87% des Français conscients de l’urgence à réformer les retraites
Interrogés sur le degré de priorité du problème de financement des retraites, près de 9 Français sur 10 (87%) considèrent qu’il faut commencer à le régler dés maintenant. Seuls 9% pensent qu’on peut attendre quelques années et 3% que ce n’est pas un sujet préoccupant. Avec un tel niveau d’adhésion, le consensus sur l’idée d’urgence est très net dans la population, quelle que soit la catégorie d’individus : sympathisants de gauche (83%) comme de droite (90%), ouvriers (86%) et cadres (87%) comme retraités (84%), et même les plus jeunes (83%) comme les plus âgés (87%).
Mais aucun des acteurs de la réforme ne réussit pour l’instant à convaincre les Français avec ses propositions, que ce soit le gouvernement, l’opposition ou les syndicats
Des propositions jugées encore floues par 2/3 des Français :
Suivant les acteurs concernés, 1/3 des Français ou moins considèrent les propositions de réforme comme claires. L’acteur le plus intelligible – si l’on peut dire – dans ce domaine est le gouvernement (34% des Français jugent ses propositions claires, les sympathisants UMP étant majoritairement d’accord sur ce point, 58%), suivi des syndicats (30% des Français jugent leur projet clair), puis du Parti socialiste (25% des Français, mais seulement 42% des sympathisants socialistes jugent sa position claire), à quasi-égalité avec le Medef (24%).
Des projets de réforme qui ne satisfont au mieux qu’un tiers des Français :
De même, environ un tiers ou moins des Français jugent les différents projets ou pistes de réforme a priori satisfaisants (ayant été interrogés sur la base de ce qu’ils connaissent de ces différents projets, sans aucune autre indication). Les syndicats font les propositions les plus satisfaisantes (pour 35% des Français, 50% des sympathisants de gauche et 19% de ceux de droite), suivi du Parti socialiste (31% des Français, 49% des sympathisants de gauche, 58% des sympathisants socialistes et 11% des sympathisants de droite), du gouvernement (26% des Français, 12% des sympathisants de gauche, 58% des sympathisants de droite et 65% des sympathisants UMP). Les propositions du Medef sont beaucoup moins appréciées (par seulement 17% des Français, 11% des sympathisants de gauche et 30% des sympathisants de droite). Les salariés du public montrent davantage d’attachement au projet des syndicats (43%) et du PS (38%) qu’à celui du gouvernement (14%). L’ordre de préférence est le même chez les salariés du privé, mais le taux de satisfaction est moins éloigné entre les propositions des syndicats (34%) ou du PS (29%) et celles du gouvernement (24%).
Les Français estiment ainsi que le gouvernement est trop ferme vis-à-vis des syndicats dans les négociations (41%, pour 58% des sympathisants de gauche mais seulement 19% des sympathisants de droite), 25% estimant au contraire qu’il ne l’est pas assez et 27% qu’il a l’attitude qui convient.
Pour autant, la majorité des Français considère que la gauche ne ferait pas mieux sur la réforme des retraites si elle était au pouvoir (pour 62% d’entre eux, 57% des sympathisants de droite et même 55% de ceux de gauche). 22% des Français pensent au contraire qu’elle ferait mieux et 14% moins bien.
Même s’ils ont conscience de la nécessité à long terme de travailler plus longtemps, les Français sont divisés sur la retraite à 60 ans
Les Français sont nettement divisés sur le thème du recul de l’âge légal de départ à la retraite : 47% estiment que cette solution est inévitable pour sauver les retraites alors que 50% pensent qu’on peut y arriver sans toucher à l’âge légal.
Bien sûr, les sympathisants de droite se montrent majoritairement favorables au recul (à 71%) et ceux de gauche à l’inverse majoritairement opposés (à 64%). Une autre ligne de clivage se dégage dans la population, relative à l’âge ou plutôt à l’activité : 52% des plus de 50 ans et 59% des retraités sont favorables au recul, contre 55% des moins de 50 ans et 58% des actifs qui y sont opposés, au premier rang desquels on trouve les catégories populaires (60% des employés et 61% des ouvriers, les premiers concernés par cette mesure), et les salariés du public (62%). Autre différence importante : les moins de 24 ans (qui ne sont pas encore actifs pour une large part d’entre eux) sont plus nombreux à soutenir le recul (52%) que les tranches d’âge intermédiaire (43% des 25-34 ans, 39% des 35-49 ans). Ce décalage souligne combien la retraite à 60 ans est difficile à abandonner pour ceux qui travaillent déjà, car considérée sans doute par eux comme faisant implicitement partie de leur contrat de travail d’origine.
