21.06.2007
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Notre étude réalisée pour Keolis auprès des utilisateurs réguliers de transports en commun vient quelque peu bousculer les idées reçues et les stéréotypes. Non, l’utilisateur de transports en commun n’est pas forcément un citadin stressé pressé d’en finir avec son trajet. Non, les usagers des transports en commun n’ont pas l’impression d’y perdre leur temps. Non, les transports en commun ne sont pas vécus comme une contrainte : tout au plus, ils sont une nécessité, et de manière surprenante, un vrai choix pour de nombreux voyageurs. Pourquoi ? Précisément parce que les transports en commun sont de véritables lieux de vie dans lesquels les individus vivent des moments d’une grande richesse. Derrière la routine engendrée par l’utilisation régulière des transports en commun et les automatismes qu’elle suppose, un vrai temps de vie émerge, qui représente un temps pour soi, un temps « rentabilisé » par des tâches qu’il aurait de toutes façons fallu faire ou un temps tourné vers ses contemporains, pour les aider, les observer ou s’en agacer.

 

Portrait des utilisateurs réguliers de transports en commun

1) L’organisation des trajets en transports en commun

- Le bus, transport en commun le plus utilisé par les voyageurs :

69% des utilisateurs réguliers de transports en commun prennent le bus au moins une fois par semaine. Viennent ensuite le métro (45%), le RER (28%), et dans une moindre mesure le tramway (18%), le car (16%) et les transports ferroviaires (TER 13%, train Corail 5% et TGV 3%). Si l’on s’intéresse plus particulièrement aux transports en commun pris par les actifs, la hiérarchie des transports les plus utilisés ne change que très peu. Bus, métro, RER et tramway restent les favoris. Seul le TER passe devant le car.

- Usager de transports en commun : une pratique qui se décline au pluriel et qui n’exclut pas les modes de transport individuels

Les voyageurs qui prennent au moins une fois par semaine le métro prennent aussi régulièrement le RER et inversement, tandis que ceux qui prennent le TER prennent plus souvent que les autres les autres transports ferroviaires (TGV et train Corail). Le car et le bus semblent également se compléter : 95% des utilisateurs réguliers du bus prennent aussi régulièrement le car. Le tramway quant à lui semble peu se combiner à d’autres modes de transport.

Par ailleurs, prendre régulièrement les transports en commun ne signifie pas abandonner les autres modes de transports. Transports en commun et marche font ainsi très bon ménage (92% des utilisateurs réguliers de transports en commun pratiquent la marche au moins une fois par semaine), de même que transports en commun et voiture (62%). A l’inverse, il semble que les utilisateurs réguliers transports en commun n’utilisent que très peu les deux-roues motorisés (7%) et la trottinette, les rollers ou le skateboard (3%).

- Une durée moyenne de trajet de 43 minutes, soit près d’une heure et demie par jour

Chez les actifs, la durée moyenne du trajet domicile-travail en transports en commun est de 43 minutes : pour 8% le trajet dure moins de 15 minutes, pour 41% entre 15 et 30 minutes, pour 25% entre 31 et 45 minutes et pour 25% plus de 45 minutes. Ce sont les personnes qui habitent dans des communes plutôt petites qui ont les durées de trajets les plus longues : 63 minutes en moyenne pour les habitants d’agglomération de 2 000 à 20 000 habitants. A Paris, la moyenne reste légèrement supérieure à l’ensemble (45 minutes).

 

2) Un voyageur plutôt jeune et habitant la région parisienne

Les utilisateurs réguliers de transports en commun représentent 17% de la population française, dont 10% prennent les transports en commun quotidiennement, 4% 2 à 3 fois par semaine et 3% une fois par semaine. Mais ces voyageurs représentent une catégorie bien différente du reste de la population. En quoi l’utilisateur régulier de transports en commun est-il différent du reste de la population ?
- Habitant plutôt la région parisienne
- Plutôt jeune, il appartient plutôt à une catégorie socioprofessionnelle supérieure (cadre, profession libérale) ou inactive.
- Enfin, l’utilisateur régulier de transports en commun est plutôt une utilisatrice régulière.

