Les préoccupations
des citoyens-consommateurs
Vague 14 - mai 2005


Le 1er juin 2005 - La dernière vague de notre baromètre réalisé pour le groupe Casino et L'Hémicycle a été réalisée les lundi 23 et mercredi 24 juin, quelques jours avant le référendum sur le traité constitutionnel européen. Il confirme à quel point le scrutin s'est déroulé dans un climat tendu, avec une réelle recrudescence des préoccupations autour de l'emploi et du chômage.

Préoccupations en hausse sur le chômage et l'emploi

La courbe des préoccupations sur le chômage enregistre en mai une forte progression, qui confirme et amplifie une tendance à la hausse depuis janvier 2005. Si l'on considère la première réponse donnée à la question (Parmi les sujets suivants, quels sont ceux qui vous préoccupent personnellement le plus ?), « l'emploi et le chômage » récolte plus de la moitié de réponses (53%), avec une progression de 10 points depuis le mois d'avril. Sur l'ensemble des réponses données (les interviewés ayant toujours la possibilité de donner plusieurs réponses), le niveau d'inquiétude total s'élève à 78% (soit une progression de 6 points par rapport au mois dernier, et le niveau le plus haut observé depuis le début de ce baromètre en mars 2004).

Cette progression va de pair avec une re-polarisation de l'inquiétude sur la question de l'emploi. En effet, les autres préoccupations du registre social, qui progressaient ces derniers mois (les inégalités sociales, l'évolution du pouvoir d'achat, ou encore la mondialisation de l'économie avec ce qu'elle implique de craintes pour l'emploi en France), reculent, perdant au total 7 points sur la première réponse donnée, alors que le chômage et l'emploi gagnent 10 points.

L'emploi est une préoccupation massive dans l'ensemble des catégories sociales (avec un taux plancher de 68% chez les sympathisants UDF) et qui dépasse les 80% dans les catégories les plus fragiles : chez les jeunes (86%), les ouvriers (89%), les personnes sans diplômes (81%) et les foyers aux revenus les plus modestes (85%). C'est également dans ces catégories que l'inquiétude dans ce domaine a le plus progressé au cours du dernier mois.

L'emploi au cour du vote non

Mesuré quelques jours avant le référendum, ce climat a joué incontestablement dans le caractère massif du rejet du traité constitutionnel européen. Il n'a pas joué qu'indirectement, comme si un climat de morosité avait poussé les Français à rejeter, dans un élan purement protestataire, tout ce que la politique avait à leur offrir. Au contraire : quand on leur demande pour quelle raison ils ont voté ainsi, (voir notre étude Unilog réalisée pour TF1, RTL et Le Monde réalisée le jour du vote) les électeurs du « non » répondent à 46% que « ce traité va aggraver le chômage en France ». C'est leur première réponse, avant l'envie d'exprimer un ras-le-bol global (40%), l'instrumentalisation du rejet pour renégocier (35%) ou le caractère trop libéral du traité (34%).

Au cour de cette inquiétude et du vote non, on retrouve les catégories populaires : les ouvriers sont ainsi 81% à avoir voté « non » (soit un écart de 43 points avec les cadres, qui ont voté « non » à 38 % seulement) : la catégorie sociale est ainsi, avec l'affiliation idéologique, la variable la plus discriminante dans le vote. Les ouvriers sont également 51% à redouter que le traité conduise à une aggravation du chômage en France (28% des cadres seulement sont dans ce cas) : là encore, la catégorie sociale est la variable la plus discriminante. Enfin, les ouvriers sont aussi, dans note baromètre, les plus nombreux à se dire préoccupés par l'emploi et le chômage (89%).

Au total, les résultats du référendum français confirment, une nouvelle fois, l'ampleur des fractures qui divisent le pays et le brouillage de la finalité perçue de la construction européenne, dès lors qu'elle ne parvient pas à rassurer sur ce qui préoccupe à nouveau aujourd'hui le plus les citoyens français, et notamment les plus fragiles d'entre eux, ou les moins armés face à la concurrence : l'emploi.

Guillaume Petit / Brice Teinturier





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