Le 29 mai 2006 - « Les Enjeux du Quotidien », réalisés par TNS Sofres pour l'EPIQ, sont une série d'études traitant de sujets se situant au cour de l'actualité et des préoccupations quotidiennes des Français. Ce deuxième volet de la saison 2006 porte sur les Français et l'Europe et est publié dans les titres de Presse Quotidienne Nationale, Régionale, urbaine gratuite et la presse hebdomadaire régionale. Principaux enseignements de cette étude : les Français considèrent l'Europe comme une idée peu accessible ; la construction européenne est plébiscitée par les Français ; mais un an après le référendum sur le Traité Constitutionnel, le bilan est partagé.
L'Europe : une notion lointaine
L'Europe apparaît aujourd'hui comme une notion assez lointaine pour les Français. En effet, ceux-ci ont d'abord le sentiment d'appartenir à leur pays (53% déclarent se sentir Français avant tout), puis à leur ville (38%), largement avant d'avoir le sentiment d'appartenir à l'Europe (26%, soit un niveau de citations équivalent à ceux qui disent se sentir habitants de leur quartier). Notons que 23% des Français se sentent citoyens du monde et, à des niveaux de citations moindres, habitants de leur région (19%) et habitants de leur département (13%). Dans le détail, le pays apparaît comme le référent principal de toutes les catégories. Certains critères jouent de manière particulièrement importante concernant l'appartenance au pays : des critères sociologiques (les hommes, les plus âgés, les PCS-, les salariés (ou anciens salariés) d'entreprises privées, les moins diplômés et les lecteurs réguliers de la presse quotidienne, hebdomadaire régionale ou de la presse quotidienne urbaine gratuite sont plus nombreux à se sentir français), des critères géographiques (les habitants d'Alsace et de Basse-Normandie) mais aussi politiques (ceux qui se disent opposés à la construction européenne ainsi que ceux qui ont voté « non » lors du référendum sur le Traité Constitutionnel). Certains sont néanmoins un peu plus nombreux que les autres à mettre l'accent sur leur identité européenne : les cadres et les professions intellectuelles supérieures, les plus diplômés, les plus hauts revenus et les habitants d'Ile-de-France et de Lorraine.
Sentiment partagé sur le niveau d'information concernant l'Europe
Par ailleurs, les Français émettent un sentiment partagé quant à leur niveau d'information sur l'Union Européenne et son fonctionnement, une légère majorité d'entre eux se sentant mal informés sur le sujet (52%), tandis que 47% se déclarent bien informés (mais seulement 3% « très bien » informés). Si les classes d'âge intermédiaires, les moins investis sur l'Europe (ceux qui se disent sceptiques ou opposés à la construction européenne, qui avaient voté « non » lors du référendum et qui sont satisfaits du résultat de ce dernier) et les habitants d'Auvergne, de Midi-Pyrénées, de PACA et de Corse semblent moins informés que les autres, les jeunes et les personnes âgées, les étudiants, les retraités, les plus investis sur l'Europe (ceux qui sont enthousiastes ou favorables à la construction européenne et qui ont voté « oui » au référendum) et les habitants d'Alsace et de Bretagne se déclarent au contraire mieux informés.
Néanmoins, la construction européenne est plébiscitée
Si l'Europe semble être une notion assez lointaine, la construction européenne suscite pourtant un engouement indéniable. En effet, 44% des Français déclarent se sentir enthousiastes lorsqu'ils pensent à la construction européenne, et 38% se disent favorables, contre seulement 8% de sceptiques et 7% d'opposants. Notons que toutes les catégories témoignent d'une franche adhésion à la construction européenne. Tout se passe dans l'opinion comme si le débat n'était plus entre les « pro » et les « anti » européens mais portait davantage sur la nature et le contenu du projet européen.
Un bilan mitigé, un an après le référendum sur le Traité Constitutionnel
Un an après le rejet de la ratification du Traité Constitutionnel Européen du 29 mai 2005, les Français se montrent tout d'abord très partagés sur le résultat du référendum : en effet, 46% d'entre eux se déclarent satisfaits de cette décision (dont seulement 14% de très satisfaits), contre 47% qui n'en sont pas satisfaits. Dans le détail, le profil sociologique des répondants apparaît clivant sur cette question : tandis que les jeunes âgés de 15 à 34 ans, les étudiants, les PCS-, les salariés (ou anciens salariés) d'entreprises publiques, les lecteurs occasionnels de la presse quotidienne, hebdomadaire régionale ou de la presse quotidienne urbaine gratuite s'avèrent satisfaits de ce résultat, les plus de 50 ans, les retraités, les cadres et les professions intellectuelles supérieures, les salariés (ou anciens salariés) d'entreprises privées, les plus hauts revenus et les lecteurs réguliers de la presse quotidienne, hebdomadaire régionale ou de la presse quotidienne urbaine gratuite se déclarent particulièrement mécontents du rejet du Traité Constitutionnel. Les critères politiques apparaissent eux aussi logiquement déterminants - ceux qui sont les plus opposés à la construction européenne et qui ont voté « non » au référendum s'avèrent particulièrement satisfaits tandis que les plus investis sur l'Europe et ceux qui ont voté « oui » au référendum se déclarent mécontents -. Enfin, des critères géographiques sont aussi à l'ouvre sur la question : les habitants du Poitou-Charentes, du Limousin, d'Auvergne, de Lorraine, de Haute et de Basse-Normandie apparaissent très satisfaits de ce résultat, tandis que les habitants d'Ile-de-France, du Nord-Pas de Calais et du Languedoc-Roussillon sont mécontents. Il semble que l'opinion campe sur ses positions (les électeurs du non étant globalement satisfaits du rejet, tandis que les électeurs du oui expriment leur mécontentement) et demeure par conséquent divisée en deux sur le sujet.
Une grande majorité des Français s'accorde à considérer
que le rejet du Traité Constitutionnel a plutôt affaibli la France en Europe
Une grande majorité des Français (64%) s'accorde en revanche à considérer que le rejet du Traité Constitutionnel a plutôt affaibli la France en Europe, tandis que seulement 21% d'entre eux pensent au contraire que la victoire du « non » a plutôt renforcé la France en Europe. Toutes les catégories pointent les conséquences néfastes du résultat du référendum sur la place de la France en Europe, certains apparaissant encore plus catégoriques sur cet affaiblissement : les cadres et les professions intellectuelles supérieures, les plus hauts revenus, les plus investis sur l'Europe (ceux qui sont enthousiastes ou favorables en pensant à la construction européenne, qui sont mécontents du rejet du Traité Constitutionnel Européen et qui avaient voté en sa faveur le 29 mai 2005), mais aussi les habitants de Champagne-Ardenne et des Pays de la Loire. Ceux qui avaient rejeté le Traité Constitutionnel Européen déclarent eux aussi majoritairement que la victoire du « non » a plutôt affaibli la France en Europe, un résultat qui témoigne clairement du fait que les ressorts du vote « non » relevaient d'autres logiques que de celle de la place de la France en Europe (qui était un argument clé des partisans du « oui »).