…. Ainsi, les habitants de la région parisienne représentent près de 18% de la population française, mais 46% des utilisateurs réguliers, les 18-24 ans représentent 11% de la population mais 32% des utilisateurs réguliers
tandis que les retraités et autres inactifs représentent 44% de la population mais 51% des utilisateurs réguliers de transport en commun,
et les femmes 52% de la population mais 55% des utilisateurs réguliers.

 

Les transports en commun : un univers propice aux petites habitudes

1) Le temps passé dans les transports en commun : une nécessité certes, mais pas un temps perdu

La place occupée par les transports en commun dans la vie de ceux qui les utilisent est importante, à tel point que les voyageurs organisent leurs trajets et développent de véritables automatismes. Ainsi, derrière le temps passé dans les transports en commun, se trouve un univers codifié, presque routinier dans l’acception positive du terme. Si les habitudes ont leur place dans les transports en commun c’est parce que les voyageurs se sont faits à l’idée qu’ils devaient y passer du temps. Pour eux, prendre les transports en commun est une nécessité pratique, mais qui leur permet de dégager des instants à eux, pour leurs propres activités. Plutôt que de se complaire dans une fatalité subie, les voyageurs en transports en commun ont pris acte une fois pour toutes du temps qu’ils avaient à consacrer à leurs trajets et ils s’organisent en conséquence.

- Une nécessité pratique pour plus d’un voyageur sur deux, un choix pour un voyageur sur trois

Ainsi, les mots qui sont le plus associés au fait de prendre les transports en commun sont « nécessité » (57%) et « choix » (32%) devant « routine » (18%), « contrainte » (14%) et « plaisir » (11%), dessinant une hiérarchie très nette dans laquelle les éléments neutres (une nécessité) et positifs (un choix) supplantent les citations négatives.

La contrainte et la routine sont davantage ressenties par les jeunes de 18 à 34 ans alors que le plaisir l’est davantage par les plus de 65 ans. Les transports en commun sont davantage associés à la contrainte par les cadres et professions intellectuelles supérieures (22%) et par les employés (18%).

On le voit bien, prendre les transports en commun est davantage vécu comme un choix que comme une contrainte ; le corollaire en est que les voyageurs n’ont pas l’impression de perdre leur temps dans les transports en commun (67% n’ont pas cette impression, dont 46% pas du tout).

D’ailleurs, l’impression de perdre son temps va diminuant avec l’âge : 40% des 18-24 ans, pour seulement 18% des 50-64 ans et 9% des 65 ans et plus, et ceci ne semble pas lié seulement à l’activité : certes, seulement 12% des retraités ont l’impression de perdre leur temps mais c’est le cas de 31% des autres inactifs quand 22% des ouvriers partagent cette opinion. Il existe également des disparités régionales, les habitants de l’agglomération parisienne pensant davantage perdre leur temps lorsqu’ils se trouvent dans les transports en commun (37%).

De fait, seuls 14% des usagers vivent leurs trajets comme une contrainte, ce qui est cohérent avec la décontraction et la bonne humeur qui semblent régner dans les rames, les cars et les bus : 47% des voyageurs se disent en effet détendus (61% des habitants du Sud-Est), 38% de bonne humeur (51% des plus de 65 ans). Toutefois, 23% se disent fatigués (37% des 18-24 ans), 10% stressés (17% des employés) et 6% irritables (10% des catégories socioprofessionnelles supérieures). Enfin, certains se disent curieux (19%) ou à l’inverse, absents (17%).

Contrairement aux images stéréotypiques martelées par les média sur cet univers qui se révèle méconnu, ce sont donc plutôt la détente et la bonne humeur qui caractérisent l’état d’esprit des voyageurs.

C’est précisément parce que les transports en commun ne sont pas subis mais investis par leurs occupants qui savent se les approprier et s’organiser que leur usage devient intégré, machinal, et laisse la place au développement de petites habitudes, qu’elles soient liées aux objets que l’on emporte avec soi ou aux stratégies que l’on déploie. Autant de petites habitudes qui contribuent à faire de ces espaces publics et partagés des univers finalement familiers.

