05.12.2014
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A la différence des autres grandes démocraties occidentales, en France, au-delà de l'approbation ou de la satisfaction vis-à-vis de l'exécutif, aucun dispositif ne permet de suivre l'évolution des préférences des citoyens sur l'action publique et aucun indicateur longitudinal ne saisit l'importance des différents domaines d'action publique. De même, ni les probabilités de vote ni les intentions de vote ne font l'objet d'enquêtes régulières et les images des leaders ne sont pas étudiées sur le long terme. Pour remédier à ces lacunes, le projet « Dynamiques politiques 2014-2017 » dirigé par Sylvain Brouard au CEVIPOF, a mis en place avec TNS Sofres deux baromètres :

  • Le baromètre des dynamiques électorales qui étudie spécifiquement 10 traits associés aux principaux leaders des partis politiques et également les probabilités de vote pour les 10 principaux partis politiques.
  • Le baromètre des priorités politiques qui scrute les perceptions de l'état de la France et de son évolution ainsi que les priorités politiques sur 60 enjeux d'action publique - orientations politiques, dépenses publiques et recettes publiques - en terme d'évolution souhaitée et d'importance.

Enfin, à la jonction de ces deux baromètres, sont appréhendés les partis perçus comme les plus à même de s'occuper des deux problèmes les plus importants pour la France et des dix enjeux jugés prioritaires.

TNS Sofres et le CEVIPOF publient les premiers résultats de ces baromètres après deux vagues d'enquêtes réalisées en juin et octobre 2014.

Trois faits saillants dans le baromètre des dynamiques électorales

La force du Front National

La proportion de répondants se déclarant proches du FN (16%) est en effet comparable à celle de l'UMP (17%) et supérieure à celle du PS (14%). En outre, un quart de l'électorat déclare une forte probabilité de voter pour le FN. Au-delà, 29% des Français interrogés déclarent également que son leader, Marine Le Pen, a des idées proches des leurs. Enfin, elle inquiète moins qu'en 2012 (54%) et beaucoup moins que le Président de la République (76%). En outre, si elle incarne le plus le changement (57%) tout en continuant à être celle qui comprend le mieux les problèmes des Français (40%), sa crédibilité présidentielle reste comparativement faible (27%).

La dégradation de l'image de François Hollande

En particulier, l'étoffe présidentielle n'est reconnue que par 12% des répondants au Président de la République. En outre, son capital sympathie, qui résistait en juin 2014 (40% des répondants), s'est sérieusement effrité depuis (-9 points en octobre 2014).

Les profils différenciés d'Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy

Le maire de Bordeaux apparaît maintenant comme le leader le moins antipathique et le moins anxiogène alors que Nicolas Sarkozy est crédité le plus largement des qualités d'homme d'Etat. Ce dernier est particulièrement apprécié dans l'électorat de l'UMP mais est supplanté par Alain Juppé au centre-droit et par Marine Le Pen à la droite de la droite et dans l'électorat FN ainsi que fortement concurrencé par ces deux mêmes candidats à droite.

Le chômage demeure en tête des préoccupations, la gouvernance & le système politique rattrape les questions économiques

Dans le baromètre des priorités politiques, le chômage est, sans surprise, le problème le plus souvent cité (62%) parmi les deux enjeux les plus importants pour la France. Néanmoins, l'évolution la plus significative a trait aux gouvernants et au système politique : ceux-ci sont de plus en plus évoqués spontanément au point d'atteindre un niveau similaire à l'économie comme le second problème le plus cité pour près d'un répondant sur 5.

Signe de défiance vis-à-vis des partis, 44% des répondants ne choisissent pas de parti lorsqu'ils sont sollicités sur celui le plus capable de s'occuper des deux problèmes les plus importants. Le FN (18%) est, quant à lui, le parti le plus cité, devant l'UMP, en particulier pour les problèmes d'immigration, de politique sociale mais aussi de pouvoir d'achat.

En octobre 2014, un pessimisme marqué continue de dominer l'opinion quant à l'évolution de l'état de la France : pour une majorité des répondants, la fiscalité, le chômage et les inégalités sociales ont beaucoup augmenté durant les 12 derniers mois.

Le déficit budgétaire de l'Etat fait l'objet d'un souhait de changement de politique prononcé et consensuel. Ainsi, 77% des personnes interrogées sont favorables à un changement du niveau du déficit budgétaire. L'indicateur de direction, qui reflète le rapport entre les souhaits d'augmentation ou de diminution entre -100 (tout le monde veut une diminution) et 100 (tout le monde veut une augmentation), se situe en effet à -88, indiquant la forte prépondérance de la diminution du déficit budgétaire. En outre, l'évolution du déficit budgétaire est l'une des priorités des Français : un tiers des répondants souhaitant un changement du niveau de déficit budgétaire, considèrent cet enjeu comme extrêmement important.

La perception, majoritaire dans l'échantillon, d'un accroissement de l'immigration dans les 12 derniers mois, s'accompagne du souhait prévalent d'une politique migratoire restrictive perçue comme une priorité : près des 70% des répondants en octobre 2014 souhaitent une évolution, considérée comme extrêmement importante pour un tiers d'entre eux, de la politique migratoire, dans une direction plus restrictive (indice de direction de -70 en septembre 2014).

A l'autre extrême, la décentralisation est la seule politique sectorielle pour laquelle les souhaits de changements sont minoritaires. Le désintérêt vis-à-vis de cet enjeu est également apparent dans la faiblesse du niveau de l'indicateur de priorité.

Étude réalisée en ligne, pour le CEVIPOF, auprès d'un échantillon de 1500 personnes, représentatif de la population française, à un rythme au moins semestriel. La première vague d'enquête du projet a eu lieu du 11 au 20 juin 2014, la seconde du 25 septembre au 6 octobre 2014. Les échantillons de 1500 personnes (inscrites sur les listes électorales) sont construits selon la méthode des quotas: âge, genre, PCS du chef de famille, région et catégorie d'agglomération ainsi que quotas croisés pour l'âge et le genre.