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Les Français
et la recomposition des territoires
Le 31 janvier
2002 - Selon notre
enquête menée pour la Délégation
à l'Aménagement du territoire et à
l'action régionale (DATAR), plus d'un Français
sur deux se prononce en faveur d'une poursuite du processus
de décentralisation. Les politiques d'aménagement
du territoire bénéficient d'une assez bonne
notoriété, 56% des enquêtés affirmant
avoir déjà entendu parler des agglomérations
et des pays. Parmi les conséquences positives de
l'aménagement du territoire évoquées
par les sondés figurent la qualité des transports,
la qualité des services publics, le dynamisme culturel
et le développement économique du lieu d'habitation.
Enfin, loin de rejeter l'intercommunalité comme instance
de décision supplémentaire, les Français
y voient plutôt l'opportunité d'être
plus forts ensemble et de faire des économies d'échelle :
pour 86% des enquêtés, les communes ont tout
" intérêt à se regrouper car il
est plus efficace de traiter en commun certains problèmes ",
contre 12%.
Plus d'un Français sur
deux en faveur d'une poursuite du processus de décentralisation
Un certain
nombre d'enquêtes montrent que si la connaissance
de la politique de décentralisation n'a cessé
de progresser dans l'opinion ces dernières années,
un bon tiers des enquêtés ignorent encore sinon
l'existence de cette politique, à tout le moins les
principes qui la guident. Cette méconnaissance relative
ajoutée à la technicité de cette réforme
auraient pu induire une certaine méfiance vis-à-vis
de cette politique. D'autant que l'enchevêtrement
des compétences qu'elle engendre apparaît relativement
complexe au grand public, voire aux élus eux-mêmes.
Pourtant,
il n'en est rien et les Français ont une perception
globalement positive de la décentralisation. Une
perception qui amène assez logiquement une majorité
d'entre eux (56%) à souhaiter une poursuite du processus :
38% d'entre eux estiment en effet qu'" il faut aller
un peu plus loin ", 18% " l'amplifier largement "
quand 30% souhaitent " en rester à l'état
actuel " et 8% seulement " revenir en arrière ".
En fait, les formules d'organisation institutionnelle les
plus extrêmes sont minoritaires, qu'il s'agisse du
retour à un Etat très centralisateur (7%)
ou au contraire d'un Etat aux prérogatives minimales
(22%). Le véritable débat semble en revanche
davantage s'engager sur le dosage des pouvoirs à
octroyer aux collectivités locales. Si certains (34%)
préfèrent une délégation de
pouvoirs importants dans un nombre limité de secteurs,
d'autres (33%) envisagent plus volontiers une délégation
de pouvoirs importants dans de nombreux secteurs (notamment
les catégories supérieures et les habitants
des régions Ouest et Est).
Les politiques d'aménagement
du territoire bénéficient d'une assez bonne notoriété
56% des Français
déclarent avoir déjà entendu parler
des " agglomérations " et des " pays ",
quand, à l'inverse, 43% ignorent de quoi il retourne.
Pour autant et parmi les enquêtés déclarant
en avoir entendu parler, 26% estiment " savoir de quoi
il s'agit " quand 30% ne le savent " pas vraiment ".
Une connaissance qui progresse à mesure que le niveau
de diplôme des personnes interrogées s'élève
et qui, par ailleurs, se fait jour dans de plus fortes proportions
dans l'Ouest et le Centre plus qu'au Nord, dans l'Est ou
en région parisienne.
Ajoutons
que 50% des enquêtés (contre 40%) pensent que
leur commune est partie prenante d'une telle démarche
d'agglomération ou de pays et là encore, comme
le montre le tableau ci-dessous, les différences
régionales sont marquées.
Connaissance
des politiques d'aménagement du territoire et perception
de l'appartenance de sa commune à une telle démarche
par région
|
|
Personnes
ayant entendu parler des politiques d'aménagement du territoire
|
Personnes
déclarant que leur commune entre dans un projet d'agglomération
ou de pays |
| ENSEMBLE
|
56
|
50
|
| Ouest
|
62
|
58
|
| Centre
|
59
|
50
|
| Sud-Ouest
|
57
|
49
|
| Sud-Est
|
57
|
55
|
| Région parisienne
|
51
|
42
|
| Est
|
51
|
43
|
| Nord |
51
|
47
|
Des a priori positifs et des
expérimentations d'aménagement du territoire qui semblent réussies
La politique
d'aménagement du territoire bénéficie
par ailleurs, comme d'ailleurs la décentralisation,
de perceptions positives.
A la question
posée des conséquences que cette politique
pourrait avoir dans un certain nombre de domaines, les taux
de réponses " pas de conséquences du
tout " relativement élevés indiquent,
certes, que les enquêtés peinent à anticiper
ou mesurer les effets de l'aménagement du territoire.
Mais, 79% des personnes interrogées constatent ou
s'attendent à ce que ces projets aient des conséquences
positives sur la qualité des transports, 72% sur
la qualité des services publics, 70% sur le dynamisme
culturel mais aussi le développement économique
du lieu où ils vivent. 69% estiment par ailleurs
que cette politique améliore ou améliorera
l'efficacité du travail des élus. Notons que
l'item concernant l'utilisation de l'argent public, traditionnellement
sujet à suspicion, rencontre ici un accueil étonnamment
positif (57% estiment que l'aménagement du territoire
en améliore ou en améliorera l'usage). Les
conséquences positives sur la démocratie locale
apparaissant toutefois un peu plus en retrait (53% de conséquences
positives pour 31% " pas de conséquences ").