 

2) Les automatismes dans les transports en commun : préparation en amont, développement de stratégies pendant, le voyageur heureux est un voyageur organisé

En effet, ces habitudes générées par les voyageurs sont autant de moyens de s’approprier personnellement un univers public et, en quelque sorte, de « reprendre la main » sur un univers régulé par des professionnels. Le voyageur devient ainsi le « co-producteur » de son trajet.

- Des objets de la vie quotidienne que l’on « importe » en quelque sorte dans les transports
Ainsi, 74% prennent toujours avec eux leur sac à main ou cartable, 70% leur téléphone portable. Le livre et le journal sont également souvent emportés dans les transports en commun : 37% des utilisateurs réguliers disent les prendre systématiquement avec eux. 28% ne se déplacent jamais sans document sur le réseau de transport, 22% sans une bouteille d’eau et 3% sans une bombe lacrymogène.

- Des habitudes développées spécifiquement dans des stratégies d’adaptation aux transports en commun

Parce que prendre les transports en commun est un acte régulier, voire quotidien pour certains, cela nécessite de développer des stratégies pour optimiser son temps de trajet ou rendre son voyage le plus agréable possible.
Il s’agit principalement de choisir l’endroit où l’on attend sur le quai en fonction de l’endroit où l’on va sortir (66% des utilisateurs réguliers de transports en commun où l’on peut choisir sa place : métro, RER, TER, train Corail ou tramway).
Mais il s’agit aussi d’une question de place, chacun ayant des petites préférences ou habitudes : 46% disent s’asseoir toujours côté fenêtre, 36% toujours dans le même sens, que ce soit le sens de la marche ou non, 25% dans le même wagon (pour les utilisateurs réguliers de métro, RER, ou train) et 18% vont jusqu’à s’asseoir toujours à la même place lorsque cela est possible. D’autres privilégient les places à l’avant (18%), les places à l’arrière (16%) ou les places côté couloir (12%). Enfin, 15% des voyageurs ne s’assoient volontairement jamais dans les transports en commun, c'est-à-dire un voyageur sur six.

Au-delà de la proactivité et des stratégies développées, les voyageurs font également de ces moments de déplacements des moments de vie d’une grande richesse, et ce par la conjonction de deux phénomènes :

1) La continuité de sa vie personnelle dans les transports en commun, qui fait des lieux de transports un prolongement de son domicile ou de son bureau ;

2) l’interaction entre des individus, rassemblés dans un même but mais pourtant si différents, qui crée de facto un brassage propice aux relations, aux opportunités de rencontre, voire aux imprévus.

 

Des moments de vie d’une grande richesse : le temps du trajet comme un temps pour soi

La place que prennent les transports en commun dans leur vie, combinée au fait que 80% des utilisateurs réguliers de transports en commun voyagent seuls, en font un espace propice au « temps pour soi ».

La richesse des moments passés dans les transports en commun est tout d’abord liée au fait que le temps du trajet est un temps libéré, pendant lequel les voyageurs peuvent vaquer à leurs occupations. Se croisent donc dans les transports en commun des individus qui amènent avec eux leur propre façon de vivre, leurs propres activités, desquelles chacun peut être le témoin, voire le complice ou le co-acteur. Le bus, le métro, le car, le train ou le RER deviennent ainsi une superposition de domiciles ou de bureaux itinérants.

Ces activités pratiquées dans les transports en commun sont multiples et diverses, celles qui ont le plus de succès étant la lecture (69%) et le bavardage (65%).

L’enquête le démontre en de nombreux points et sans ambiguïté : le temps passé dans les transports en commun est tout sauf un temps neutre ou vide. Au contraire, les voyageurs l’investissent de nombreuses tâches, qu’il s’agisse de prolonger sa sphère privée, de rester en contact avec les siens, de s’offrir un moment de détente ou d’observer.

- Un moment « rentabilisé », au cours duquel les voyageurs prolongent leur sphère privée ou professionnelle. Ainsi, le trajet s’inscrit pour ces voyageurs dans la continuité de leur journée : 26% y mangent ou boivent, 25% y travaillent. Plus marginalement, certains utilisateurs réguliers de transports en commun effectuent des tâches administratives (16%), jouent avec leur téléphone ou une console de jeux portable (15%). Enfin, et de manière anecdotique, 5% se coiffent ou se maquillent quand 2% pratiquent une activité manuelle comme le tricot ou la broderie.

