16.02.2015
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Les résultats de la dernière vague de notre baromètre dessinent un Front National qui maintient un niveau d'adhésion et de crédibilité élevés, renforçant même son attrait auprès des sympathisants de droite. Si sa dynamique d'expansion apparaît moins forte que les années précédentes, il capte et convainc efficacement son électorat acquis.

Quelques semaines après les attentats de Paris, on observe chez les Français une progression des attentes d'ordre, de sécurité et de (ré-)affirmation des valeurs : 65% des Français pensent qu'il faut donner beaucoup plus de pouvoir à la police (+7 points par rapport à l'an dernier), 73% qu'on ne défend pas assez les valeurs traditionnelles (+2 pts, et +8 pts chez les sympathisants de gauche). Deux-tiers des Français souhaitent par ailleurs le rétablissement du service militaire. Mais on constate parallèlement une relative décrispation à l'égard de l'immigration et de l'Islam (plus nette chez les sympathisants UMP). 52% des Français pensent qu'il y a trop d'immigrés en France (-3 pts) et 48% que l'on accorde trop de droits à l'Islam et aux musulmans (-5 pts), signes du souci d'éviter les amalgames exprimé au moment de la mobilisation du 11 janvier.

Dans ce contexte, le niveau d'adhésion aux idées du Front National demeure élevé. Avec 33%, il est juste en dessous de son niveau le plus haut depuis 1984 (34% en 2014). Par ailleurs, son potentiel électoral témoigne d'une fidélisation efficace des électeurs conquis : 29% des Français envisagent de voter pour le FN à l'avenir.

La crédibilité du Front National comme parti ayant la capacité de participer à un gouvernement plafonne auprès de l'ensemble des Français, mais progresse auprès de ses sympathisants (92%, +7 pts) et de ceux de l'UMP (43%, +6 pts). Ces derniers sont d'ailleurs plus nombreux que les années précédentes à vouloir des alliances entre l'UMP et le FN : ils sont 50% à le souhaiter au plan local lors des élections départementales et régionales de 2015 (soit +10 points par rapport à 2014 s'agissant des municipales).

Le hiatus entre l'adhésion aux diagnostics formulés et l'adhésion aux remèdes proposés par Marine Le Pen est toujours aussi important. 35% des Français adhérent aux constats exprimés, mais n'adhérent pas aux solutions proposées. Une position complexe où se situent de plus en plus de sympathisants UMP (58%, +10 pts). Seuls 13% des Français disent adhérer aux constats et aux solutions proposées par Marine Le Pen. Enfin, la part de ceux qui n'adhèrent ni aux uns ni aux autres (45%), en baisse tendancielle depuis 2011, regagne actuellement deux points.

L'image de Marine Le Pen, toujours contrastée, connaît actuellement un léger recul. Si la volonté et la capacité à prendre des décisions sont largement reconnues à la présidente du parti frontiste (83% et 69% respectivement), on constate un durcissement de son image : les Français la trouvent moins sympathique et chaleureuse (33%, -4 pts). Parallèlement, certaines affaires récentes semblent avoir eu un effet sur l'honnêteté perçue de Marine Le Pen (34%, -6 pts).

La stratégie de dédiabolisation du Front National semble aujourd'hui moins bien fonctionner. La part des Français estimant que Marine Le Pen représente une extrême-droite nationaliste et xénophobe a augmenté de 4 points, atteignant 47%. La croissance continue depuis 2010 de la proportion de Français qui y voient plutôt la représentante d'une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles est ainsi interrompue (41%, -5 pts). Parallèlement – et conséquence de ses succès électoraux –, le FN apparaît davantage aux Français comme un parti représentant un danger pour la démocratie (54%, +4 pts).

Au-delà de la place importante que les Français accordent à Marine Le Pen dans les années à venir, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen peut se prévaloir d'une cote d'avenir importante (19% des Français souhaitent lui voir jouer un rôle à l'avenir), qui la situe presqu'au même niveau que des personnalités comme Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle devance par ailleurs nettement Florian Philippot (7%).

Étude réalisée en face à face, du 29 janvier au 2 février 2015, pour Le Monde, France Info et Canal+, auprès d'un échantillon de 1031 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) et startification par région et catégorie d'agglomération.