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Les
jeunes, un levier
de développement
pour la 3G ?
Nous reproduisons ici un article d'Alain
Imbert, département Télécoms de TNS Sofres,
paru dans Telecom Business Life, mai 2003
Le 12 juin 2003
- Selon une récente étude TNS Sofres, 2 équipés
mobiles sur 5 en Europe se déclarent intéressés
par la 3G et prêts à accroître sensiblement
leur budget de téléphonie mobile pour accéder
aux nouveaux services. Comment la variable d'âge, qui
reste une donnée structurante des marchés Grand
Public NTIC, éclaire-t-elle ces résultats ?
Sur un marché
qui voit s'accumuler les retards technologiques, les interrogations
économiques, voire les renoncements stratégiques,
les résultats de l'étude réalisée
par le département Telecoms de TNS Sofres sur l'attrait
de la 3G auprès des équipés mobiles de
10 pays européens soufflent un vent d'optimisme. Trois
constats majeurs apportent en effet de l'eau au moulin de
la viabilité économique des futurs services
UMTS :
- 42% des équipés
mobiles se déclarent intéressés par la
3G et ses applications, soit un potentiel de 109 millions
de consommateurs sur les 10 pays étudiés
- Les tests établissent
à 330 euros le prix optimal (i.e., le seuil qui
maximise le taux d'achat) d'un terminal 3G, signe que le marché
accepte de payer plus cher pour bénéficier d'innovations
dont la valeur ajoutée est réellement perçue
- Enfin, la moitié
des consommateurs intéressés par la 3G se déclarent
prêts à payer, en plus de leurs dépenses
actuelles, de 6 à 10 euros par mois ou plus pour bénéficier
de l'un ou l'autre des services de nouvelle génération
testés.
Mais qui sont
ces populations intéressées par la 3G ?
Traditionnellement, les jeunes se montrent plus réceptifs
aux nouvelles technologies. Qu'en est-il réellement ?
Constituent-ils un marché solvable ?
Des attitudes
et des comportements qui diffèrent en-deçà
ou au-delà de 35 ans
Nombre d'études
attestent de la relation décroissante entre âge
et aisance avec les nouvelles technologies. Notamment, une
cassure nette apparaît entre les moins de 35 ans (qui
représentent 41% des équipés mobiles
européens) et leurs aînés. Les premiers
sont par exemple 84% à considérer que " les
nouvelles technologies sont faciles à utiliser ",
contre 61% pour les plus âgés. Les moins de 35
ans sont 70% à " aimer être informés
des nouveaux produits et services qui apparaissent afin de
pouvoir en profiter ", contre 57% au-delà.
De la même manière, leur relation au terminal
mobile s'avère différente : les plus jeunes
le voient plus souvent comme " un objet très
personnel qui doit être le reflet de leur personnalité " ou
" un objet qui [les] aide à mieux organiser
leur vie quotidienne ".
Parallèlement,
les moins de 35 ans affichent une autre relation à
la société de consommation : ils se déclarent
plus réceptifs à la publicité comme canal
d'information et d'aide à la décision, expriment
une certaine défiance vis-à-vis des marques
en général (ce qui ne les empêche pas
de faire de certaines d'entre elles leurs emblèmes,
dont Nokia) et se révèlent plus soucieux du
regard que la sphère de leurs intimes pourrait poser
sur leur apparence (sensibilité particulièrement
vive auprès des moins de 25 ans).
La rupture entre
moins et plus de 35 ans s'exprime aussi en termes de comportements.
Les plus jeunes déclarent une dépense moyenne
mensuelle de téléphonie mobile de 28 euros,
contre 23 euros pour les plus âgés. Leur fréquence
d'envoi des SMS est plus élevée (33 / mois contre
15). Les services à valeur ajoutée (téléchargements,
messages d'alerte, WAP, GPRS, .) pénètrent plus
largement auprès de cette cible (58% contre 37%). L'accès
à Internet est aussi plus répandu, de même
que les consoles de jeux ou les lecteurs MP3. Enfin - il s'agit
cette fois d'une menace pour les opérateurs -, les
moins de 35 ans se montrent plus enclins au churn externe
ou interne : depuis le début de leur vie d'équipés
mobile, la moitié d'entre eux a déjà
changé d'opérateur et / ou de type d'offre chez
un même opérateur, contre 41% seulement de leurs
aînés.
