Les Français, la forêt et le bois

Le 29 novembre 2000 - L'étude réalisée par la SOFRES pour La Collective du Bois et de la Forêt montre que les Français sont très attachés à la forêt et au bois, espace de ressourcement, notamment pour les urbains. Attachement et souci à l'égard de la protection de leur environnement les conduisent à être très attentifs à son avenir. Il estiment toutefois que respect et exploitation de la forêt sont compatibles.

Un attachement à la forêt unanime

91% des Français déclarent aimer la forêt, dont 62% l'aimer " beaucoup ". A ce niveau d'adhésion, les différences d'appréciation sont minimes : seuls les plus jeunes et les ouvriers sont légèrement moins nombreux à déclarer aimer la forêt. Le niveau de fréquentation de la forêt est en revanche très variable : 37% des Français s'y rendent une ou plusieurs fois par semaine ou une ou plusieurs fois par mois ; 39% une fois par trimestre, voire moins souvent ; 24% jamais. L'amour de la forêt et sa fréquentation sont corrélés : 48% des Français qui déclarent aimer beaucoup la forêt s'y rendent une ou plusieurs fois par semaine contre 37% en moyenne. Toutefois, dans la fréquentation de la forêt entrent aussi des variables sociologiques (les personnes âgées s'y rendent moins souvent) et des logiques de besoin : si 24% des Français ne se rendent jamais en forêt, c'est le cas seulement de 14% des parisiens plus enclins à ressentir " l'appel " de la forêt contre 31% des habitants de petites villes (2 à 20 000 habitants) .

De fait, la forêt est avant tout un espace de ressourcement : c'est de loin sa première fonction perçue, citée par 42% des Français, en particulier les femmes, plus sensibles à cet atout. L'apport de la forêt n'est donc pas simplement utilitaire mais bien plus de l'ordre du vital. La forêt est ainsi également valorisée pour son rôle dans le maintien des grands équilibres par 30% des français tandis que ses apports en terme économique ou de loisirs sont peu cités : à titre d'exemple, seuls 2% des français considèrent la forêt dans sa fonction productrice de bois.

Il n'existe pas une forêt mais des forêts

Parler de la forêt, d'une forêt précise et clairement identifiée qui constituerait une référence commune auprès de tous les Français serait un contresens. En effet,l'imaginairedes Français se structure autour de trois grands modèles de forêt :

1-La forêt  entretenue et légèrement aménagée (par exemple débroussaillée et comportant les sentiers forestiers) " : cité à 56%, ce type de forêt se détache nettement, placé au premier rang des préférences des interviewés, surtout de ceux qui fréquentent plus d'une fois par mois cet espace (63%) ;

2- " la forêt aménagée et comportant des espaces de loisirs ", citée par 21% des français, intervient, loin derrière, au second rang ; elle est davantage valorisée par les femmes (25%) qui y voient sans doute naturellement un espace de jeu et de détente pour leurs enfants mais également par les personnes déclarant ne jamais fréquenter la forêt (31%);

3- enfin, " la forêt sans aménagement et sans intervention humaine " est, comme la " forêt-loisirs ", plébiscitée par 1/5 français, et notamment, à même hauteur (26%) par les hommes et les parisiens ; un résultat non négligeable qui dévoile en creux la persistance du rêve d'une forêt fonctionnant en autarcie, " intouchée " par l'homme.

Respect et exploitation de la forêt ne sont pas incompatibles

48% des Français estiment qu'ils sont plus respectueux de la forêt qu'il y a quelques années, 50% " ni plus, ni moins ". De fait, l'irrespect envers la forêt est le fait de l'autre : si 34% des interviewés déclarent que les Français sont moins respectueux qu'avant, si 15% pensent que cet irrespect est aussi le fait des exploitants forestiers, seuls 1% d'entre eux avouent qu'eux-mêmes sont moins vigilants à l'égard de la forêt. Si 38% jugent les exploitants forestiers plus respectueux de la forêt qu'il y a quelques années ; 14% des français ne se prononcent pas, dévoilant en creux la faiblesse des a priori négatifs à l'égard de la profession au profit d'une relative ignorance.

De fait, être respectueux envers la forêt c'est, pour les Français, être surtout attentif à ne pas perturber le fonctionnement harmonieux de l'écosystème forestier : c'est ne pas perturber la faune et la flore (61% des Français déclarent cette proposition en totale adhésion avec l'idée qu'ils se font du respect de la forêt) ; c'est aussi ne pas dévaliser les " bons coins " de champignons ou de baies (51%).

