Le 28 février 2005 - Notre étude réalisée pour la Fédération hospitalière de France et L'Express montre à quel point la prise en charge du grand âge est un enjeu crucial dans l'opinion, catégorie à propos de laquelle les besoins identifiés et les inquiétudes sont forts. Principaux enseignement : les Français font un constat partagé d'un déficit de prise en charge des personnes âgées. Si à leurs yeux la situation des très âgés évolue positivement d'un point de vie sociétal, elle se détériore en terme de pouvoir d'achat et de lien social.
Les
Français font un constat partagé d'un déficit de prise en
charge
des personnes âgées
Ce constat est triple : déficit de politique publique, déficit d'information, déficit de parole sur le sujet des personnes âgées. En effet, 67% d'entre eux estiment que la prise en charge des personnes âgées par les pouvoirs publics en France est insatisfaisante ; 63% jugent que l'on parle insuffisamment des problèmes et de la prise en charge des personnes âgées ; 59% déclarent enfin avoir le sentiment d'être mal informés sur les dispositifs d'aide et de prise en charge.
Sur ces trois aspects, il convient de souligner que les perceptions s'améliorent avec l'âge. Les jugements positifs restent néanmoins minoritaires, sauf en ce qui concerne l'information : 52% des 65/74 ans, et 57% des 75 ans et plus se disent bien informés sur ces sujets, dont ils sont sans aucun doute plus proches.
La
situation des très âgés évolue positivement d'un point
de vie sociétal,
mais se détériore en terme de pouvoir d'achat et de lien social
Interrogés sur l'évolution de la situation des personnes très âgées par rapport aux générations précédentes, les Français font le constat que les choses se sont améliorées en ce qui concerne « la prise en charge médicale » (67%), « la prise en charge par des institutions locales » (56%), l'aide apportée par la solidarité nationale » (52%) et « les structures d'accueil, les maisons de retraite » (51%) ; soit un constat d'amélioration sur quatre aspects qui réfèrent tous à l'organisation collective, sociale, solidaire, de la prise en charge des très âgés. A l'inverse, les choses se sont dégradées en ce qui concerne « le niveau de vie, le pouvoir d'achat » des très âgés (45%) et « les liens avec l'entourage » (50%).
Enfin, les avis sont très partagés sur l'évolution de « l'image des personnes âgées dans la société » : 35% ressentent une amélioration, 36% une détérioration, et 23% un statu quo.
Les perceptions sont sur l'ensemble de ces dimensions meilleures chez les plus âgés, les ruraux, les sympathisants de droite, et moins systématiquement, dans les foyers les plus aisés.
Les maisons de retraite bénéficient d'une bonne image, mais a minima
Depuis 2 ans, les Français émettent, à une courte majorité, une opinion positive sur les maisons de retraite, mais qui ne progresse pas : 51% en 2003, 53% en 2004, 52% en 2005. A noter que cette opinion a résisté aux effets d'opinions qui ont suivi la canicule de l'été 2003, mais qu'elle n'a pas non plus progressé ensuite, alors que les médias communiquaient sur les moyens mis en place pour prévenir les effets d'une nouvelle canicule.
Par ailleurs, cette opinion est très homogène selon les catégories sociales : elle est un peu meilleure chez les plus âgés (57% chez les 65/74 ans, et 55% chez les 75 ans et plus), les sympathisants de droite (58%), les ruraux (58%) et un peu moins bonne chez les cadres, les sympathisants de gauche, les Parisiens.
De fait, les motivations du choix de la maison de retraite, de préférence au maintien à domicile, font apparaître la première comme une solution pragmatique aux yeux des Français, mais peu séduisante. La maison de retraite apparaît en effet préférable à une majorité de Français, pour des questions de sécurité (57%), et de rupture de l'isolement (55%) ; en revanche, le maintien à domicile est perçu comme une meilleure solution dès lors qu'il s'agit d'être bien traité (62%), ou - surtout - d'avoir une vie agréable (75%).Les avis sont partagés pour ce qui concerne les soins (44% en faveur de la maison de retraite, 45% en faveur du maintien à domicile) ;
Enfin, plus on avance en âge, et plus rester chez soi apparaît comme la meilleure solution ; ces représentations sont majoritaires chez les 65 ans et plus, quel que soit le point de vue considéré.
C'est dire, d'une part, que la maison de retraite apparaît comme une solution préférable plutôt aux enfants qu'aux personnes âgées elles-mêmes, et d'autre part, qu'elle reste une solution par défaut, dont le principal ressort est qu'elle assure aux yeux des Français une sécurité minimale, mais qui ne va pas jusqu'à intégrer des notions de confort, de qualité (des soins / des traitements) ou d'agrément.
