17.11.2014
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Appréhender la question de la société inclusive nécessite de dresser un état des lieux des inégalités – perçues ou vécues – mais aussi des acteurs et des moyens permettant de s'en approcher. Ce sont autant d'éléments clés dans les programmes de réflexion des PEP mais aussi dans leur volonté de s'adresser au plus grand nombre.

Le constat d'une société française inégalitaire

Alors que l'égalité fait partie de la devise républicaine, plus de trois quarts des Français (78%) considèrent que la société française est inégalitaire et près d'un tiers vont même jusqu'à la trouver très inégalitaire (30%). Ce constat est particulièrement partagé par les Français possédant un diplôme inférieur au baccalauréat (82%, +4 points).

Conséquence d'une société jugée inégalitaire les aspirations individuelles semblent ne pas pouvoir être satisfaites. Ainsi près de 8 Français sur 10 (79%) jugent qu'il est difficile pour chaque individu de trouver la place qu'il mérite et de réaliser ce qu'il souhaite dans la vie.

Les inégalités jugées les plus graves concernent avant tout l'accès à l'emploi, aux soins et au logement puisque respectivement 65%, 58% et 56% des personnes interrogées les considèrent comme graves. Si celles-ci préoccupent les Français c'est aussi parce qu'elles sont vécues au quotidien. Ainsi les inégalités d'accès à l'emploi et au logement dans un premier temps puis aux soins s'imposent comme les inégalités les plus répandues pour respectivement 67%, 60% et 49% des Français.

Massivement confrontés au chômage et à la crise du logement, les 18-24 ans jugent encore plus durement les inégalités d'accès à l'emploi et au logement puisqu'ils sont respectivement 73% et 59% à les considérer comme graves.

Dans ce contexte, une large majorité de Français (60%) considère qu'il faut lutter au maximum contre les inégalités entre tous les individus. C'est particulièrement le cas des personnes possédant un diplôme inférieur au baccalauréat (68%). A cet égard, plus de 6 Français sur 10 (65%) considèrent qu'aujourd'hui il est important de prendre en compte les spécificités de chaque individu pour l'aider en fonction de ces spécificités.

Un rapport à l'égalité singulier chez les 18-24 ans

Face aux inégalités et aux moyens d'y remédier, la position des jeunes est singulière mais aussi paradoxale. Parce que cela correspond à leur quotidien, ils sont en effet plus nombreux à considérer que la société française est inégalitaire (82%, soit 4 points de plus que la moyenne) et à considérer que l'emploi est une inégalité grave (73%, 8 points de plus que la moyenne).

Moins fatalistes et plus individualistes, ils sont toutefois plus nombreux que la moyenne à considérer que chacun a la possibilité de trouver la place qu'il mérite et de réaliser ce qu'il souhaite dans la vie (31%, contre 19% en moyenne). Cette importance accordée au mérite individuel se lit également à travers l'acceptation plus importante à l'égard des inégalités entre les individus si celles-ci sont fondées sur le mérite (38%, pour 32% en moyenne). Nonobstant, si à leurs yeux la société est inégalitaire, s'ils sont plus confiants que leurs ainés sur la possibilité de chacun à y prendre part en adoptant une posture plus individualiste, les 18-24 ans acceptent davantage les inégalités fondées sur le mérite à condition que l'égalité des droits soit assurée par tous et sans prendre en compte les spécificités de chacun (40%).

Afin d'assurer l'égalité des chances les Français considèrent que des efforts particuliers doivent être faits avant tout en direction des personnes ayant très peu d'argent (45%) puis des personnes souffrant d'un handicap moteur (34%) ou habitant dans un quartier où l'insécurité est forte (32%). Si les situations nécessitant des efforts en matière d'égalité des chances font l'objet d'un relatif consensus, les sympathisants de droite se révèlent plus favorables que la moyenne à des actions en faveur des situations de handicaps qu'ils soient moteurs (37%), ou sensoriels (35%) mais aussi d'isolement géographique en zones rurales (30%). Les sympathisants de gauche pour leur part, se déclarent particulièrement demandeurs pour que des efforts soient faits à l'égard des situations de pauvreté (55%), de résidence dans des zones où l'insécurité est forte (35%), ou bien en direction des étrangers en situation régulière sur le territoire (14%) ou envers des personnes issues de l'immigration (16%).

La société inclusive encore loin de la réalité française

Dans ce contexte, la « société inclusive » reste un terme peu connu des Français qui sont un peu plus d'un tiers à en avoir déjà entendu parler (38%) dont 1 sur 10 (10%) voit de quoi il s'agit.

La société inclusive définie comme une « société sans privilèges qui a le souci d'intégrer tous ses membres, qui garantit à chacun d'eux la possibilité de se réaliser en veillant à ce que la solidarité et le respect des autres soient garantis » ne semble pas correspondre à la réalité de la société française pour plus de 8 Français sur 10 (81%).

