05.02.2016
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Aux élections régionales de décembre dernier, le Front national a obtenu le meilleur score en voix de son histoire mais a cependant échoué à conquérir une seule région. Alors que, dans ce contexte, la stratégie électorale du FN est au coeur des interrogations de ses dirigeants, notre baromètre d'image du Front national confirme la force d'attraction du parti. Après les actes terroristes de janvier et novembre 2015, les Français apparaissent, de nouveau cette année, porteurs de fortes attentes en matière d'ordre et de sécurité. Néanmoins, notre enquête montre également que le phénomène de « dédiabolisation » connaît un coup d’arrêt et que l’idée d’un « cordon sanitaire » entre le FN et Les Républicains est à nouveau d’actualité suite à la séquence électorale des régionales.

Après une année 2015 marquée par le terrorisme, la demande d’ordre et de sécurité se renforce au sein de la population. 73% des Français estiment désormais qu’il faut rétablir le service militaire (+8 points par rapport à 2015) et 70% que « la justice n’est pas assez sévère avec les petits délinquants » (+4 pts). Alimentant le débat depuis plusieurs semaines, la déchéance de nationalité pour les binationaux est toujours très majoritairement approuvée, même si ces débats, y compris à droite, ont laissé des traces : 72% des Français estiment que « les djihadistes français binationaux devraient être déchus de leur nationalité française », soit une diminution de 6 points en un an. Quant à l’idée selon laquelle « il faut donner davantage de pouvoir à la police », elle reste approuvée par deux tiers des Français (65%, stable) mais divise toujours autant les sympathisants de gauche (seuls 52% approuvent cette opinion).

Alors qu’une légère détente avait été enregistrée l’année dernière, les opinions à l’égard de l’Islam et de l’immigration redeviennent un peu plus négatives : 54% des Français estiment qu’« il y a trop d’immigrés en France » (+2 pts), 52% qu’« on accorde trop de droits à l’Islam et aux musulmans » (+4 pts) et 45% qu’« on ne se sent plus vraiment chez soi en France » (+3 pts). Les évolutions restent néanmoins mesurées, l’afflux exceptionnel de migrants en Europe ne faisant pas fondamentalement bouger les lignes.

Dans un contexte qui semble a priori favorable au FN, le niveau d’adhésion à ses idées recule très légèrement (31%, -2 pts). Deux des idées phares de son programme, l’abandon de l’Euro (26% d’approbation) et la préférence nationale en matière d’emploi (24%) ne progressent pas, le retour au Franc continuant même à diviser jusqu’au sein des sympathisants FN (53% seulement l’approuvent). Après une progression dans les urnes, la progression dans les esprits semble donc à l’arrêt. La part de personnes déclarant ne jamais avoir voté pour le FN et ne pas envisager de le faire demeure d’ailleurs intangible (62%, inchangé).

Pour autant, des marges de progression électorale subsistent pour le parti, puisque 9% des répondants déclarent ainsi envisager de voter pour le FN bien que ne l’ayant jamais fait auparavant. Cependant, ce « réservoir » diminue par rapport à l’année dernière (-2 points), avec la progression de la part d’électeurs déclarant avoir déjà choisi un bulletin du Front national (25%, +3 pts), résultat direct du record en voix obtenu en décembre dernier. En outre, la proportion d’électeurs ayant déjà choisi le FN mais n’envisageant pas de réitérer augmente (6%, +2 pts).

Par ailleurs, notre enquête révèle une autre difficulté politique pour le FN après ses succès électoraux, le renforcement souhaité de la barrière établie entre Les Républicains et le FN. Désormais, une majorité des sympathisants LR refuse tout accord politique avec le FN, le souhait d’alliances au cas par cas diminuant nettement (37%, -8 pts), tout comme le souhait d’une alliance globale (3%, -5 pts). La part des sympathisants des Républicains souhaitant que le parti de Nicolas Sarkozy « combatte » le FN triple par rapport à 2015 (24%, +16 pts).

Un coup d’arrêt semble porté au phénomène de « dédiabolisation » du FN. Aujourd’hui, 56% des Français considèrent que le FN représente un danger pour la démocratie en France (+2 pts), un niveau inédit depuis l’accession de Marine Le Pen à la présidence du parti. L’image de celle-ci est d’ailleurs en détérioration par rapport à 2015, plus particulièrement concernant sa capacité à rassembler au-delà de son camp (49%, -7 pts) et son honnêteté (28%, -6 pts). La part de Français souhaitant qu’elle joue un rôle important à l’avenir est également en baisse (-6 pts) mais reste importante (23%). Enfin, 22% des Français estiment qu’elle ferait une bonne présidente de la République contre 66% qui estiment le contraire .

Étude réalisée en face à face, du 28 janvier au 1er février 2016, pour Le MondeFrance Info et Canal+, auprès d'un échantillon de 1003 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) et startification par région et catégorie d'agglomération.