Dans ce contexte, l'exploitation du bois n'est pas incompatible, loin s'en faut, aux yeux des français, avec le respect de la forêt : " exploiter la forêt, le bois, de manière raisonnable " correspond très bien avec l'idée que se fait 59% de la population de la notion de respect de la forêt, et ce, même auprès de ceux qui déclarent l'aimer beaucoup (65%).

Le bois, un matériau, prolongement de la forêt

75% des français apprécient beaucoup le bois en tant que matériau. D'ailleurs nul ne le rejette et seuls 3% de la population ne l'aime pas ou peu. Parmi ces derniers, il s'agit surtout des plus jeunes. L'amour du bois va de pair avec le goût de la forêt : 84% des personnes qui apprécient beaucoup la forêt aiment également beaucoup le bois. De plus, plus on va en forêt, plus on est enclin à apprécier le matériau qui en est issu : si parmi les gens qui ne vont jamais en forêt, 71% apprécient beaucoup le bois. Cette proportion croît nettement auprès des français qui fréquentent la forêt plus d'une fois par mois pour atteindre 82%.

Le bois : une image ambivalente

Pour autant, la structure d'image du bois est ambivalente et témoigne fortement des qualités intrinsèques de ce matériau. De fait, les avantages du bois se structurent autour de la perception d'un matériau naturel et vivant : c'est un matériau très chaleureux (77%), très vivant (75%), très beau (73%) ; c'est également un matériau très écologique pour 68% des français.En revanche, les atouts fonctionnels du bois, même s'ils sont majoritairement mis en avant, suscitent des réactions contrastées voire ambivalentes : à titre d'exemple, si 93% des français considèrent que le bois est un matériau pratique, ils ne sont que 51% à mettre fortement cet avantage en exergue ; de surcroît, 69% s'accordent à dire que le bois demande beaucoup d'entretien. De même, le bois est à la fois perçu comme " solide " (92%) et " fragile " (56%). Enfin, pour 69% des français, le bois est un matériau qu'ils considèrent comme cher, même si 25% seulement déclarent qu'il est " très cher ".

Pour les français, l'avenir de la forêt est une vraie question

71% des Français sont persuadés que la France d'aujourd'hui compte moins de forêts qu'il y a deux siècles. 86% sont de cet avis en ce qui concerne la forêt dans le monde. On touche ici à une croyance et à une peur d'autant plus fondamentale que l'amour de la forêt et les projections que l'on fait à son sujet (espace de ressourcement, fonction essentielle de maintien des grands équilibres.) sont, on l'a vu, très forts.

Là encore, le fait de fréquenter la forêt favorise une meilleure connaissance de la situation et amoindrit les doutes : 22% de ceux qui s'y rendent une ou plusieurs fois par semaine ou mois, estiment qu'il y a davantage de forêts en France qu'il y a deux siècles, contre 11% de ceux qui ne se rendent jamais en forêt.

Les attentes d'information se focalisent presque exclusivement sur la forêt.

Les Français s'estiment globalement bien informés sur " les principaux usages et utilisations du bois " (70%) et " les multiples métiers qui sont liés au bois " (59%). Tel n'est pas tout à fait le cas en ce qui concerne " les effets de l'exploitation du bois sur l'environnement " et " les avantages et les inconvénients du bois par rapport à d'autres matériaux " : dans ces deux domaines, une petite majorité de Français s'estiment mal informée (respectivement 52% et 51%). En revanche, 58% à 68% de nos concitoyens s'estiment mal informés (et souvent, " très mal " informés) sur les sujets suivants : " les effets de sa fréquentation par le public sur la forêt elle-même " (61%), " la situation de la forêt en France " (58%), " la situation de la forêt dans le monde " (65%), " les enjeux économiques liés à l'exploitation du bois " (68%) et " les pays producteurs et consommateurs du bois " (68%).