Reste la difficulté de l'appropriation d'une telle
politique au niveau individuel, puisque, pour eux-mêmes,
46% d'enquêtés déclarent que cet aménagement
du territoire a ou aura des conséquences positives
mais 43% " pas de conséquences ".
Il est toutefois
important de préciser que, comme le montre le tableau
ci-dessous, plus les enquêtés savent ce que
sont les pays et les agglomérations, plus ils l'expérimentent
dans leur propre commune, meilleurs sont les jugements qu'ils
portent sur les conséquences de cette politique.
Pensez-vous
que l'aménagement du territoire autour des " agglomérations "
et des " pays " a ou aura des conséquences
plutôt positives, plutôt négatives ou
pas de conséquences sur :
(conséquences
positives)
|
|
ENSEMBLE
|
Personnes
ayant entendu parler des politiques d'aménagement du territoire et sachant
de quoi il s'agit |
Personnes
n'ayant jamais entendu parler des politiques d'aménagement du territoire
|
Personnes
déclarant que leur commune entre dans une démarche d'agglomération
ou de pays |
Personnes
déclarant que leur commune n'entre pas dans une démarche d'agglomération
ou de pays |
| La qualité
des transports, les possibilités de déplacement
|
79
|
87
|
72
|
87
|
73
|
| La qualité
des services publics locaux
|
72
|
86
|
62
|
82
|
63
|
| Le dynamisme
culturel du lieu où vous vivez
|
70
|
75
|
69
|
74
|
67
|
| Le développement
économique du lieu où vous vivez |
70
|
77
|
65
|
78
|
62
|
| L'efficacité
du travail des élus |
69
|
83
|
57
|
78
|
60
|
| L'utilisation
de l'argent public |
57
|
67
|
51
|
65
|
48
|
| L'implication
des citoyens dans la vie locale
|
53
|
57
|
51
|
56
|
51
|
| Votre vie
personnelle |
46
|
57
|
41
|
54
|
39
|
Un contexte
de valorisation du niveau local
La prise
en compte de l'intensité de l'attachement des Français
au niveau local est toutefois indispensable pour comprendre
que les opinions des Français, sur ces sujets très
complexes, sont assez naturellement positives. La décentralisation
comme la politique d'aménagement du territoire apparaissent
en effet comme un gage d'efficacité politique dans
la mesure où elles sont perçues comme une
responsabilisation des acteurs politiques locaux et comme
une garantie de participation puisqu'elles sont supposées
faciliter la concertation et la discussion. Elles apparaissent
donc inévitablement comme de meilleurs moyens pour
prendre en compte les besoins quotidiens.
Cet attachement
au niveau local est d'ailleurs tout aussi valable sur le
plan politique. Les enquêtes d'opinion rappellent
régulièrement que les maires sont les élus
auxquels les Français sont le plus attachés.
Leur proximité avec les administrés et la
visibilité plus aisée de leur action constituent
en effet des atouts de taille par rapport aux autres catégories
d'élus.
Les coopérations
entre territoires appréhendées comme un gage
d'efficacité
Ainsi et
bien que la décentralisation et l'aménagement
du territoire organisent un réseau complexe d'institutions
et de compétences locales, cette réalité
ne semble pas mal vécue par les enquêtés.
Bien au contraire, en 1997 (sondage IPSOS-DATAR), avant
même que la loi Chevènement ne vienne inciter
à nouveau les communes à coopérer entre
elles, pour 83% des enquêtés, les communes
avaient en effet tout " intérêt à
se regrouper car il est plus efficace de traiter en commun
certains problèmes ". Ils sont encore 86% à
partager cet avis en 2002, quand, à l'inverse, 12%
seulement pensent que tel n'est pas leur intérêt
car les communes prendraient " le risque de perdre
leur autonomie et de dépendre de décisions
de représentants des autres communes ". Loin
de rejeter cette instance de décision supplémentaire,
les Français y voient donc plutôt l'opportunité
d'être plus forts ensemble et de faire des économies
d'échelle.
La démarche
d'aménagement du territoire est comprise de la même
manière : appréhendée comme " une
bonne chose " par une large majorité d'enquêtés
(75%) " car elle renforce et dynamise le niveau local "
quand 17% seulement estiment que c'est " une mauvaise
chose car elle multiplie les structures et complique la
prise de décision ".
Une taille critique nécessaire
pour les politiques de décentralisation et d'aménagement du territoire
Malgré
un attachement tout particulièrement marqué
pour la commune régulièrement mesuré
dans les enquêtes d'opinion, il convient tout de même
de noter que les Français semblent ne pas considérer
que cette entité possède la taille critique
nécessaire pour mener à bien les politiques
d'aménagement du territoire et de décentralisation.
De fait, un territoire plus vaste leur paraît nécessaire.
Ainsi, lorsqu'on leur demande, parmi quatre niveaux, celui
qui serait le plus approprié pour ces politiques
à l'avenir, la commune se trouve, certes, citée
par plus d'un tiers des enquêtés (35%) devant
le département (31% de citations) mais elle est devancée
par la coopération entre les collectivités
locales (41%) et la région (45%) dont on notera la
légitimité substantielle acquise en une vingtaine
d'années. Ajoutons que les personnes qui se disent
les plus informées en la matière ainsi que
les catégories supérieures désignent,
plus que les autres, ce niveau.
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