05.06.2013
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Similitudes et différences : une exception française ?

Notre enquête révèle que les décideurs français reconnaissent l'utilité du lobbying dans les processus de décisions politiques, mais restent mal à l'aise avec les démarches de certains lobbyistes qu'ils peuvent considérer comme pas assez transparents ou adaptés au processus de décision.

Ils ont de fortes attentes d'amélioration envers le lobbying, pour que celui-ci remplisse pleinement son rôle d'accompagnement dans la prise de décision politique et dans l'intérêt commun : plus de transparence, une plus grande pertinence dans les sujets traités et les arguments apportés

Le lobbying, outil d'aide à la décision publique, mais dont 26% des décideurs français pensent que le défaut de transparence est l'un des principaux inconvénients

Afin de s'assurer que les décisions qu'ils prennent soient considérées par le grand public comme fiables, justes et impartiales, les décideurs publics français soulignent l'importance d'avoir recours à des sources d'information multiples et fiables, en prenant en compte l'ensemble des points de vue, en suscitant le débat, et en gardant toujours comme objectif l'intérêt commun.

En ce sens, tout comme pour leurs homologues européens, ils voient le lobbying comme un moyen d'éclairer la décision et d'y associer la diversité des acteurs : 38% d'entre eux estiment que l'un de ses principaux avantages est d'assurer la participation des acteurs économiques et sociaux et des citoyens au processus politique, 24% de fournir des renseignements utiles et en temps opportun, 21% d'accroître l'importance locale ou nationale d'une question.

S'agissant des inconvénients associés au lobbying : les Français comme les Européens estiment qu'il manquerait trop souvent de transparence et d'objectivité (pour 26%), et il est en France davantage perçu comme une distorsion de la démocratie. Pour 24%, il exerce une influence excessive sur le processus démocratique, un score bien supérieur à la moyenne européenne. Près du tiers (29%) pense même que certains secteurs ne devraient pas avoir le droit de faire du lobbying, comme l'industrie pharmaceutique.

Malgré ces réticences, deux tiers des décideurs français (et neuf européens sur 10) sont d'accord avec l'idée qu'un lobbying éthique et transparent est un outil d'aide à la décision publique.

La transparence ne nuit pas à l'efficacité

Plusieurs types d'organisations sont associées, en France, au mot lobbyiste – principalement les cabinets spécialisés en affaires publiques (93% vs 58% en Europe), les organisations professionnelles (83% vs 57%), les fédérations professionnelles (81% vs 66%), les entreprises (76% vs 47%) et les cabinets d'avocats (69% vs 27%). Parmi elles, ceux qui agissent pour leurs intérêts propres sont aussi considérés comme les plus transparents : les organisations (80% vs 60%) et fédérations professionnelles (73% vs 65%), et les syndicats (73% vs 56%).

Ceux que l'on considère comme transparents sont aussi perçus comme les plus efficaces : 69% pour les organisations professionnelles (vs 62%), 50% pour les organisations professionnelles (vs 51%), 45% pour les syndicats (vs 44%), et 47% pour les ONG (vs 46%).

Les décideurs français moins transparents que leurs homologues européens sur leurs rencontres avec des lobbyistes

D'après les décideurs publics français, des mauvaise pratiques ou erreurs subsistent dans les démarches de lobbying. Ainsi, les principaux reproches qu'ils adressent au secteur privé, beaucoup plus souvent qu'en Europe, ont trait au manque de transparence quant aux intérêts représentés (60% vs 48% en Europe) et aux « pots-de-vin » (45% vs 25%). Les ONG se voient plutôt reprocher une argumentation inadaptée (« argumenter sa position sur des sentiments et non des faits » 57% vs 56%) et une trop grande agressivité (40% vs 28%), ainsi qu'un manque d'adaptation au processus de décision (« ne pas comprendre le processus ou la procédure » 31% vs 39%, « entrer trop tôt ou trop tard dans le processus » 31% vs 37%)

Cela peut en partie expliquer que les relations avec les lobbyistes soient aujourd'hui moins installées en France qu'en Europe : 69% des décideurs français déclarent avoir déjà refusé de rencontrer un lobbyiste (50% en Europe). Ils expliquent leur(s) refus par un sujet ne correspondant pas à leur domaine, un manque de crédibilité de l'interlocuteur ou un manque de professionnalisme.

Ainsi, la décision de rencontrer un lobbyiste serait plus souvent influencée par la pertinence et l'intérêt du sujet que dans le reste de l'Europe, et une démarche transparente : sujet dans leur domaine d'expertise (64% vs 52%), sujet qui les intéresse (55% vs 42%), transparence du lobbyiste sur les intérêts qu'il représente (52% vs 51%), lobbyiste pertinent dans le processus de consultation (52% vs 33%) ou que l'on connaît (40% vs 24%).

Vraisemblablement peu à l'aise avec certaines démarches de lobbying, les décideurs français eux-mêmes ne font pas preuve d'une grande transparence dans leurs relations avec des lobbyistes : 26% (12% en Europe) ont « tendance à ne pas divulguer des informations » sur leurs rencontres et 19% (vs 4%) n'ont « jamais divulgué d'informations » sur leurs rencontres.

Un manque de régulation fortement pointé en France, en partie par manque de connaissance

Deux tiers des décideurs publics français jugent que le lobbying n'est pas suffisamment réglementé en France (vs 56% de leurs homologues européens concernant le lobbying dans leur propre pays), et 50% pensent qu'il ne le sera pas davantage au cours des trois prochaines années (vs 35%).

Parallèlement, 40% croient que le lobbying n'est pas du tout réglementé en France, et 5% seulement qu'il est réglementé par un registre obligatoire, quand 17% ne savent pas se prononcer sur l'existence d'un tel registre. Plus de la moitié des décideurs français pensent pourtant qu'un registre obligatoire serait utile, pour une plus grande transparence.

Pertinence, expertise et transparence seraient les maîtres-mots d'un lobbying réussi

Afin que les lobbyistes les aident davantage dans leur travail de décision politique, les décideurs attendent de leur part davantage d'information (sur qui ils représentent, les intérêts qu'ils défendent) et de transparence, ainsi que des argumentaires de qualité étayés par des documents objectifs. 

Ainsi, les principales caractéristiques d'un lobbying réussi et efficace seraient avant tout : transparence et honnêteté, expertise, qualité de l'information, pertinence de la démarche. A contrario, un lobbying raté serait trop teinté d'argument jouant sur les émotions, subjectifs, serait agressif ou encore mal adapté à la temporalité du  processus de décision.

La partie France a été réalisée pour Burson Marsteller i&e entre le 11 février et le 6 mars 2013 via 42 interviews téléphoniques :

L’échantillon était réparti de la manière suivante :

  • 17% d’élus locaux
  • 19% d’élus régionaux
  • 21% de parlementaires nationaux
  • 5% de députés européens
  • 24% de hauts fonctionnaires et membres de cabinet en ministères
  • 14% de hauts fonctionnaires en autorités administratives

En France, des questions supplémentaires ont été posées par TNS Sofres afin de mieux comprendre la spécificité du lobbying à la française.