fraîchement réélu président de l'UDF. Avec la candidature quasi naturelle du Président de la République, Jacques Chirac, cette annonce, sauf changement ou renoncement au cours du long chemin qui mènera à l'élection du prochain Président, dessine donc l'offre politique des droites en 2002 : divisée ou plurielle, selon l'analyse qu'on en fait. Dans le même temps, certains en appellent à l'Union de la droite pour les élections législatives. Dans ce contexte, quelles sont les particularités d'Alain Madelin ? Ses forces et ses faiblesses ? Alain Madelin n'a jamais été candidat à l'élection présidentielle. Son passage éclair au Ministère de l'Économie et des Finances, au sein du premier gouvernement d'Alain Juppé, a été le point culminant de sa carrière politique couronnant son investissement, aux côtés de Jacques Chirac, lors de la campagne présidentielle de 1995. Il espère aujourd'hui aller plus loin. La popularité n'a jamais fait l'élection. Elle peut évoluer en période de campagne électorale, en faveur ou au détriment d'un candidat. Certains en ont fait l'amère expérience. A 18 mois de l'élection présidentielle, l'analyse de celle d'Alain Madelin, même si elle n'a rien de prédictif, fournit de précieuses informations.

Comme l'ensemble des leaders de droite,
un déclin régulier de la popularité depuis 1997

Mesurée tous les mois depuis avril 1995 dans le cadre du baromètre que la SOFRES réalise pour le compte du Figaro-Magazine, la " cote d'avenir " d'Alain Madelin n'a jamais atteint des records. Comme l'ensemble des leaders de droite, sa popularité a enregistré une baisse régulière depuis 1997. Parti de très bas en avril 1995 (17%), il bénéficie de la campagne présidentielle et de sa nomination au poste de Ministre de l'Economie et des Finances, 35% des personnes interrogées à la fin de l'année 1995 " souhaitant lui voir jouer un rôle important au cours des mois et années à venir ". Son départ de Bercy, en septembre 1995, n'aura d'ailleurs aucun effet, sa cote personnelle atteignant son plus haut niveau en janvier et février 1996 : 38%. Les années 1997, 1998, 1999 et 2000 ne sont qu'un long et lent glissement vers une cote d'avenir sur laquelle ne se retrouve aujourd'hui qu'un français sur quatre (moyenne annuelle de 34% en 1996, 33% en 1997, 29% en 1998, 24% en 1999, 24% en 2000). Auprès de l'ensemble des Français, sa cote s'établit, en novembre 2000, à 24%, à un niveau proche de celle de Charles Pasqua (27%), François Bayrou (25%) et Nicolas Sarkozy (23%). Elle est légèrement inférieure à celle de Philippe Douste-Blazy ou Alain Juppé (29%), Philippe Séguin bénéficiant de la meilleur cote d'avenir, mais avec seulement 36%.

24% donc au moment où le président de Démocratie Libérale annonce sa candidature. Certes, 18 mois avant l'élection présidentielle de 1995, la cote d'avenir de Lionel Jospin s'établissait à 28% (nov. 1993), mais elle sera de 51% à la veille du premier tour. De leur côté, Jacques Chirac et Edouard Balladur bénéficiaient du soutien respectif de 37% et 63% des personnes interrogées en novembre 1993 (Edouard Balaldur, alors Premier ministre, était très populaire), pour 61% et 49% en avril 1995. La popularité ne fait donc toujours pas l'élection, mais elle montre le chemin à parcourir pour Alain Madelin, qui " ne part pas en campagne pour figurer, pour témoigner, mais pour entraîner une majorité de Français ". Pour cela, il faudra qu'au moins un français sur deux ait foi en son avenir.

Une popularité à la base sociologique rétrécie

En même temps que son niveau baissait, la base sociologique de la popularité d'Alain Madelin se rétrécissait. Dans un article publié en 1999 dans " L'Etat de l'Opinion "(1), Patrick Buisson indiquait qu'à la suite des élections régionales de 1998, Alain Madelin bénéficiait d'un " empattement sociologique de sa popularité ", " qui s'est élargie en direction des jeunes, des professions intermédiaires et des salariés du secteur privé ", l'autorisant à envisager une autonomisation de la famille libérale. On peine aujourd'hui à retrouver cet " empattement " dans la structure de popularité du président de Démocratie Libérale " autonomisé ". S'établissant à 24% dans l'ensemble de la population en novembre 2000, la cote d'avenir d'Alain Madelin est plus faible encore chez les jeunes (11%) et les professions intermédiaires (19%) ; et s'établit à un niveau identique auprès des salariés du secteur privé (22%) et du public (19%).

Elargie au moment des élections régionales de 1998, la sociologie du député-maire de Redon se trouve donc aujourd'hui réduite - la débâcle de la droite en général et de la liste Sarkozy-Madelin aux européennes de 1999 étant passée par là - à son cour de cible traditionnel : indépendants (39%), agriculteurs (47%), artisans-commerçants (34%), personnes âgées (31%) et retraités (30%).

Politiquement, et auprès des seuls sympathisants de droite cette fois-ci, la popularité de l'ex-ministre de l'Economie et des Finances était celle qui " résistait  le mieux à la tourmente de l'après-régionale "(1), Alain Madelin dominant même François Bayrou auprès des sympathisants de l'UDF. Deux ans et demi après, Alain Madelin (42%) fait jeu égal avec Nicolas Sarkozy (42%), Edouard Balladur (40%), François Bayrou (41%), Philippe Douste-Blazy (43%) et Alain Juppé (43%) chez les sympathisants de droite. Mais ce sextuor est légèrement devancé par Charles Pasqua (48%) et Philippe Séguin (50%). Alain Madelin, qui a choisi de s'éloigner de son voisin UDF au printemps 1998, et son parti avec lui, ne recueille plus les préférences des sympathisants de l'UDF. 52% l'accordent aujourd'hui à François Bayrou et 44% au président de DL. Chez les seuls sympathisants de DL, en revanche, le Président est largement soutenu (66%), alors que l'ex-ministre de l'Education nationale n'est appuyé que par 40% d'entre eux. Les deux font en revanche quasiment jeu égal auprès des sympathisants du RPR.