Les Français, même s’ils défendent pour une large part l’âge légal de départ à 60 ans, reconnaissent pourtant dans leur grande majorité que la tendance dans les prochaines décennies va vers une augmentation de la durée de travail : 80% d’entre eux estiment que dans les vingt prochaines années, le temps consacré au travail par chacun va augmenter, contre 16% qu’il va diminuer.
L’opposition au recul de l’âge légal de départ à la retraite peut être par ailleurs considérée de la part de ses défenseurs comme une revendication de l’exception française. L’opinion française est en effet bien consciente de la situation avantageuse de notre pays par rapport à ses voisins : à la question « quel est l’âge de départ moyen à la retraite dans les pays européens », 84% des Français répondent « plus de 60 ans », contre 10% « 60 ans » et 4% « moins de 60 ans ».
Dans cette réforme, l’équité entre le privé et le public semble en tout cas être un pré-requis important aux yeux des Français. En matière de calcul du niveau de pension, 69% des Français pensent qu’il faut aligner le système du public (où la pension est calculée sur la base des 6 derniers mois) sur le privé (calculé sur la base des 25 dernière années). Sympathisants de gauche (62%) et de droite (79%) y sont favorables, tout comme les salariés du privé (82%). Les salariés du public, loin d’être contre, se montrent plutôt partagés (46% favorables et 46% opposés).
Dans ce contexte, une majorité de Français se disent favorables aux manifestations, mais autant par mécontentement vis-à-vis du projet du gouvernement que par inquiétude face à un manque de propositions claires
57% des Français sont favorables aux manifestations contre le projet de réforme du gouvernement :
Les Français jugent le projet de réforme du gouvernement peu satisfaisant (cf. supra), et une majorité d’entre eux (57%) se dit donc favorable aux mouvements de protestation organisés par les syndicats ; 22% y sont indifférents et 21% opposés. Dans le détail, les plus favorables sont les sympathisants de gauche (77%), les actifs (63%), les salariés du public (73%, pour 59% de ceux du privé). A l’inverse, 48% des sympathisants de droite y sont opposés, tout comme 33% des retraités.
Un mouvement qui défend assez équitablement le public et le privé :
Ces mouvements sont considérés par les Français comme défendant aussi bien les intérêts du public que ceux du privé (52%), sentiment partagé par les sympathisants de gauche (61%), les salariés du public (72%) et dans une moindre mesure ceux du privé (47%). Les sympathisants de droite sont plus circonspects, 39% étant de cet avis et 43% estimant que la fonction publique est davantage défendue que le privé.
Des manifestations qui permettent autant d’exprimer un mécontentement à l’égard des propositions du gouvernement (26%) qu’une inquiétude globale (24%) devant le flou de la situation et l’avenir des retraites :
Le soutien partiel des Français aux manifestations n’est cependant pas à considérer comme un mouvement monobloc qui viserait uniquement à faire recaler le projet du gouvernement. Il exprime certes pour partie une critique des pistes du gouvernement (pour 26% des Français), mais également dans une proportion équivalente une inquiétude globale sur l’avenir des retraites (24%). Cette inquiétude est nourrie à la fois par le manque de propositions alternatives satisfaisantes et claires (seuls 7% des Français sont favorables à ces manifestations parce qu’ils soutiennent les propositions des syndicats) et aussi par le fait qu’aucun projet de réforme n’ait été encore clairement formulé.
Un mouvement de protestation qui ne propose pas d’alternative
Une majorité de Français (49%) estiment que le mouvement de protestation exprime une insatisfaction compréhensible mais ne propose pas grand-chose ; 29% vont jusqu’à dire que le mouvement ne fait que s’opposer aux réformes en général, et seuls 19% qu’il propose d’autres pistes de réforme. Même les individus favorables aux manifestations pensent en majorité (52%) qu’elles ne proposent pas de pistes de réforme, tout comme les sympathisants de gauche (52%), les actifs (51%) ou même les salariés du public (54%). Les sympathisants de droite estiment eux qu’elles ne font que s’opposer (48%) ou ne proposent pas grand-chose (44%), seuls 8% y trouvant des pistes de réforme alternatives pour les retraites.