06.10.2009
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S’il est souvent commenté compte tenu de son émergence récente, le phénomène mobile chez les adolescents est sommes toutes, peu étudié. C’est pour disposer de données fiables et rigoureuses sur cette réalité qu’Action Innocence et l’UNAF ont demandé à TNS Sofres de donner la parole, à travers un sondage, aux 12-17 ans.

Cette étude a été conduite par le réseau des enquêteurs de TNS Sofres du 17 au 19 septembre, auprès d’un échantillon représentatif de la population des adolescents (quotas de sexe, d’âge et de PCS des parents avec stratification par région et catégorie d’agglomération). L’autorisation de répondre à l’interview a bien entendu été accordée préalablement par l’un des parents pour tous les adolescents âgés de moins de 15 ans.

Concrètement, cette étude visait à apporter des données chiffrées et des éléments de réponse aux principales interrogations suivantes :

  • Quelle est la panoplie multi-média des adolescents en 2009 ?
  • Et le téléphone mobile en particulier, qui est équipé / qui ne l’est pas ?
  • Quel est le visage du mobile adolescent ?
  • Que craignent les adolescents avec leur mobile ?
  • Adolescents et bonnes pratiques autour du mobile : où en est-on ?
  • Que font les adolescents avec leur téléphone mobile ?
  • Qu’arrive-t-il aux adolescents avec leur téléphone mobile ?
  • De quoi parlent les parents et les ados au sujet du mobile ?

 Cette étude permet de dégager les principaux enseignements suivants :

  •  La génération des adolescents est, en 2008, multi-équipée : la norme, c’est désormais d’avoir accès à presque tout
  • Le mobile est, avec le lecteur MP3, le principal outil multi-media dont sont dotés les adolescents
  • Le mobile adolescent : un mobile à forfait bloqué payé par les parents
  • Le mobile, un objet aux usages multiples
  • Des craintes qui renseignent sur la relation au mobile
  • Le point sur les comportements : des blagues « potaches » aux conduites à risque
  • Des parents manifestement très impliqués au moment de l’équipement mais peu présents sur l’accompagnement des usages

La génération des adolescents est, en 2008, multi-équipée :
la norme, c’est désormais d’avoir accès à presque tout !

Que les adolescents possèdent ces objets personnellement ou qu’ils en partagent l’usage au sein de leur foyer, force est de constater que 96% des adolescents disposent d’un ordinateur avec un accès à internet, 85% d’entre eux ont accès à un lecteur MP3 et à un appareil photo numérique, 84% utilisent un mobile et 83% une console de jeu.

En 2009, les adolescents se révèlent par conséquent multi-équipés, disposant pour chacun d’eux d’un accès à toute la panoplie des objets multi-média.

Le mobile est, avec le lecteur MP3, le principal outil multi-media dont sont dotés les adolescents

80% des jeunes de 12 à 17 ans possèdent personnellement un lecteur MP3, 73% d’entre eux ont un mobile personnel. Près des trois-quarts des adolescents disposent en 2009 de cet outil communicant qui s’est largement diffusé dans la société française au cours de la dernière décennie. Bien entendu, la population adolescente n’est pas homogène et les niveaux d’équipement des différents groupes d’adolescents varient en fonction :

  • de l’âge : moins d’un adolescent de 12-13 ans est équipé (49%) d’un téléphone mobile, contre 76% des 14-15 ans et 95% des 16-17 ans ;
  • du sexe : 77% des jeunes filles sont équipées, contre 70% des garçons. Plus équipées que leurs camarades, les filles sont également équipées plus précocement ;
  • de la situation familiale : les adolescents vivant quotidiennement avec un de leurs parents sont plus équipés que ceux qui vivent au sein du même foyer que leur deux parents (respectivement 83% et 72%).

Le mobile adolescent : un mobile à forfait bloqué payé par les parents

  • 79% des adolescents équipés en mobile disposent d’un forfait, 65% ont même un forfait bloqué.
  • Dans 90% des cas, ce sont les parents qui s’acquittent des factures mobile de leurs adolescents.
  • L’option illimitée dont disposent massivement les jeunes concerne les SMS (59% des équipés).

Le mobile, un objet aux usages multiples

Au-delà des usages évidents (téléphoner, 100% mais aussi envoyer des SMS, 98%), le mobile est aussi pour les adolescents le support privilégié de l’image et des loisirs :

  • 88% des adolescents équipés écoutent de la musique sur leur mobile,
  • 86% prennent ou envoient des photos,
  • 74% prennent ou envoient des vidéos,
  • 64%  jouent.

Eminemment multi-fonctions, le mobile est donc investi par les adolescents de toute une palette d’usages et trouve manifestement sa place dans tous les registres de loisirs et ludiques des adolescents.

Fonction plus émergente, l’internet mobile concerne actuellement 1 adolescent sur 5 (19% consultent des sites internet sur leur mobile).

Des craintes qui renseignent sur la relation au mobile

Ce que les adolescents craignent par-dessus tout, c’est de ne plus avoir de mobile pour 54% d’entre eux. En seconde position, viennent les inquiétudes pour la santé, citées par 51% d’entre eux et tout particulièrement par les plus âgés d’entre eux (réponse citée par 60% des 16-17 ans).

Mais les risques d’intrusion dans l’intimité, sur ou par le mobile, sont également prégnants :

  • 43% des adolescents craignent d’être pris en photo ou filmés dans une situation embarrassante et c’est le cas de 51% des filles ;
  • 27% craignent que quelqu’un fouille dans leurs messages et cette inquiétude se révèle particulièrement masculine (34% des garçons) ;
  • Près d’un adolescent sur quatre (24%) redoute de recevoir une image ou une vidéo qu’il jugerait choquante et les plus jeunes (12-13 ans) expriment une vulnérabilité particulière à cet égard, en citant cette réponse à 35%.  