Les valeurs qui la caractérisent sont, pour une majorité de Français, d'abord l'égalité (56%) et la solidarité (50%) puis le respect (47%), la justice (38%), l'équité (37%), la liberté (23%) et enfin la laïcité (21%), la fraternité (20%) et l'émancipation (5%). Même si la laïcité est peu identifiée aux valeurs de la « société inclusive », elle n'en demeure pas moins un élément important de l'identité en France pour plus de 8 Français sur 10 (88%) voir essentiel pour plus d'un tiers (37%). C'est notamment le cas auprès des sympathisants de gauche (43%), des 65 ans et plus (43%) mais aussi des diplômés de l'enseignement supérieur (42%).

Pour que la société française corresponde davantage à l'idéal de la « société inclusive » des attentes sont exprimées. Les acteurs identifiés comme les plus à même de la réaliser sont d'abord l'école (44%) notamment pour les personnes diplômées de l'enseignement supérieur (50%) et l'Etat (42%). Viennent ensuite les associations pour un peu moins d'un tiers d'entre eux (29%) puis l'Entreprise (16%), les partis politiques (11%), les media (8%) et enfin les syndicats (7%). Dans le détail, la perception des acteurs d'une « société inclusive » se lit à travers une lecture générationnelle. Ainsi les 65 ans et plus citent davantage acteurs traditionnels que sont l'Ecole (51%) et les associations (37%) sont davantage cités par les tandis que les 18-24 ans leur préfèrent des acteurs moins institutionnels tels que les media (24%) ou l'Entreprise (18%) au détriment des associations (18%) et des partis politiques (8%). Si l'Ecole est perçue comme l'acteur le plus capable de participer à la construction d'une « société inclusive », ce sont les recruteurs dans les entreprises qui doivent être particulièrement vigilants en matières de discriminations pour une majorité de Français (63%) et plus encore auprès des 25-34 ans (66%) qui sont sans doute les premiers concernés lors de leur entrée sur le marché du travail. Viennent ensuite les enseignants (51%), les hommes politiques (49%), les forces de l'ordre (48%) et enfin les bailleurs et les acteurs du logement (44%).

La « société inclusive » à l'école

Entre 2012-2013, 225 563 enfants en situation de handicap ont été scolarisés dans les écoles et établissements relevant du ministère de l'éducation nationale, soit une augmentation de 91,4% par rapport à 2006-2007 et à une progression annuelle moyenne de plus de 15%. De plus, la loi pour la refondation de l'École de la République a reconnu pour la première fois en France le principe d'une École inclusive sur le modèle d'une « société inclusive ». A ce sujet près de la moitié des Français (48%) privilégie une scolarisation partagée entre un milieu scolaire ordinaire et une éducation spécialisée pour des enfants souffrant de troubles physiques, psychiques ou mentaux tandis qu'ils sont près d'un quart (24%) à préférer une prise en charge spécialisée dans une école ordinaire. C'est notamment le cas des parents ayant au moins un enfant scolarisé (31%, soit 7 points de plus que la moyenne). Enfin, 22% des personnes interrogées préféreraient une scolarisation dans une structure d'éducation spécialisée.

Pour une majorité de Français, la scolarisation d'élèves en situation de handicap psychique (56%) ou moteur (60%) constitue pour le reste de classe une ouverture d'esprit alors qu'à l'inverse, la scolarisation d'élèves ne maîtrisant pas le Français constitue pour 41% d'entre eux une difficulté d'apprentissage versus 27% qui considèrent qu'il s'agit d'une ouverture d'esprit. Dans le détail, les sympathisants de droite (57%) ainsi que les 65 ans et plus (54%) sont plus nombreux à considérer qu'il s'agît d'une difficulté d'apprentissage tandis que les sympathisants de gauche (41%), les 18-24 ans (35%) et les CSP + (32) sont plus nombreux à considérer qu'il s'agit d'une ouverture d'esprit.

Des mesures, pour la plupart, consensuelles en faveur d'une « société inclusive »

La majorité des mesures pouvant permettre d'aller vers une « société inclusive » suscite l'approbation d'une majorité de Français. Près de trois quarts d'entre eux se disent ainsi favorables à la généralisation des formations à distance pour les enfants ne pouvant pas se déplacer pour des raisons de santé (90%), à un accompagnement médico-social au sein des classes ordinaires pour les enfants en ayant besoin (87%), à l'adaptation des temps de scolarisation en fonction de l'état psychologique de l'enfant (83%) ou bien à l'accueil et l'accompagnement d'enfants dont les parents ne disposent pas de logement fixe (72%) ou le fait de s'assurer avant leur adoption que tous les projets de loi prennent en compte l'intégration des minorités (68%). Cependant une mesure semble cliver les Français : la mise à disposition de formulaires administratifs en langue étrangère pour les personnes ne maîtrisant pas correctement le Français. Plus d'un quart (26%) des personnes interrogées se disent tout à fait défavorables à cette mesure. C'est notamment le cas auprès des sympathisants de droite (42%), des habitants de zones rurales (31%) ou des ouvriers (30%). 

Étude réalisée online du 1er au 7 octobre 2014, pour la Fédération des PEP, auprès d'un échantillon de 1002 personnes issues d'un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Représentativité assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) après stratification par région et catégorie d'agglomération.