Les 3 France du 22 avril
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02.05.2012 Point de vue
par Guénaëlle Gault, Directrice du Département Stratégies d’Opinion
Le vote du 1er tour a confirmé la force politique de deux axes apparus en 2007: l'un socioéconomique, l'autre culturel*. Et si l'on observe la distribution des électorats selon ces deux axes, trois France se dessinent...
3 Frances qui, de surcroît, présentent des caractéristiques sociologiques distinctes.
De fait, les électorats de gauche et de droite qui ont voté François Hollande et Nicolas Sarkozy au premier tour s'opposent diamétralement, à la fois sur les valeurs socioéconomiques mais également sur les questions culturelles, les premiers s'ancrant sur le social et le progressisme culturel quand les autres s'appuient sur le libéralisme économique et le conservatisme culturel (cf. tableau ci-dessous).
Pour autant, aux côtés de ces deux France qui s'opposent termes à termes, il en existe une troisième qui, en 2012, s'est prononcée en faveur de Marine Le Pen. Cette France est à droite en cela qu'elle est (sur le plan collectif) culturellement très conservatrice. Cependant elle s'avère souvent plus proche de la gauche que de la droite sur les questions (individuelles) de morale et de sexualité et, surtout, sur les enjeux socioéconomiques. Cela vaut pour toutes les questions portant sur l'Etat et son rôle ainsi que sur la redistribution des richesses.
Ces trois France politiques se superposent à trois France sociologiques voire géographiques. Ainsi le vote Hollande est-il un vote urbain, surreprésenté chez les cadres et salariés moyens, diplômés du supérieur. La France de Nicolas Sarkozy est quant à elle la France la plus âgée, la plus aisée, celle des entrepreneurs. La troisième France est indéniablement la France populaire, celle de la périphérie. Il est notable de constater que la carte de France de l'électorat Le Pen recoupe celle du chômage. Que parmi tous les électorats, celui-ci est – et de loin - celui qui a le plus de mal à boucler ses fins de mois.
En 2012, le vote Marine Le Pen a d'ailleurs trois pôles de soutien privilégiés : les ouvriers (43% des ouvriers, 22% des ouvrières), les petits patrons (22%) ainsi que – et c'est là est un phénomène nouveau - les femmes employées (30%). Caissières ou vendeuses, ces dernières incarnent un nouveau prolétariat des services et effacent ce qui caractérisait jusqu'ici le vote FN : le fait qu'il soit essentiellement masculin. Cette France s'installe durablement dans le paysage politique d'autant qu'elle s'est trouvée, avec Marine Le Pen, un nouveau leader : une femme précisément, jeune de surcroît, avec un nouveau style et des ambitions très claires quant au pouvoir qu'elle prétend un jour exercer, au-delà d'une simple incarnation tribunicienne.
La description de cette politique des deux axes et de ces trois Frances donne aussi un embryon d'explication à la cuisante déroute de François Bayrou. A bien observer les positions de l'électorat qui se rallie à lui au premier tour, on le voit tiraillé entre gauche et droite sur les deux axes à la fois, sans que sur l'un et l'autre axe, ces positions ne dégagent jamais de franches majorités.
Deux axes, 3 France : le paysage politique français post-premier tour est assez clair. Il explique aussi la difficulté arithmétique très immédiate de Nicolas Sarkozy, qui doit additionner deux France pour espérer l'emporter. Alors même que celle qui lui est la moins acquise est celle qui lui en veut le plus et rejette le plus fortement son bilan. Une opération plus facile à opérer pour François Hollande. Partant de moins loin avec les réserves de voix d'une gauche radicale (qui ne l'est pas tant que cela dans sa distribution sur les 2 axes socioéconomique et culturel), bénéficie surtout de l'énorme avantage du plus petit dénominateur commun : pouvoir fédérer « contre ». Sachant cependant que s'il était élu, il devra, lui aussi, composer avec ce paysage hétérogène.
Valeurs socioéconomiques et culturelles par électorat
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Électeurs de
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J.-L.
Mélenchon
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F.
Hollande
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F.
Bayrou
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N.
Sarkozy
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M.
Le Pen
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Fins de mois très difficiles
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46%
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37%
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29%
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31%
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73%
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Conséquences extrêmement négatives de la mondialisation
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80%
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67%
|
54%
|
55%
|
81%
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Prendre aux riches pour donner aux pauvres
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86%
|
79%
|
57%
|
37%
|
55%
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Plus de contrôle et réglementation des entreprises par l’Etat
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72%
|
70%
|
41%
|
32%
|
57%
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Réduire le nombre des fonctionnaires
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20%
|
19%
|
46%
|
61%
|
29%
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Adoption par les couples homosexuels
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64%
|
66%
|
47%
|
36%
|
53%
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Suppression allocations familiales / mineurs délinquants
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18%
|
26%
|
43%
|
58%
|
77%
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Trop d’immigrés en France
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26%
|
28%
|
35%
|
61%
|
89%
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Droit de vote des étrangers aux élections municipales
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79%
|
84%
|
64%
|
40%
|
33%
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Rétablir la peine de mort
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20%
|
16%
|
16%
|
32%
|
70%
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Enquête Jour du vote TNS Sofres / TriÉlec / TF1 / RTL, 22 avril 2012
* Vincent Tiberj, « la politique des deux axes : variables sociologiques, valeurs et votes en France (1988-2007), Revue Française de Sciences Politique, vol 62 n°1, 2012, p. 71-108