Le déclin régulier de sa popularité se concrétise donc aujourd'hui, pour le nouveau candidat à l'élection présidentielle, par une réduction de la base sociologique de sa popularité, mais il fait jeu égal avec les autres leaders de droite au sein de l'électorat de droite. Son absence du champ politique et médiatique ne l'a donc pas plus pénalisé que ses principaux concurrents.

Si la baisse de sa popularité et sa faible présence médiatique ces dernières années peuvent être considérés comme un handicap, on constate qu'il est, sur ce point, dans une situation identique à celle des autres candidats, déclarés ou pressentis, de droite (Jacques Chirac excepté). Alain Madelin est par ailleurs persuadé que ses idées (appliquées par d'autres) triomphent aujourd'hui en France et en Europe, le porteront, et lui permettront, in fine, de gagner. Ses idées sont-elles entendues par les électeurs de droite ? Et quelle est l'image, auprès d'eux, de son parti, Démocratie Libérale ?

Le parti d'Alain Madelin, concurrencé et devancé par le RPR sur le terrain de la proximité et du social, fait jeu égal avec lui, auprès des sympathisants de droite, sur la modernité, et le devance sur la jeunesse ; l'UDF étant, des trois structures partisanes, perçue comme la plus sociale. C'est ce qui ressortait d'une enquête réalisée par la SOFRES pour Politique Opinion (2)au printemps dernier, Gilles CORMAN précisant que ces atouts en terme d'image étaient " loin d'être négligeables à l'heure où monte l'exigence d'un renouvellement et d'une refondation des droites ". Il s'empressait toutefois de rappeler que le verdict restait cependant favorable au parti gaulliste, meilleur producteur d'idées et ayant le plus d'avenir selon les sympathisants de droite.

A la conquête des " libéraux-mondialistes "

En plaçant l'Etat au cour de son discours, Alain Madelin a tracé la ligne directrice de sa campagne. C'est bien autour du rôle de l'Etat et de son corollaire, le libéralisme économique, qu'il tentera de se positionner. Ce discours, il sait pouvoir le faire entendre à une partie de l'électorat de droite que Didier Witkowski a décrit dans " l'Etat de l'opinion 2000 "(3) : " les libéraux mondialistes ". Sur la base des réponses à une série de questions posées à un large échantillon représentatif des sympathisants de droite, il a ainsi dressé une typologie, permettant de distinguer quatre groupes de poids quasi identique : les " socio-étatistes " (29% de l'échantillon), " les " protectionnistes-inégalitaires " (27%), les " libéraux mondialistes " (24%) et les " socio-mondialistes " (20%).

Le cour de cible d'Alain Madelin est constitué du troisième groupe, " les libéraux mondialistes ". C'est le groupe le plus libéral d'un point de vue économique, social et mondial. Très favorable à l'initiative individuelle, ce groupe considère que l'Etat intervient trop dans l'économie. Autant de thèmes chers, depuis longtemps, à Alain Madelin. Seulement voilà, il devra partager ce groupe avec François Bayrou, les sympathisants de l'UDF y étant particulièrement nombreux. Comme il devra également partager le groupe des " socio-mondialistes " avec le candidat centriste, un groupe certes moins libéral économiquement que le premier, mais beaucoup plus en matière culturelle. Le libéralisme culturel, un autre thème cher à Alain Madelin, qui l'a conduit à adopter des positions parfois mal comprises de ses sympathisants (certainement des libéraux-mondialistes) en matière de dépénalisation des drogues douces ou à l'égard du PACS par exemple. Et qui le conduit à valoriser aujourd'hui une " France ouverte, une France aux couleurs de la vie ", " la France des nouveaux Français, coupés de leurs racines, qui n'y ont pas trouvé leur place ", ce qui ne manquera pas, non plus, de surprendre.

Décrivant la France comme un patchwork, Alain Madelin à bien compris qu'il devra composer pour aller au delà de l'étiage naturel du candidat libéral, et élargir ses soutiens au delà de leur composante traditionnelle. Composer sans partager. Car si on voit que celui-ci peut bénéficier d'une réelle adéquation entre son discours et les valeurs idéologiques d'une partie de l'électorat de droite, la concurrence se situera d'abord sur son aile gauche, au centre, avec François Bayrou.

Stéphane Marcel


(1) Patrick Buisson in SOFRES-L'état de l'opinion 1999, "La droite dans tous ses états", Ed. du Seuil.
(2)Enquête réalisée pour Politique Opinion les 31 mars et 1er avril 2000 auprès d'un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus.
(3) Didier Witkowski in SOFRES-L'état de l'opinion 2000, "La droite aux quatre vents", Ed. du Seuil.



Plus d'informations :
Brice Teinturier
Directeur
Tél : 33 (0)1 40 92 40 92
Fax : 33 (0)1 40 92 46 60
Politique&Opinion@tns-sofres.com
Voir aussi...

Politique & Opinion

Nom expéditeur :

Email expéditeur :

Nom destinataire :

Email destinataire :


Newsletter



Toutes les enquêtes sur le thème :


Les 10 dernières enquêtes


L'ensemble des analyses et des résultats par thème
et par cible

© TNS