- Un moment privilégié pour rester en contact avec les siens. La communication tient également une place importante pendant les trajets qui ne signifient pas, loin s’en faut, la coupure avec les siens : 49% téléphonent ou envoient des SMS dans les transports en commun.

- Un moment de détente au cours duquel les voyageurs se réfugient dans leur bulle. 69% des utilisateurs réguliers de transports en commun lisent un journal ou un magazine pendant leur trajet (9% systématiquement, 32% souvent et 28% de temps en temps), 55% un livre. La lecture arrive donc très largement en tête du palmarès des activités pratiquées, devant l’écoute de musique (41%).

Mais de nombreux usagers laissent de côté tous les supports de l’imaginaire pour laisser toute la place à leur vie intérieure et à leur désir de rêverie (54%).

Il leur arrive également de s’ennuyer pour 38% et de dormir pour 27%. Le temps passé dans les transports en commun peut être perçu comme un moment privilégié pour se reposer et se laisser aller à des activités qui pourraient paraître moins légitimes en d’autres lieux. D’ailleurs, 14% des utilisateurs réguliers de transports en commun considèrent que le temps passé dans les transports en commun représente une coupure dans leurs journées, une pause entre différentes activités. La passivité peut être douce et bénéfique pour peu que le voyageur s’y autorise.

- Une place privilégiée pour observer le monde contemporain et ses acteurs. Chacun dans sa bulle ? Manifestement pas ou en tout cas, pas tout le monde ni tout le temps. Les multiples activités réalisées par les voyageurs pendant leur trajet, de même que la place qu’ils accordent au rêve et à la passivité, n’empêchent pas une certaine attention vis-à-vis du monde extérieur, même si celle-ci se manifeste bien sûr à différents degrés. Ainsi, 65% voyageurs disent être attentifs à ce qui se passe autour d’eux pendant leur trajet en transport en commun (dont 16% très attentifs et 49% assez attentifs) et 33% pas attentifs (dont 29% peu et 4% pas du tout).

Ceci se traduit par divers comportements : 80% des utilisateurs réguliers de transports extérieurs disent regarder ce qui se passe dehors, 70% de l’ensemble regardent souvent où ils en sont pour évaluer combien de temps il leur reste de trajet, 58% regardent les publicités et 43% observent les gens qui les entourent et imaginent qui ils sont.
Enfin, seuls 40% se déconnectent du quotidien. Par ailleurs, 66% ont déjà manqué leur station ou leur arrêt, preuve que l’attention n’est pas toujours à son maximum.

- Des moments également investis sur le plan émotionnel : pour les trois-quarts des voyageurs interrogés, les transports en commun sont un lieu dans lequel ils ont déjà ri, voire eu un fou rire

Le trajet en transports en commun peut également être riche en émotions, plus souvent positives que négatives : 72% des utilisateurs réguliers de transports en commun ont déjà ri ou eu un fou rire dans les transports en commun (en particulier les 18-24 ans, 83%), tandis que 21% se sont déjà disputés avec quelqu’un et 11% ont pleuré.

 

Des moments de vie d’une grande richesse : les transports en commun, lieux d’interactions entre les voyageurs

La richesse des moments passés dans les transports en commun tient également au fait que les voyageurs se croisent les uns et les autres, et que leur comportement a des influences sur ceux qui les entourent. Le mélange, de même que la proximité entre les usagers a alors des avantages, en ce sens qu’elle crée des liens entre les individus, mais elle peut également être source de frictions. Parce qu’ils partagent un même lieu, les utilisateurs réguliers de transports en commun doivent alors composer avec autrui.

L’enfer, serait-ce alors les autres ? Les résultats de l’étude montrent une situation contrastée et qui n’est pas spécifique aux transports en commun : haut-lieu de rencontre, les voyageurs se montrent parfois agacés par les comportements de leurs compagnons de voyage. Mais le tableau ne se réduit pas, loin s’en faut, à ces petits énervements : les transports en commun sont aussi un lieu d’entraide, voire de rencontre amicale ou amoureuse.

