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La
situation politique à Avignon à six semaines des élections
municipales
Le 29 janvier
2001 - Ravie à la gauche en 1995 dans le cadre
d'une triangulaire, Avignon pourrait rester à droite.
C'est un duel particulièrement serré qui attend
en effet Elisabeth Guigou face à une maire sortante,
Marie-José Roig, qui bénéficie d'un bon
bilan. Duel car selon cette enquête, le Front national,
à la différence de 1995, pourrait ne pas être
en mesure de se maintenir au second tour. Tels sont les principaux
enseignements du sondage réalisé par la SOFRES
pour La Provence.
Elisabeth Guigou,
actuelle ministre de l'Emploi et de la Solidarité,
partie à la (re)conquête d'une ville gagnée
par la droite en 1995 au bénéfice d'une triangulaire,
serait aujourd'hui battue au second tour, et ferait jeu égal
avec la maire sortante, Marie-José Roig, dans l'hypothèse
d'une triangulaire. Un affrontement particulièrement
serré dans une ville qui, depuis 1983, connaît
l'alternance à chaque élection municipale. Détenue
par Jean-Pierre Roux (RPR) en 1983, Avignon avait ainsi vu
le socialiste Guy Ravier s'imposer en 1989, ce dernier étant
battu par Marie-José Roig en 1995, dans un contexte
pourtant déjà favorable à la gauche.
Elisabeth
Guigou légèrement en tête au premier tour
Au premier
tour, la liste unique conduite par Elisabeth Guigou, et soutenue
par le PS, le PC et les Verts, devancerait de justesse, avec
41% des intentions de vote, celle de la maire sortante Marie-José
Roig, soutenue par le RPR, l'UDF et DL (39%). Dans une ville
où les impôts locaux constituent un problème
prioritaire, la liste de défense des contribuables
avignonnais, conduite par Maurice Augustin, obtiendrait un
score élevé de 5% des voix. Soit un niveau identique
à celui de la liste associative et d'extrême
gauche conduite par Isabelle Portafaix (5%). La surprise vient
des résultats des deux candidats d'extrême droite.
A six semaines du 1er tour, la liste de Thibault
de la Tocnaye, créditée de 8% des intentions
de vote, serait en baisse sensible par rapport à son
score de 1995 (22,3%) et au total FN-MNR des européennes
de 1999 (14,8%). Il serait donc dans l'incapacité de
se maintenir au second tour. La liste du mégrétriste
André Bonnet, ne recueillerait pour sa part que 2%,
soit un total de 10% pour ces deux listes. La présence
du FN au second tour de cette élection constitue une
des clés du scrutin. Aussi, au regard de son niveau
actuel (8%), il est difficile de savoir s'il réussira,
en fin de course, à obtenir les 10% des exprimés
nécessaires à son maintien, ce qui aurait de
lourdes conséquences sur l'issue du scrutin.
Les intentions
de vote de premier tour, particulièrement serrées,
témoignent de la perte de terrain de la droite (total
des listes de droite et du FN de 52%, pour 62% en 1995) et
de la progression concomitante des listes de gauche (46% pour
33,6% en 1995 et 44,8% en 1999). La droite reste toutefois
majoritaire. La liste d'Elisabeth obtient ses meilleurs scores
chez les femmes (48%), les jeunes (50% chez les 18-24 ans
et 56% chez les 25-34), les professions intermédiaires
(55%) et les employés (44%), la maire sortante bénéficiant
pour sa part du soutien massif des personnes âgées
(54% des plus de 65 ans), des inactifs et retraités
(46%), dans une moindre mesure des hommes (42%), et devançant
la ministre de l'Emploi chez les ouvriers (40% contre 38%).
Mais devancée
par Marie-José Roig en cas du duel au second tour
Au second tour,
dans l'hypothèse d'un duel, les deux candidates, bénéficiant
de bons reports dans leurs camps respectifs, retrouvent leur
total du premier tour. Et dans ce cas de figure, c'est Marie-José
Roig qui l'emporterait avec 52% des voix, contre 48% à
sa rivale socialiste. L'analyse des électorats montre
que la maire sortante bénéficie d'un soutien
massif des personnes âgées, nombreuses et particulièrement
mobilisées, (72% chez les plus de 65 ans, 58% chez
les 50-64 ans), des inactifs-retraités (62%) et des
hommes (59%). A l'opposé, la ministre de l'Emploi reçoit
le soutien majoritaire des jeunes, de toutes les catégories
d'actifs à l'exception des ouvriers (50-50), et des
femmes (53%). Notons toutefois qu'un tiers des sympathisants
écologistes optent pour la maire sortante de droite
dans cette hypothèse. Duel serré donc qui le
serait plus encore en cas de triangulaire.