Le grand âge commence à 83 ans.
En moyenne, les Français estiment qu'une personne est « très âgée » à partir de 83 ans. Ces représentations du grand âge sont très homogènes : 79% des Français citent un âge situé entre 80 et 90 ans inclus, et l'âge moyen cité varie peu selon les catégories sociales (de 80 ans en moyenne, par exemple, cité par les plus jeunes, à 86 ans, cité par les plus âgés).
Il y a donc une représentation commune aux Français du « grand âge », alors que les représentations du début de la vieillesse, a contrario, sont beaucoup plus éclatées (de 64 ans chez les plus jeunes, à 74 ans en moyenne chez les plus âgés).
Pour autant, la perception de l'espérance de vie continue d'être limitée par le haut : ainsi, seuls 18% des Français estiment avoir une chance d'être centenaire, contre 74% qui 'y croient pas.Le grand âge est donc perçu comme une période relativement courte, très concentrée sur les dernières années de la vie.
Les craintes liées au grand âge mettent en avant la peur de la dépendance
Ce que les Français redoutent le plus de cette période de la vie, c'est la perspective de « la dépendance, la perte d'autonomie » citée par 33% d'entre eux. Viennent ensuite « la solitude, l'isolement » (19% de citations) et « les maladies, les problèmes de santé », avec 17% de citations. La perspective de la fin de vie, de la perte de ses proches, de devoir quitter son chez soi, le manque de moyens, de respect ou l'impossibilité d'être pris en charge par sa famille sont relégués au second rang, avec de moins de 7% des citations.
Et si l'on resitue les craintes dans le domaine de la santé, ce sont encore les maladies invalidantes, induisant une perte d'autonomie psychique ou physique, qui arrivent en tête des craintes : « les maladies neurologiques comme la maladies d'Alzheimer ou de Parkinson » au 1er rang (80% de citations), suivies de « l'incapacité motrice, ne plus pouvoir marcher » (64%). Viennent ensuite le cancer (60%), puis des problèmes de santé perçus comme inhérents à la vieillesse, tels que la perte de vision (40%), les rhumatismes (8%), la surdité (8%) ou l'incontinence urinaire (7%). Ces problèmes de santé, souvent moins bien pris en charge, sont aussi ceux qui effraient le plus les plus âgés, qui en mesurent sans doute mieux les conséquences, que les plus jeunes.
Dans ce contexte, la dépendance liée à l'âge est une perspective ou une possibilité que l'on élude souvent. 41% des Français disent « ne pas vraiment y penser » et 46% « y penser parfois, sans plus». Reste que 12% ont exprimé des volontés ou pris des dispositions au cas où cela leur arriverait. Ce chiffre varie de 3% chez les plus jeunes, à 27% chez les 65/74 ans et 21% chez les 75 ans et plus. La véritable prise de conscience semble se situer autour de 65 ans, le nombre de personnes ayant pris des dispositions passant alors de 15% à 27%.
A noter que ces craintes réfèrent à une réalité connue, et non à une peur fantasmée : ainsi, la dépendance d'un proche est une réalité qui concerne près d'un Français sur 3 (31%)
Les Français prêts à s'impliquer dans la prise en charge des personnes âgées
Interrogés sur ce qu'ils seraient prêts à faire pour améliorer la prise en charge des personnes âgées, les Français sont très nombreux à se dire prêts à s'investir personnellement. Cette mobilisation potentielle est surtout financière. Certes, 87% des Français se disent prêts à consacrer du temps à une personne âgée de leur entourage, ce qui en soi n'est pas très impliquant ; mais 79% se disent prêts à payer une aide à domicile à une personne âgée de leur entourage pour lui permettre de rester chez elle, 61% à lui payer une place en maison de retraite ; prendre en charge un parent âgé à son domicile arrive ensuite, avec 56% de bonnes volontés.
Enfin, une part non négligeable des Français se dit prête à faire des dons aux associations d'aide aux personnes âgées (48%) ou à augmenter ses cotisations de sécurité sociale (39%).
La prise en charge de l'âge apparaît comme un secteur attractif pour une majorité de Français : ainsi, 61% conseilleraient à un proche ou un enfant de s'orienter vers un métier d'aide et de prise en charge des personnes âgées. Il faut néanmoins resituer ce chiffre dans un double contexte : d'une part, certains métiers ou secteurs peuvent avoir des cotes allant jusqu'à 70% et plus ; d'autre part, en ces temps de pénurie d'emploi, les catégories les plus ouvertes sont aussi les plus fragilisées sur le marché de l'emploi : les jeunes, les chômeurs, les ouvriers. mais aussi les personnes âgées elles-mêmes, faisant ainsi leur propre promotion !
Anne-Hélène Mangin