L'opinion des Français sur l'utilisation des pesticides en agriculture

Le 28 juin 2001 - L'agriculture intensive est l'objet d'une assez large remise en cause depuis l'affaire de la vache folle, mais aussi à cause des pollutions diverses que certaines pratiques peuvent entraîner. Dans ce contexte, l'utilisation de produits comme les phytosanitaires ou les engrais est parfois incriminée au nom d'une meilleure intégration de l'agriculture dans son environnement. L'UIPP a donc cherché à connaître la perception du citoyen-consommateur face à l'utilisation de ces produits, leur impact sur l'homme et l'environnement, et la crédibilité d'un modèle agricole centré sur une plus grande modération dans l'utilisation des phytosanitaires.

Les français se montrent conscients des contraintes
d'une production agricole qui a vocation à s'exporter

L'opinion du public sur les produits phytosanitaires, comme dans bien d'autres domaines liés à l'alimentation, est inséparable de la manière dont les Français perçoivent les conditions de production de leur agriculture. Or, ce sondage le montre, l'attitude des Français face au productivisme agricole est beaucoup plus ambiguë qu'il n'y paraît.

Ils considèrent ainsi pour acquis que le développement de l'agriculture depuis la fin de la guerre a permis à la fois l'augmentation des quantités produites (71% le pensent), mais aussi la diversité des produits (78%). En revanche, les évolutions paraissent plus négatives dans le domaine de la sécurité alimentaire (36% seulement pensent qu'elle s'est améliorée contre 53% dégradée), de la qualité (34% contre 58%) et, surtout, du goût des produits (24% contre 61%). Point de catastrophisme pourtant en matière de sécurité et de qualité puisque ceux qui estiment que les choses se sont améliorées ou, au minimum, n'ont pas évolué, représentent ensemble tout de même 45% et 41% des interviewés.

Par ailleurs, la vocation exportatrice de l'agriculture française, et donc sa capacité à produire " en quantité nécessaire ", n'est absolument pas remise en cause par près des trois quarts des Français (72%), tandis que 27% expriment leur préférence pour une agriculture uniquement tournée vers le marché intérieur.

Cette préférence des Français pour une agriculture qui répond aux ambitions commerciales du pays, et qui est donc capable de produire en quantité suffisante - sans que l'on doive pour autant sacrifier la qualité, la sécurité ou le goût - implique une assez bonne compréhension de la nécessité d'utiliser des produits chimiques. Pour les deux tiers environ des interviewés, il paraît acquis qu'on ne pourrait produire autant qu'aujourd'hui sans utiliser aucun pesticide (65%) ou aucun engrais (70%). Ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils les considèrent comme des produits anodins et utilisés à bon escient.

L'impact des pesticides sur la santé des consommateurs paraît plus discutable que leurs effets sur l'environnement

Les produits phytosanitaires sont des produits assez bien connus du grand public puisque 50% des interviewés définissent le terme " pesticides " en y classant correctement les produits concernés par cette appellation (insecticides, fongicides, herbicides) et en les confondant très peu avec les engrais (8%). 35% tout de même ne savent pas de quoi on parle.

Ce ne sont pas des produits anodins : 75% des interviewés savent ou supposent que les fabricants doivent demander une autorisation de mise sur le marché. On est donc globalement dans un champ de perception qui est celui des produits potentiellement dangereux. Néanmoins, les effets liés à l'utilisation de ces produits sont assez bien différenciés. Pour résumer, c'est sur l'eau potable et les sols que les Français sont les plus persuadés d'un danger " très important " des pesticides (respectivement 58% et 43%), tandis que l'air (36%), les animaux (31%) et les consommateurs (23%) semblent moins nettement exposés. Dans ce dernier cas, le résultat frappe par sa modestie et ne dénote apparemment aucune psychose. Les phytosanitaires inquiètent essentiellement par leur caractère " chimique " qui induit des effets directs sur l'environnement plus évidents que des effets secondaires sur le vivant.

Dans ce domaine des conséquences pour l'environnement et pour l'homme, une légère majorité des interviewés considère que les pesticides sont dangereux par principe, quelles que soient les doses d'utilisation (52%), mais une part assez importante (46%) estime au contraire que cette dangerosité dépend en réalité des doses d'utilisation. C'est un des éléments importants de cette enquête de montrer que les Français évaluent la dangerosité des pesticides, même dans le domaine alimentaire, en fonction de leur type d'utilisation au moment de la production agricole. Ce qui ramène de nouveau notre sujet aux conditions de production.

La perspective d'une agriculture raisonnée apparaît comme
une alternative crédible au " tout biologique "

C'est un fait acquis : pour la très grande majorité des consommateurs, les agriculteurs utilisent trop de pesticides : 65% le pensent contre 30% qui pensent qu'ils en mettent comme il faut, 55% des professions liées à l'agriculture avouant elles-mêmes ces excès. Face à ce phénomène, les responsabilités attribuées sont assez partagées, même si les supermarchés, l'État et les fabricants sont les plus cités, les agriculteurs eux-mêmes ne venant qu'en quatrième position. C'est donc l'ensemble d'un système qui pousse à une utilisation déraisonnable des produits phytosanitaires, système dont la puissance publique n'est d'ailleurs pas exclue.

Dans ces conditions, l'alternative biologique bénéficie d'un accueil favorable, mais à un niveau qui ne traduit pas une adhésion très forte. Entre " augmenter de façon très importante la part de l'agriculture biologique, même si les coûts de production sont plus élevés " et " continuer à traiter les cultures mais avec des quantités de pesticides moins importantes ", l'opinion publique penche légèrement pour la première solution (52%) mais elle juge également crédible la perspective d'une utilisation raisonnable des phytosanitaires (47%). L'opinion est au fond partagée en deux camps assez équivalents. C'est sans doute ici le résultat le plus inattendu de ce sondage, compte tenu de la sympathie suscitée par l'agriculture biologique chez les consommateurs. Mais il est très révélateur du regard assez nuancé porté sur l'agriculture contemporaine, ses contraintes économiques en particulier, et aussi des faiblesses d'image du " bio ", en particulier son coût.

Le doute reste très élevé face à l'innocuité
supposée des résidus de pesticides à faible dose

Lorsqu'on considère maintenant l'aval de l'agriculture, le produit, et non plus les conditions de production et ses effets, on constate que la présence de résidus de pesticides - qui ne fait aucun doute pour neuf Français sur dix - suscite une interrogation plus inquiète. D'abord parce que la quantité même de ces résidus ne paraît pas anodine : 60% pensent qu'ils sont en quantité susceptible d'être nuisible pour la santé, contre 37% qui estiment que les quantités sont trop faibles pour avoir un quelconque impact. En filigrane, se profile l'idée que par nature, un résidu ne peut pas ne pas avoir un impact sur la santé.

Ensuite, parce que cet a priori semble sourd à l'argumentation scientifique, fut-ce-t-elle indépendante. A la question " Si des scientifiques indépendants vous disent qu'en dessous d'une certaine dose, des résidus de pesticides dans les aliments n'ont aucune incidence sur la santé, avez-vous tendance à les croire ou à ne pas les croire ? ", 57% répondent qu'ils ne les croient pas (contre 41% qui les croient).

Les promoteurs des produits phytosanitaires sont donc moins confrontés aujourd'hui à une méconnaissance du public des conditions de production ou à la concurrence d'un modèle agricole alternatif crédible, qu'à la difficulté à faire admettre la bonne foi des arguments scientifiques en faveur de l'innocuité des résidus.

Didier WITKOWSKI




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Carine Marcé
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