 

Des lieux de solidarité et de rencontres

Loin des stéréotypes du chacun pour soi, 90% des utilisateurs réguliers des transports en commun ont déjà rendu service à quelqu’un en difficulté et 62% donné de l’argent à un mendiant, preuve que la solidarité a toute sa place dans les transports en commun et que les voyageurs sont loin d’être conformes à l’image individualiste qui en est dressée par les lieux communs.

Cette image est renforcée par le fait que les transports en commun se présentent également comme un lieu de rencontre et de discussions, que ce soit avec des personnes de son entourage ou avec d’autres voyageurs : 84% des utilisateurs réguliers de transports en commun ont déjà demandé un renseignement à quelqu’un, 75% se sont déjà donnés rendez-vous dans les transports en commun, 62% ont déjà engagé la conversation avec un(e) inconnu(e), 46% se sont déjà fait draguer quand seulement 16% ont déjà essayé de séduire un ou un(e) inconnu(e).

Les rencontres fortuites ont également leur place dans les transports en commun. Ainsi, 78% ont déjà rencontré par hasard quelqu’un de leur entourage et 58% quelqu’un qu’ils avaient perdu de vue. Ces rencontres ne sont d’ailleurs pas toujours désirées, 50% ayant déjà fait semblant de ne pas voir quelqu’un. A l’inverse, parmi les 58% de voyageurs ayant déjà rencontré plusieurs fois de suite la même personne par hasard dans les transports en commun, une large majorité (75%) a réagi soit en lui souriant (86% de ceux qui réagissent) soit en lui parlant (80%). Ces relations peuvent même parfois aller plus loin, 25% des utilisateurs réguliers de transports en commun ayant déjà poursuivi une relation entamée dans les transports en commun. Pour 89% d’entre eux, il s’agissait d’une relation amicale, pour 9%, d’une relation amoureuse. Le mode de transport qui semble le plus se prêter au développement des relations amoureuses est le train.
On le voit bien, les transports en commun sont, par le brassage de population qu’ils impliquent, un lieu riches en rencontres et échanges divers.

 

Des rencontres diversement appréciées

Certaines rencontres semblent toutefois plus agréables que d’autres aux yeux des utilisateurs réguliers de transports en commun. Si le fait de parler avec d’autres voyageurs est ressenti comme un élément rendant leur voyage plus agréable, il n’en va pas autant du va-et-vient de voyageurs ni de la présence du personnel de la société de transport : celles-ci laissent les utilisateurs réguliers plutôt indifférents (respectivement 58% et 51%). La présence de musiciens ou d’artistes ambulants suscite des jugements partagés, 38% estimant que cela rend leur voyage plus agréable, 24% moins agréable et 32% y étant indifférent. Enfin, plus anecdotique et manifestement amusant, 23% ont déjà croisé une personne célèbre lors de leurs trajets (surtout parmi les utilisateurs réguliers du TGV, 56%).

 

Un lieu d’échanges… involontaires

Enfin, les interactions entre individus peuvent prendre la forme de traces laissées, d’objets perdus par des inconnus et retrouvés par d’autres. 36% des utilisateurs réguliers ont déjà perdu quelque chose dans les transports en commun quand 28% y ont déjà trouvé quelque chose. Dans les transports en commun aussi, « rien ne se perd, rien ne se crée mais tout s’échange ». La liste d’objets est toutefois assez attendue : sacs (22%), accessoires (19%), porte-monnaie (18%), argent (14%).

 

Une promiscuité également source d’agacements multiples et de niveaux variables

Tout ne se passe pas toujours comme sur des roulettes dans les transports en commun car la densité qu’ils imposent peut être source d’agacements.

Près de 7 voyageurs sur 10 ont déjà été agacés par un voyageur qui jetait quelque chose par terre, qui mettait les pieds sur le siège ou qui adoptait un comportement agressif.

Les frictions peuvent également être dues, non pas à des incivilités mais au manque d’adaptation de certains individus, qui se comportent dans les transports en commun comme si le monde qui les entoure n’existait pas. Ainsi, 77% des utilisateurs réguliers de transports en commun ont déjà été agacé par un voyageur qui parlait fort, 68% par un qui écoutait de la musique fort et 59% par un voyageur qui téléphonait.

