21.06.2013
 

L’étude réalisée pour le Syndication des Internes des Hôpitaux de Paris (SIHP) révèle l’émergence d’une nouvelle génération de médecins, dont les aspirations devraient profondément changer  la profession et les conditions de  prise en charge médicales dans les prochaines années.

Les conditions d’exercice : à l’image de la nouvelle génération de médecins

L’étude menée auprès des jeunes médecins confirme d’abord la tendance nationale à une très forte féminisation de la profession parmi la nouvelle génération de praticiens : dans l’échantillon final interrogé (représentatif de la population des jeunes médecins d’IDF), 62% des répondants sont des femmes. 

Premier symbole de cette nouvelle génération de médecins, l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale ainsi que la réduction du temps de travail sont considérés par les jeunes médecins, hommes et femmes confondus, comme des éléments désormais déterminants de leur choix professionnel et de carrière.  86% d’entre eux se déclarent ainsi attachés à l’équilibre de leur vie familiale et 76% à l’intérêt médical de leurs fonctions.

Ce résultat témoigne ainsi du choix sans équivoque d’une nouvelle génération de médecins qui entend désormais ne pas sacrifier sa vie personnelle et familiale à une carrière ou aux conditions d’exercice de la profession, comme en atteste la volonté d’un certain nombre d’entre eux de consacrer en moyenne un jour par semaine à leur vie privée et de globalement réduire le nombre d’heures hebdomadaires de travail par rapport à leurs aînés. 

Dans la continuité de ces choix, les conditions d’installation en médecine ambulatoire semblent marquer une évolution, puisque désormais plus de la moitié des jeunes médecins concernés souhaitent exercer en cabinet de groupe ou en maison de santé pluridisciplinaire. Les jeunes médecins s’installant en ville ne veulent plus être seuls ou ne pas pouvoir s’appuyer sur la mutualisation des responsabilités avec d’autres confrères. La conformation des cabinets médicaux telle que nous la connaissons actuellement parait donc vouée à changer.

La délégation de tâches médicales à d’autres professionnels de santé (renouvellement d’ordonnances pour des pathologies chroniques, certains gestes techniques…) est d’ores et déjà plébiscitée par 74% des jeunes médecins. Ainsi, une nouvelle façon de concevoir l’exercice médical, pluri professionnelle et concertée, est en train de voir le jour, pour le plus grand bénéfice des patients et pour une meilleure organisation du temps d’exercice des médecins. 

Le métier de médecin : plus vraiment un sacerdoce, mais pas non plus « comme un autre »

La vocation des jeunes médecins n’est pas, à leurs yeux, suffisante pour déterminer leur carrière professionnelle et « tout justifier » concernant les conditions d’exercice. 

Ils sont ainsi près de 66% des jeunes médecins à se dire désormais prêts à renoncer à la profession de médecin d’ici les prochaines années pour différentes raisons majoritairement liées à l’évolution des conditions d’exercice

Ainsi, seuls 28% des jeunes médecins affirment être sûrs de ne jamais renoncer à la profession de médecin. Si le temps de travail hebdomadaire escompté reste élevé (45% d’entre  eux affirment vouloir travailler entre 50 et 80 heures par semaine), le syndrome d’épuisement professionnel est la première raison évoquée par ceux qui envisageraient un changement de métier.

Par ailleurs, la remise en cause éventuelle de la liberté d’installation pourrait les conduire à renoncer à la profession médicale. Au regard de leur engagement et des années d’études, ce résultat démontre que la liberté d’installation demeure un principe fondamental de l’exercice médical, « non négociable » et qui, à lui seul, pourrait les conduire tout simplement à arrêter la médecine.

Les jeunes médecins ne sont cependant pas opposés à une installation en zone sous dotée en médecins, mais pas à n’importe quel prix. Ils sont très peu nombreux (7%) à rejeter toutes les mesures incitatives à l'installation dans les zones déficitaires, privilégiant l'exercice groupé et la mise à disposition de locaux.

Enfin, 16% des jeunes praticiens envisagent de quitter la France pour se rendre prioritairement au Canada et dans les pays de l’UE.

La distinction public/privé : le choix d’un exercice désormais « mixte »

Si le secteur public et les CHU demeurent très attractifs et des valeurs « refuge » pour la profession à un moment où elle est confrontée à un grand changement (53% souhaitent exercer majoritairement dans le public dont 77% en CHU), le secteur privé et l’exercice libéral tendent aussi à susciter l’intérêt des jeunes médecins (près d’un interne sur deux exprime son attachement au secteur libéral et un sur trois choisit d’exercer en libéral).

Conséquence d’une tendance de fond à refuser un choix d’exercice unique, les futurs praticiens se montrent désormais très majoritairement favorables à un exercice « mixte », c’est-à-dire qui mêle public et privé. Ce sont ainsi près de 2/3 des jeunes médecins qui souhaiteraient pouvoir exercer en même temps dans le public et dans le privé.

A l’image de ces attentes en faveur d’un exercice médical mixte public/ privé, près d’un interne sur deux voulant exercer la médecine de ville (45%) se montre favorable à une rémunération mixte, avec une part fixe et une part variable en fonction de son activité. Il s’agit d’une véritable révolution concernant la rémunération des praticiens, qui met fin à la distinction historique entre exercice salarié et exercice libéral et ouvre une brèche dans le mode de rémunération à l’acte des médecins libéraux.

Dans le même temps, le secteur privé demeure perçu comme plus attractif en termes de rémunération, de conditions de travail et d’organisation, alors que le secteur public demeure toujours de façon quasi unanime plus attractif en termes d’intérêt médical.

Malgré une vision de l’exercice médical centrée sur l’hôpital dans lequel ils ont été exclusivement formés (90% des jeunes médecins n’ont jamais fait de stage en médecine de ville), il existe une réelle volonté de découvrir la médecine des cabinets de ville et les établissements privés de santé. Près de 70% des jeunes médecins souhaitent ainsi avoir l’opportunité d’un stage chez un praticien de ville ou dans l’hospitalisation privée, préalable indispensable à l’accessibilité à la médecine de ville des françaises et des français. 

Étude réalisée online pour le Syndicat des Internes des Hôpitaux de Paris du 10 avril au 5 mai 2013 auprès d'un échantillon de 1599 jeunes médecins d'Ile de France, représentatif de la population des jeunes médecins IDF.