En cas de
triangulaire, une incertitude maximale
Même
si les intentions de vote de 1er tour laissent
entendre que le candidat du FN, Thibaud de la Tocnaye, ne
serait pas en mesure de se maintenir, l'hypothèse de
triangulaire que nous avons testée montre l'extrême
incertitude qui pèse sur ce scrutin. Car dans ce cas
de figure, Elisabeth Guigou (47%) et Marie-José Roig
(46%) seraient quasiment à égalité, le
Front National obtenant 7% des voix. Dans la même configuration,
Marie-José Roig l'avait emporté de quatre points
(42,4%) face à Guy Ravier (38,2%) en 1995, le FN recueillant
19,4% des voix. Ceci confirme à la fois la progression
de la gauche en Avignon et l'érosion du FN, mais souligne
que la maire sortante, en progression, a certainement (re)conquis
une partie de l'électorat FN de 1995. Quoi qu'il en
soit, un air de déjà vu pour les deux candidates,
Elisabeth Guigou n'ayant devancé sa rivale lors des
législatives de 1997 que d'une courte avance de..50
voix.
Un bilan
positif pour Marie-José Roig
Sur le bilan,
on constate que Marie-José Roig voit son action nettement
saluée : 65% des habitants le jugent " excellent
ou bon ", contre 31%. Jugée positive dans
la totalité des catégories de la population,
son action est particulièrement saluée à
droite (88%), mais aussi à l'extrême droite (90%)
(ce qui peut expliquer en partie l'érosion du FN) et
par une majorité des sympathisants de gauche (55%).
Nous avons
par ailleurs interrogé les avignonnais pour savoir
comment ils jugeaient l'évolution de la situation dans
neuf domaines d'action au cours des derniers années.
Et l'on constate que le sentiment d'amélioration domine
largement dans six domaines, notamment en matière d'aménagement
urbain (76%), d'image de la ville (72%), d'animation culturelle
(63%), d'économie et d'emploi (58%), et dans une moindre
mesure d'environnement (54% contre 30%) et de propreté
(54% contre 32%). Les jugements sont mitigés en revanche
en matière d'impôts locaux (41% de réponses
positives, contre 38%), et négatif dans deux domaines :
la sécurité (52% contre 29% de " positif ")
et la circulation (57% contre 29%).
Les jugements
des sympathisants de droite sont logiquement favorables à
l'équipe sortante, mais on constate toutefois que les
sympathisants de gauche accordent un satisfecit à l'équipe
en place en matière d'aménagement urbain, d'animation
culturelle, de développement économique, et
même d'environnement.
Trois enjeux
devraient donc jouer un rôle important d'ici au 1er
tour : l'insécurité, les impôts locaux
et la circulation. De fait, parmi les projets jugés
les plus importants, les habitants de la Cité des Papes,
de droite comme de gauche, citent d'abord la baisse des impôts
locaux (51%). Viennent ensuite la baisse du prix de l'eau
(48% dans l'ensemble) mais plus fortement à gauche
et chez les écologistes qu'à droite, les sympathisants
de droite accordant la priorité à la construction
de la rocade urbaine dite de liaison ouest (44%) et à
la réalisation de la zone d'activités de Courtine
autour de la gare du TGV Méditerranée (42%).
Dans ce contexte,
les six semaines de campagne qui nous conduiront au 1er
tour devraient être décisives. Face à
une maire sortante qui bénéficie d'un bon bilan,
Elisabeth Guigou, qui accuse un léger retard, devra
batailler ferme pour mobiliser ses électeurs (d'autant
plus que les jeunes, qui la soutiennent aujourd'hui, sont
traditionnellement moins enclins à participer que les
personnes âgées largement favorables, on l'a
vu, à Marie-José Roig) et convaincre les 12
à 15% d'avignonnais qui n'émettent pas aujourd'hui
d'intention de vote. Tel est le prix d'une bataille électorale
dans laquelle elle se retrouve aujourd'hui en position d'outsider,
en dépit de sa légitimité nationale et
de la progression, constatée dans de nombreuses villes,
de la gauche municipale.
Stéphane
Marcel

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