De manière plus minoritaire, 30% ont déjà été agacés par un voyageur qui voyageait avec son animal domestique, 28% par un voyageur qui mangeait ou buvait, 27% par un qui mâchait son chewing-gum, 26% par un voyageur qui dormait ou ronflait, 25% par un couple qui s’embrassait, 20% par un voyageur qui riait et 12% par un voyageur qui se coiffait ou se maquillait.

Enfin, les utilisateurs de transports en commun peuvent se montrer agacés lorsque certains voyageurs entrent en contact avec eux : que ce soit un mendiant (62%), une personne qui les écrase (59%), quelqu’un qui tienne absolument à parler avec eux (50%) ou plus minoritairement quelqu’un qui lise par-dessus leur épaule (33%).

Face à ces petits agacements engendrés par le contact avec autrui, trois types d’attitudes sont observés dans la population des voyageurs :
- la plupart choisissent de prendre sur eux et de ne rien dire (46%),
- 21% ne disent rien non plus mais changent de place ou de wagon pour s’en éloigner et ne plus avoir à supporter ce qui les dérange,
- enfin, 32% réagissent en manifestement clairement leur mécontentement (23% demandent à la personne en question d’arrêter de se comporter comme tel, 5% montrent leur agacement et 4% lui demandent d’arrêter de façon sèche).


Le niveau d’agacement des voyageurs varie manifestement d’une situation à l’autre mais aussi, selon toutes vraisemblance, d’un moment à l’autre en fonction de leur état d’esprit, de leur conception du vivre ensemble et de leur vision du civisme.

 

Un lieu d’incivilités mais également de délits

Les interactions négatives avec autrui peuvent parfois être plus graves : 31% des utilisateurs réguliers de transports en commun ont déjà été témoins d’un délit et 19% se sont eux-mêmes fait agresser dans les transports en commun. Dans les mêmes proportions, 19% se sont déjà fait voler quelque chose et 19% ont déjà subi des attouchements, des gestes déplacés. 58% ont déjà vu une bagarre (68% des utilisateurs réguliers du métro) et corrélativement, 50% ont déjà assisté à une arrestation par la police (65% des utilisateurs réguliers de RER).


- Au total, les transports en commun sont loin d’être ce lieu contraint et anxiogène présenté, voire caricaturé dans les media et la cinématographie. Les transports en commun sont à l’image de la vie. Les expériences peuvent y être reproduites comme dans le monde extérieur, à cette différence près que les voyageurs sont réunis par le fruit du hasard, la force de l’instant. Enfin, les transports en commun n’existent pas en eux-mêmes, les voyages étant co-construits par l’ensemble des voyageurs et des interactions entre les uns et les autres, chacun y apportant son état d’esprit, ses activités et son mode de rapport aux autres.

 

Typologie des voyageurs réguliers dans les transports en commun

Sur la base des résultats de cette enquête, nous avons réalisé une typologie. Cette analyse statistique permet de construire des groupes d’individus à partir d’un certain nombre de critères choisis a priori (les variables actives), de telle sorte que :

- les individus appartenant à un même groupe se ressemblent le plus possible du point de vue de ces critères d’intérêt ;

- les groupes soient le plus différents possibles les uns des autres selon ces critères.


Cette analyse a permis d’obtenir six groupes différents, définis en fonction de deux axes synthétisant les variables les plus pertinentes pour classer les Français en fonction de leurs attitudes et de leurs comportements dans les transports en commun.

Les six groupes obtenus, dans lesquels sont répartis les utilisateurs réguliers de transports en commun interrogés, sont de taille diverse. L’analyse de la typologie se fait par l’analyse des différences entre les groupes. Tous les constats faits ci-après sur chacun des groupes doivent donc être compris comme une variation, une différence ou une spécificité statistiquement significative par rapport à la moyenne. Par exemple, un groupe « parisien » ne comprend pas que des habitants de la région parisienne, mais les Parisiens y sont surreprésentés par rapport à leur poids dans la population globale.