Une appétence
exacerbée pour les services 3G
Cette population
à la fois plus technophile et plus technovore peut-elle
assurer le succès de la 3G ? On peut le penser
puisque les moins de 35 ans affichent un intérêt
nettement plus fort pour la 3G que leurs aînés :
ils sont 56% à juger la 3G et ses applications intéressantes
contre 32% seulement pour les plus de 35 ans.
Néanmoins,
cette cible n'est pas prête à payer un droit
d'entrée plus élevé que la moyenne pour
acquérir son terminal 3G, ni à ouvrir son porte-monnaie
plus grand pour accéder à l'un ou l'autre des
services de nouvelle génération testés.
Mais le seuil accepté d'un terminal 3G à 330
euros constitue déjà un montant relativement
élevé et si les moins de 35 ans consacraient
effectivement 7 à 10 euros de plus par mois à
leurs dépenses en téléphonie mobile,
cela représenterait des gains d'ARPU significatifs.
De nouveaux
chantiers marketing et communication pour les opérateurs
Pour y parvenir,
les opérateurs devront consentir un effort de segmentation
dans la promotion et la commercialisation de leurs offres
:
- Les MMS se classent au premier
rang des applications préférées par
les moins de 35 ans avec un score d'intérêt
de 80% (contre le 4e rang pour l'ensemble des
intéressés par la 3G qui les créditent
d'un 74% " seulement ") ; le téléchargement
de fichiers musicaux obtient lui aussi un meilleur score
(58% contre 47%), même s'il ne grimpe pas pour autant
dans le palmarès.
- Les moins de 25 ans affichent
un intérêt plus fort que leurs aînés
pour les MMS, le téléchargement de fichiers
musicaux, la visiophonie, le visionnage de clips vidéos
ou l'accès à des jeux évolués
comparables à ceux des consoles de jeux.
- En revanche, le courrier électronique,
l'accès à Internet haut débit et les
services de géolocalisation suscitent un intérêt
similaire quelles que soient les cibles.
- Des bundles ou des
tarifs dégressifs en fonction du nombre de services
souscrits favoriseront leur diffusion et leur activation.
Enfin, notre
étude invitait les consommateurs européens à
évaluer la capacité de leurs opérateurs
nationaux à " commercialiser des services
3G fiables dans un futur proche ". L'analyse ne
révèle pas ici de différence majeure
selon les âges. Toutefois, elle souligne que les opérateurs
bénéficient, selon une relation mécanique,
d'une crédibilité d'autant plus forte que leurs
parts de marché sont solides (voir graphique). A ce
jeu de la crédibilité (et au jour de réalisation
de l'étude), le grand public considère même
que les opérateurs qui totalisent moins de 20% du marché
partent avec un handicap.
Assurément
et quelle que soit leur position, les acteurs de (l'ensemble
de la chaîne de valeur de) la 3G devront mettre en ouvre
des efforts spécifiques de communication et de pédagogie
pour valoriser les bénéfices-utilisateurs des
nouveaux services, au-delà des prouesses technologiques
qu'ils représentent si l'on veut éviter de reproduire
les déconvenues du WAP.
Moins une affaire
d'âge que de génération
Les Cassandres
concluront ce tableau encourageant pour l'avenir de la 3G
en rappelant qu'un tiers des moins de 35 ans européens
équipés d'un téléphone mobile
(ou plus exactement, 60% des moins de 25 ans) appartiennent
à la catégorie des étudiants. Cette réalité
pose la question de la solvabilité de cette cible et
des ressources dont elle disposera pour accéder au(x)
service(s) désiré(s). Pour notre part, nous
pensons que plus qu'un effet âge, c'est un effet génération
qui explique les écarts observés. L'arrivée
prochaine des plus jeunes dans la vie active est de nature
à réduire l'acuité de cette objection.
Encore faudra-t-il accompagner l'évolution des besoins
et des comportements pour ne pas voir l'ARPU de ces jeunes
arrivés dans la fleur de l'âge décliner
sous l'impact d'un véritable effet âge à
savoir, la constitution d'une famille et la modification des
rythmes et des modes de vie qui en découle. Une appétence
des consommateurs pour les services 3G existe : au marché
de l'explorer, de la comprendre et de la cultiver pour en
tirer partie.
Alain IMBERT

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