Pour autant, cette hiérarchie des domaines où l'on s'estime mal informé n'est que très peu représentative des véritables attentes en matière d'information. En effet, lorsqu'on reprend l'ensemble de ces sujets et que l'on demande aux Français ceux sur lesquels ils souhaiteraient être prioritairement informés, on s'aperçoit que les attentes se focalisent totalement sur la forêt et son avenir : " la situation de la forêt en France " (49%), " les effets de l'exploitation du bois sur l'environnement " (41%), " la situation de la forêt dans le monde " (40%) et, dans une moindre mesure, " les effets de sa fréquentation par le public sur la forêt elle-même " (28%) sont ainsi très largement en tête. En revanche, tout ce qui concerne plus spécifiquement le bois - " les enjeux économiques liés à l'exploitation du bois ", " les multiples métiers qui sont liés au bois ", " les principaux usages et utilisations du bois ", " les avantages et les inconvénients du bois par rapport à d'autres matériaux " et " les pays producteurs / consommateurs de bois " n'arrivent qu'ensuite et avec une intensité bien moindre (de 13% à 21% des citations pour chacun de ces sujets).

L'exemple caricatural de cette distorsion porte sur l'item " les pays producteurs et consommateurs de bois " : 68% des Français se disent mal informés sur ce sujet, soit le plus fort niveau de tous les domaines testés, mais 13% seulement souhaiteraient être prioritairement informés sur ce sujet, ce qui le place en dernière position.

Le bois : connaissances et méconnaissances

Des questions posées sous la forme de " vrai " / faux " puis de " je le savais / je ne le savais pas, mais c'est possible / j'ai du mal à le croire " font apparaître une véritable cartographie des atouts reconnus au bois et des points où l'importance des préjugés l'emporte. On peut ainsi identifier :

Six atouts clairement identifiés

Pour plus de 80% des Français, il ne fait aucun doute...

- que le bois est un matériau de haute technologie auquel on peut donner une multitude de formes et de couleurs, - que le bois se marie bien avec d'autres matériaux,

- que le bois est un isolant thermique très supérieur au béton et au métal,

- qu'un revêtement de sol en bois est plus sain qu'un revêtement de type moquette,

- que c'est une source d'énergie renouvelable, contrairement au charbon et au pétrole,

- que c'est une source d'énergie non polluante.

Trois atouts que l'on ne connaît pas forcément mais que l'on admet très facilement

- Qu' "un arbre en pleine croissance absorbe plus de gaz carbonique qu'un arbre arrivé à maturité" n'est spontanément perçu comme vrai que par 52% des Français. Toutefois, 43% sont prêts à l'admettre même s'ils ne le savaient pas.
- Il en va de même pour " il faut 3 fois moins d'énergie pour construire un bâtiment en bois plutôt qu'en béton " (52% de " vrai " en spontané mais 40% de " je ne le savais pas mais c'est possible ")
- Et pour " la filière bois représente 500.000 emplois en France " (40% de " vrai " en spontané mais 56% de " je ne le savais pas mais c'est possible ")

Trois atouts qui peuvent être largement renforcés

- " A poids égal, une poutre en bois a une résistance supérieure à une poutre en béton ou en acier " choque le sens commun : 40% seulement de Français déclarent spontanément qu'une telle affirmation est vraie. Toutefois, 36% se rallient ensuite à l'idée en déclarant qu'ils ne le savaient pas mais que c'est possible. Enfin, 23% affirment leur scepticisme (" j'ai du mal à le croire ").
- On observe la même chose avec " actuellement, on prélève en France moins de bois qu'il n'en pousse " : 40% adhèrent spontanément à l'idée, 45% déclarent que c'est faux. Mais l'opinion peut ici évoluer (37% : je ne le savais pas mais c'est possible " face à 24% d'irréductibles sceptiques) ce qui constitue une information fondamentale dans la mesure où nous avons vu combien les craintes sur une raréfaction de la forêt étaient fortes.
- Enfin, l'idée qu' " utiliser davantage de bois permet de lutter contre l'effet de serre " part de plus bas encore (31% de " vrai ", 47% de " faux ") mais là aussi, l'opinion est prête à évoluer (36% de " je ne le savais pas mais c'est possibles " et 25% de sceptiques)

Enfin, des points sur lesquels où le scepticisme reste élevé

Que le bois ne se déforme pas et qu'il résiste même au feu demeure une information inattendue et difficilement acceptable (75% et 81% de " c'est faux " et un solde de 57% et 63% de " j'ai du mal à le croire " même quand on informe sur la véracité de ces affirmation)

Il en va de même, mais avec une intensité légèrement moindre, en ce qui concerne l'idée qu' " il y a aujourd'hui en France davantage de forêt qu'il y a deux siècles " : 74% pensent que cette proposition est fausse ; près d'un Français sur deux a ou aura du mal à le croire (46%) ; mais au final, 29% tout de même disent que c'est possible.

Camille Saint-Paul


 


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Brice Teinturier
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