- Les « valises » : les transports en commun comme un temps neutre (22%)

Ces voyageurs ne semblent pas « vivre » les transports en commun. S’ils représentent le plus gros groupe, ils n’en demeurent pas moins différents de la moyenne des voyageurs par leur passivité d’une part et leur neutralité d’autre part.
Le temps passé dans les transports en commun semble pour eux être un temps mort, un temps vide, ce qui ne les empêche pas pour autant de le prendre avec philosophie : ils ne semblent ni s’ennuyer ni vivre ce temps de trajet comme une contrainte. Ils se montrent d’une humeur égale : ni irritables ni fatigués et ne semblent profiter de leur oisiveté ni pour rêver ni même pour dormir ou s’ennuyer. Cette passivité peut peut-être s’expliquer par des temps de trajet court.

Les catégories surreprésentées dans ce groupe sont les voyageurs :
- Agés de plus de 65 ans et par conséquent, retraités
- Non diplômés
- Résidant dans une agglomération de plus de 100 000 habitants (hors agglomération parisienne)
- Habitants du Nord, du bassin parisien Est et du Centre
- Utilisateurs de tramway et de car


- Les « lecteurs passe-temps » : les transports en commun comme un lieu privilégié pour la lecture (17%)

Plus petit, ce groupe est essentiellement défini par son rapport à la lecture : il comprend les voyageurs qui occupent le temps passé dans les transports en commun à lire des livres mais surtout des journaux. Cette façon d’occuper le temps semble se faire au détriment de toutes les autres activités. Elle a d’ailleurs un effet bénéfique sur l’état d’esprit des voyageurs, qui se disent plus détendus que la moyenne.
Par ailleurs, ces voyageurs ont intégré le fait de prendre les transports en commun, ils le vivent bien. Pour eux plus que pour les autres, prendre les transports en commun est associé à une nécessité mais pas à la contrainte. Peut-être est-ce parce qu’ils profitent de ce temps libéré pour s’évader grâce à la lecture.

Les catégories surreprésentées dans ce groupe sont les voyageurs :
- Agés de 35 à 64 ans
- Diplômés du baccalauréat

- Les « curieux rêveurs » : les transports en commun comme un temps pour souffler (13%)

Ce groupe est le plus paradoxal, en ce sens qu’il regroupe des voyageurs à la fois curieux, attentifs au monde qui les entoure, et en même temps, rêveurs, qui tentent de se déconnecter du quotidien. Ces voyageurs mettent à profit le temps passé dans les transports en commun pour observer leur entourage - qu’il s’agisse des autres voyageurs ou de l’environnement dans lequel ils se trouvent - mais également pour s’évader à travers la lecture ou le rêve.
Plus que les autres, ils disent penser à ce qu’il y a au-dessus de leur tête quand ils sont dans un transport souterrain, regarder les publicités ou observer les gens qui les entourent en essayant d’imaginer qui ils sont. Par conséquent, ils se disent également curieux.
Cette importante attention au monde qui les entoure n’empêche pas les voyageurs du groupe de rêver et de se plonger dans un livre ou un journal.
Si prendre les transports en commun n’est pas considéré comme une contrainte, cela n’en reste pas moins une nécessité.

Les catégories surreprésentées dans ce groupe sont les voyageurs :
- Agés de 50 à 64 ans
- Résidant à Paris
- Utilisateurs réguliers du métro.

- Les « fans » : les transports en commun comme un temps de transition bienvenu (11%)

S’ils forment le plus petit des groupes, les « fans » sont ceux qui apprécient le plus d’être dans les transports en commun. Pour eux, bien plus que pour les autres, le temps passé dans les transports est vrai moment de vie pendant lequel il se passe des choses. Ils associent, sans commune mesure avec les autres groupes, les transports en commun au plaisir et se disent curieux et de bonne humeur.
Pour autant, ils ne se montrent pas spécialement actifs, leurs activités privilégiées étant le tricot ou la broderie, la lecture ainsi que le bavardage.

Les catégories surreprésentées dans ce groupe sont les voyageurs :
- Agés de plus de 65 ans
- Personnes seules
- Utilisateurs réguliers du tramway


- Les « citadins stressés » : les transports en commun comme un mal nécessaire (20%)

De taille à peu près équivalente au groupe des « valises », les citadins stressés s’en distinguent par le manque de sérénité avec lequel ils abordent les transports en commun. Pour eux, prendre les transports en commun est beaucoup plus que pour les autres une contrainte, une perte de temps, ce n’est ni un choix ni un plaisir et ceci s’en ressent sur leur humeur : ils se disent plus volontiers que les autres fatigués et irritables. L’activité qu’ils pratiquent pendant leur trajet et qui les caractérise est l’écoute de musique.

