12.02.2014
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Le travail stratégique de Marine le Pen pour imposer son parti comme une alternative crédible à un système partisan qu'elle dénonce et rejette donne au FN une dynamique certaine, qui s'arrime sur un fonds idéologique dont les déclinaisons progressent petit à petit dans l'opinion depuis 2010.

Cette dynamique a un certain effet d'entraînement sur les sympathisants UMP, même si la crédibilité des solutions proposées par Marine le Pen soulève des questions.

Les éléments qui constituent classiquement le substrat idéologique du parti (défense des valeurs traditionnelles, sécurité, immigration) restent très structurants pour les sympathisants du FN, et recueillent également des niveaux d'adhésion élevés chez les Français. Seuls 29% des Français, en revanche, se disent d'accord avec la suppression de l'Euro et le retour au Franc (contre 34% en 2010).

34% des Français se disent d'ailleurs d'accord avec les idées du Front National, ce qui est le plus haut niveau atteint depuis 1984, quand 59% ne sont pas d'accord. Le FN est perçu comme un danger pour la démocratie en France pour 50%, 43% ne le voient pas comme tel, en recul de 4 points par rapport au maximum historique atteint en 2013 (47%).

Depuis 2011, notre baromètre constate une progression constante de la perception de la capacité du FN à participer à un gouvernement : 35% des Français vont aujourd'hui dans ce sens, quand une majorité (54%) estiment au contraire qu'il n'a vocation qu'à rassembler des votes d'opposition. 31% affirment envisager voter pour lui à l'avenir, dont 15% qui ont déjà donné un bulletin au parti à la flamme tricolore.

Marine le Pen bénéficie d'une image personnelle assez bonne, mais pour autant contrastée. Elle apparaît volontaire pour 81% des répondants, capable de prendre des décisions (68%), capable de rassembler au-delà de son camp (58%) et comprend bien les problèmes des Français pour 56% d'entre-eux. En revanche, 49% ne pensent pas qu'elle ait de nouvelles idées pour résoudre les problèmes de la France, 51% qu'elle soit chaleureuse et sympathique et elle n'inspire ni confiance ni honnêteté pour 52% des Français. Sa stratégie de dédiabolisation porte ses fruits, dans la mesure où 46% la voient aujourd'hui comme la représentante d'une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles (+10 depuis 2010), 43% comme la représentante d'une extrême droite nationaliste et xénophobe.

Un hiatus dans la perception des diagnostics et des remèdes de Marine le Pen se fait jour de manière assez nette : 35% des Français disent adhérer aux constats qu'elle exprime, mais pas aux solutions qu'elle propose (48% des sympathisants UMP). 14% adhèrent aux constats et aux solutions. 43% n'adhèrent ni aux constats ni aux solutions, mais cette posture est en baisse tendancielle depuis 2011 (-12 points).

Les sympathisants UMP semblent être déboussolés entre des constats partagés et des doutes sur la crédibilité des solutions proposées par Marine le Pen. Si 41% pensent que l'UMP doit combattre le FN ou refuser tout accord politique avec ce parti, 41% (+3) jugent qu'il faudrait faire des alliances circonstancielles et 9% (-4) passer un accord global.

Plus précisément, dans la perspective des prochaines élections municipales, 30% des Français (et 40% des sympathisants UMP) souhaiteraient que des alliances soient passées au cas par cas au niveau local entre l'UMP et le Front national.

Etude réalisée en face à face pour Le Monde, France Info et Canal + du 30 janvier au 3 février 2014 auprès d'un échantillon de 1021 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, PCS) et startification par région et catégorie d'agglomération.