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Les
Français et la génétique
Le 28 novembre
2001 - Notre étude
a été réalisée quotidiennement
du 19 octobre au 20 novembre auprès des visiteurs
du Train du Génome, dans chacune des vingt villes
où il s'est arrêté. Grand public, mais
aussi lycéens, enseignants accompagnateurs et élus
ont été interrogés juste après
avoir assisté à une présentation des
avancées de la recherche génétique
et des enjeux qu'elle suscite pour la société.
Dans une situation où il est quasiment impossible
d'interroger le public sur des sujets aussi complexes, sans
avoir au préalable procédé à
un certain nombre d'explications scientifiques, Aventis
et l'Institut Pasteur nous ont permis, grâce
au Train du Génome, de mettre en place un dispositif
d'étude original permettant de mesurer les opinions
d'individus se prononçant en toute connaissance de
cause - soit au total, 4437 personnes.
La génétique,
un sujet d'espoir.
Un des premiers
enseignements de l'étude réside dans un constat
simple : la génétique, telle que présentée
dans le Train, ne suscite pas d'angoisse chez les interviewés,
même s'ils en mesurent toute la portée. Comme
tout principe scientifique fondamental, la génétique
est perçue comme conditionnée par ses applications
futures. Or, pour l'instant, c'est avant tout le traitement
des maladies (81%) et la détection des maladies génétiques
(78%) qui apparaissent comme les conséquences les
plus probables des progrès de la génétique
dans l'avenir. En comparaison, les applications les plus
problématiques (carte d'identité génétique
individuelle, choix des caractéristiques de son enfant)
ne semblent pas les plus probables. En conséquence,
84% des visiteurs (tous profils confondus) ressentent plutôt
de l'espoir face à ces progrès, contre 15%
de la crainte.
.pour traiter
toutes les maladies, génétiques ou non.
La très
nette portée médicale de ces recherches, qui
suscite de tels niveaux de confiance, est renforcée
par le fait que les applications dépassent les seules
maladies génétiques : pour les deux tiers
des visiteurs (66%), il semble acquis que le décryptage
du génome humain permettra de traiter un grand nombre
de maladies, génétiques ou non, tandis qu'un
tiers pense au contraire que seules les maladies génétiques
sont concernées. A noter : l'espoir grandit
avec l'âge, de 61% chez les 15 à 17 ans à
77% chez les plus de 65 ans.
Mais les
traitements ne sont pas la seule application des découvertes
sur le génome : le diagnostic prénatal
suscite quant à lui davantage de controverses. Et
de fait, au premier regard, les interviewés tracent
nettement la limite entre le vital et l'accessoire :
défavorables à ce que ces techniques permettent
de choisir le sexe de son enfant (92%), une même proportion
se dit en revanche favorable au fait d'éviter à
un enfant un risque élevé de maladie grave.
.ou pour
éviter les risques de maladie
On constatera
que cette opinion favorable s'exprime également face
à une prédisposition, c'est à dire
une probabilité de développer une pathologie.
Dans l'esprit du public, ces techniques de détection
ou de sélection doivent pouvoir s'étendre
à l'évitement d'un risque mesuré de
maladie, et pas seulement à un risque élevé.
Encore plus troublant : si 58% se disent plutôt
défavorables à ce que l'on puisse éviter
à l'enfant des prédispositions à des
maladies bénignes, 42% estiment au contraire que
l'on doit pouvoir aller jusque là. La frontière
avec l'eugénisme s'estompe soudain, lorsqu'elle se
présente sous un jour médical, conditionnée
aussi par la définition que chacun donne à
" maladie bénigne ". Sur ce thème,
un clivage générationnel apparaît, qui
sépare les plus et les moins de 25 ans : les
premiers se montrent réticents, les second beaucoup
plus ouverts.
Le décryptage
génétique, un risque pour les libertés
individuelles
Si les visiteurs
ne nourrissent aucune angoisse face au génome et
à ses applications, qu'ils perçoivent comme
porteuses de progrès médicaux considérables,
ils n'en ignorent pourtant aucun des risques pour les libertés
individuelles. De ce point de vue, le décryptage
du génome n'est pas une avancée comme les
autres et l'idée que chacun puisse être doté
d'une " carte génétique individuelle "
n'apparaît pas anodin. Ainsi, contrairement au dossier
médical, les visiteurs veulent rester maîtres
de donner ou non accès à ces informations,
même s'il s'agit d'un médecin (71%). Les plus
âgés, traditionnellement plus confiants vis
à vis du corps médical, sont à peine
un peu plus disposés à autoriser cet accès
(39%). Mais on mesure également ici la qualité
de la compréhension de ce que représente le
décryptage du génome, et la part d'intime,
foncièrement personnelle qui y est attachée.
Un intérêt
prononcé pour les lois de bioéthique
C'est sans
doute pour cette raison qu'on observe également une
disponibilité remarquable aux débats qui pourraient
être organisés autour de la préparation
des lois de bioéthique. Avec deux formes privilégiées :
une consultation publique, préférée
par le grand public (63%), ou des débats dans l'établissement
pour les lycéens et leurs professeurs (72% et 65%).
Mobilisés par le fait que le législateur se
saisira bientôt du dossier, les interviewés
privilégient une consultation nationale plutôt
que des débats de proximité.
Didier
Witkowski
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