Les catégories surreprésentées dans ce groupe sont les voyageurs :
- Masculins
- Agés de 18 à 24 ans
- Diplômés de l’enseignement supérieur
- Habitant l’agglomération parisienne
- Utilisateurs du métro et du RER quotidiennement

- Les « habitués actifs » : les transports en commun comme un temps à rentabiliser au maximum (16%)

Contrairement au groupe précédent, les habitués actifs sont multi-tâches. Ils se caractérisent par la multitude et la diversité d’activités qu’ils réalisent pendant leur trajet, qu’elles soient actives ou passives, pragmatiques ou plus spirituelles. Pour ces voyageurs, prendre les transports en commun n’est pas une contrainte mais bel et bien une routine, sans que cette considération soit perçue négativement. Une routine certes, mais que l’on s’approprie et que l’on occupe activement.

Ce groupe, tout comme le groupe des « lecteurs résignés », montre que plus l’on co-produit son trajet, mieux on le vit. Rentabiliser le temps passé dans les transports en commun est la garantie d’un temps de trajet vécu comme quelque chose de positif, de constructif.

Les catégories surreprésentées dans ce groupe sont les voyageurs :
- Agés de 18 à 24 ans
- Résidant dans une agglomération de 20 000 à 100 000 habitants
- Bac + 2
- Utilisateurs du train Corail, du TGV et du TER une fois par semaine en moyenne voire tous les jours en ce qui concerne le TER.

 

Portrait des voyageurs réguliers dans les transports en commun en 25 points

1. 78% des voyageurs ont déjà rencontré quelqu’un de leur entourage ou de leur famille dans les transports en commun
2. 74% des utilisateurs réguliers du métro choisissent l’endroit où ils attendent sur le quai en fonction de l’endroit où ils vont sortir
3. 72% des voyageurs dans les transports en commun y ont déjà eu un fou rire
4. 66% des voyageurs ont déjà manqué leur arrêt ou leur station
5. 54% des voyageurs rêvent pendant leurs trajets
6. 50% des voyageurs ont déjà fait semblant de ne pas voir quelqu’un
7. 47% des voyageurs se disent détendus dans les transports en commun
8. 46% des voyageurs dans les transports en commun s’y sont déjà faits draguer
9. 43% des voyageurs observent les gens qui les entourent et imaginent qui ils sont, ce qu’ils font dans la vie
10. 43% des voyageurs ont déjà eu le sentiment d’étouffer
11. 40% des voyageurs ont été bloqués dans le noir
12. 33% des voyageurs ont déjà été agacés par quelqu’un qui lisait par-dessus leur épaule
13. 32% des hommes ont déjà dormi dans les transports en commun
14. 29% des voyageurs ont déjà vu dans les transports en commun un rat ou une souris
15. 25% ont déjà été agacés par quelqu’un qui embrassait son partenaire
16. 24% des voyageurs ont déjà vu un accident grave
17. 23% des voyageurs ont croisé une personne célèbre dans les transports en commun
18. 21% des voyageurs ont déjà eu une dispute avec quelqu’un dans les transports en commun
19. 19% des voyageurs font des Sudoku
20. 18% des utilisateurs réguliers de transports en commun s’assoient toujours à la même place s’ils le peuvent
21. 17% des voyageurs y ont déjà eu un malaise
22. 11% des voyageurs ont déjà pleuré dans les transports en commun
23. 11% des voyageurs ont déjà été piqués par un insecte
24. 7% des voyageurs ont déjà fait semblant d’avoir ou de poursuivre une conversation téléphonique dans les transports en commun
25. 5% des femmes ne prennent jamais les transports en commun sans une bombe lacrymogène

Étude réalisée du 19 mars au 2 avril 2007 par téléphone auprès de 800 utilisateurs réguliers de transports en commun (définis comme utilisant ces transports au moins une fois par semaine), extraits d'un échantillon de 4700 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas : âge, sexe, PCS du chef de ménage et stratification par région et catégorie d’agglomération.