Première mesure de l'opinion depuis les élections législatives, le baromètre mensuel réalisé pour Le Figaro Magazine met à l'épreuve la nouvelle majorité politique et le couple exécutif. Loin de bénéficier du traditionnel "état de grâce", la popularité du président de la République, Jacques Chirac, est en baisse. Deux mois après sa réélection, son indice de confiance affiche même un solde négatif. La cote de Jean-Pierre Raffarin se maintient, elle, à un niveau élevé quoique sensiblement inférieur à la moyenne des opinions positives recueillies par un Premier ministre lors de ses premiers mois à Matignon. Conséquence directe de la nouvelle donne politique : notre baromètre teste pour la première fois à droite, les nouveaux ministres Luc Ferry, François Fillon et Dominique Perben, et à gauche, Bernard Kouchner, Bertrand Delanoë et Marie-George Buffet. Enfin, la perception du climat général reste globalement négative tandis que, dans cette période post-électorale, la lutte contre le chômage redevient progressivement l'une des préoccupations majeures de l'opinion au côté de la lutte contre l'insécurité.
Un couple exécutif à la popularité dissociée
Le score de Jacques Chirac au deuxième tour de l'élection présidentielle et la victoire de sa formation, l'UMP, aux élections législatives ne semblent pas avoir eu de prise sur le cours de sa popularité personnelle. Non seulement sa cote chute de 3 points mais encore les Français sont, pour la première fois depuis le mois d'avril, une majorité à lui manifester leur défiance avec 51% d'opinions négatives contre 47%.
La popularité du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, n'atteint pas non plus les sommets qu'ont pu connaître celles d'anciens chefs de gouvernements lors de leurs prises de fonctions (voir note du baromètre précédent). Avec 58% de bonnes opinions contre 31%, il perd même deux points et voit sa cote de défiance augmenter de 7 points. On ne peut, pourtant, imputer cette baisse à l'expression d'un mécontentement aussi soudain qu'inattendu. L'explication réside plus simplement dans l'exposition médiatique accrue de Jean-Pierre Raffarin. Alors qu'il vient d'effectuer sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale, les Français sont plus nombreux que lors de la vague précédente à donner leur avis sur le Premier ministre. Le taux de "sans opinion" le concernant est, ainsi, passé de 16 à 11%. La popularité de Jean-Pierre Raffarin s'appuie avant tout sur les clientèles traditionnelles de la droite : les plus de 50 ans (61% chez les 50-64 ans et 66% chez les plus de 65 ans), les commerçants, artisans et chefs d'entreprise (69%) ainsi que les cadres et professions intellectuelles (63%). Malgré tout, il est toujours la personnalité politique la plus appréciée de l'opinion toutes tendances confondues.
De nouveaux leaders politiques
A droite, les ministres nouvellement testés - Luc Ferry (29%), François Fillon (23%) et Dominique Perben (12%) - font, à l'image de leur notoriété personnelle, une entrée discrète dans le palmarès. La cote d'avenir en plus forte progression ce mois-ci est à mettre à l'actif de Jean-Louis Debré qui, avec 29% d'opinions positives (+14), engrange les bénéfices de son élection à la présidence de l'Assemblée nationale face à Edouard Balladur (21%, +4). Réélu député mais marginalisé au sein de son camp politique après son échec à la présidentielle, Alain Madelin perd 6 points à 26% de bonnes opinions.
Pour sa première apparition dans notre baromètre, Bernard Kouchner prend la tête des personnalités politiques de gauche avec 51%. Parmi les autres entrées remarquées figurent celle du maire de Paris, Bertrand Delanoë, avec 38%, et de la secrétaire générale du PCF, Marie-George Buffet qui, avec 31%, devance nettement son président Robert Hue (18%, stable). Soit autant de prétendants au leadership dans leurs partis respectifs. La sanction n'a pas tardé pour les deux grands perdants des élections législatives qui occupaient encore à la veille de l'élection présidentielle les premières places du classement : les cotes d'avenir de Jean-Pierre Chevènement et de Martine Aubry s'effondrent respectivement de 11 et 9 points, à 21 et 29%.
Du côté des partis politiques, les écarts de popularité observés jadis se resserrent. L'UDF connaît un niveau d'appréciation inédit depuis août 1995 (45%, +3), et supplante le RPR (42%, -2). Mais le PS reste le parti le plus apprécié des Français avec les Verts (46% et -1 tous les deux) bien qu'il enregistre son score le plus bas depuis mars 1997. Enfin, le PCF gagne deux points (26%) malgré sa crise interne.
Une opinion dans l'expectative
Passées les deux importantes échéances électorales, le pronostic de l'opinion sur le climat général, loin de céder à l'euphorie, reste réservé. Et si le taux d'opinions pessimistes tend à baisser (59%, -2), il en va de même du taux d'opinions optimistes (18%, -1). Une appréciation que corrobore l'augmentation des pronostics sur la multiplication des conflits sociaux (66%, +1) et du recours à la violence (47%, +5). Parmi les priorités assignées au gouvernement par les Français, la lutte contre l'insécurité (41%, -5) n'éclipse plus la lutte contre le chômage (34%, +2). Dans un contexte économique de nouveau délicat, cette préoccupation est, en effet, de plus en plus vive notamment chez les jeunes (39% chez les 18-24 ans et 45% chez les 25-34 ans), les cadres (40%) et les sympathisants de gauche (45%).