Le point sur les comportements : des blagues « potaches » aux conduites à risque

Avec le mobile, l’image est désormais présente à tous les moments de la vie des adolescents : 85% envoient des photos ou des vidéos à leurs copains par bluetooth, 81% des adolescents équipés filment des situations qu’ils qualifient d’amusantes. 59% des adolescents équipés ont reçu des photos et des vidéos amusantes.

Dans les établissements scolaires, les comportements exprimés rendent compte non seulement d’une certaine marge de liberté acquise de facto par les adolescents mais également d’une différence importante entre le niveau du collège, au sein duquel les usages mobile restent minoritaires et le niveau du lycée, où ils sont, semble-t-il, la norme :

  • 79% des adolescents équipés utilisent leur mobile dans les couloirs ou la cour de récréation de leur établissement scolaire (58% des collégiens, 93% des lycéens) ;
  • 54% ont déjà reçu un appel qui a fait sonner leur mobile en classe (42% des collégiens, 61% des lycéens) ;
  • 47% des adolescents interrogés indiquent avoir utilisé leur mobile en salle de classe ou de cours (29% des collégiens, 58% des lycéens).

Les comportements induisant une intrusion dans les portables des camarades ou dans l’intimité de ses camarades via le mobile se révèlent également d’autant plus répandus que les adolescents avancent en âge :

  • Prendre le portable d’un camarade pour regarder ses messages, ses photos, ses vidéos : 57% (44% des 12-13 ans, 62% des 14-15 ans, 61% des 16-17 ans) ;
  • Prendre des photos ou filmer des copains / copines sans les prévenir : 44% (30% des 12-13 ans, 42% des 14-15 ans, 53% des 16-17 ans) ;
  • Changer le fond d’écran du téléphone d’un copain / d’une copine : 39% (30% des 12-13 ans, 42% des 14-15 ans, 42% des 16-17 ans) ;
  • Changer la sonnerie du téléphone d’un copain / d’une copine : 29% (22% des 12-13 ans, 27% des 14-15 ans, 35% des 16-17 ans) ;
  • Prendre le portable d’un camarade pour envoyer des messages à sa place : 19% (12% des 12-13 ans, 21% des 14-15 ans, 20% des 16-17 ans).

En ce qui concerne les contacts avec les inconnus, ce sont 4 adolescents par classe qui sont concernés :

  • 15% des adolescents équipés ont en effet déjà donné leur numéro de mobile à un inconnu rencontré sur internet,
  • Une proportion équivalente (14%) a déjà envoyé un SMS à quelqu’un qu’il ne connaissait pas.

7% des adolescents interrogés ont déjà filmé un de leurs professeurs. Ce comportement est moins répandu que les autres mais il concerne tout de même un à deux élèves par classe, ce qui en fait un phénomène loin d’être négligeable. Au même niveau, 8% des adolescents, soit 2 élèves par classe indiquent avoir déjà filmé une bagarre. L’enquête ne révèle aucun profil particulier de ces adolescents : ils ne sont repérables ni à leur sexe, ni à leur âge, ni à leur niveau scolaire, ni au niveau socioprofessionnel de leurs parents. Il en découle une nécessité d’informer et de former l’ensemble de la population adolescente pour prévenir ces comportements.

Au-delà de ces usages, les autres situations à risque étudiées concernent, selon les cas de 6 à 2 adolescents par classe, en se fondant sur un effectif moyen de 25 élèves par classe :

  • 15% des adolescents ont déjà fait circuler des contenus choquants, 16% des adolescents ont déjà été harcelés sur leur mobile : 4 adolescents par classe
  • 14% ont reçu des messages à caractère sexuel de leurs camarades : 4 adolescents par classe
  • 10% ont reçu des messages à caractère sexuel de la part d’inconnus : 2 à 3 adolescents par classe
  • 8% ont reçu des vidéos violentes sur leur mobile : 2 adolescents par classe

Des parents manifestement très impliqué au moment de l’équipement mais peu présents sur l’accompagnement des usages

69% des adolescents interrogés disent savoir, même grossièrement, ce qu’est le logiciel de contrôle parental. Mais seuls 7% d’entre eux indiquent qu’il est installé sur leur mobile. La principale raison de ce décalage tient à la confiance des parents vis-à-vis des adolescents. Cela signifie en creux que les parents voient dans cet outil un moyen de contrôler, « brider » les usages de leurs enfants et pas comme un moyen de prévenir ou de limiter ce qui pourrait arriver à leurs enfants par leur mobile.

Le choix du mobile et le choix du forfait cristallisent l’essentiel des conversations parents / ados autour du mobile. Les usages font en revanche l’objet de peu de conversations au sein des foyers : 14% des adolescents parlent régulièrement de l’accès à internet avec leurs parents, 13% des usages vidéo, et 8% des jeux.

Quant aux motifs de dispute entre les parents et les adolescents autour du mobile, ils se concentrent sur le temps passé au téléphone (50%) ou à envoyer des SMS (47%) et sur le défaut de joignabilité des adolescents (56% de dispute). Le parent qui équipe son enfant d’un mobile exige manifestement de pouvoir le joindre a tout moment.

La grande question des parents (la seule ?) autour du mobile est donc clairement, en 2009, celle de l’équipement, de son moment et de sa nature. Cette étape étant passée, les adolescents semblent autonomes dans leurs usages, dont l’étude montre qu’ils vont croissants avec l’âge et pour lesquels il faut se poser la question de l’éducation et de l’accompagnement.

Étude réalisée du 17 au 19 septembre 2009 pour Action Innocence et l'UNAF auprès d'un échantillon national de 500 adolescents de 12 à 17 ans interrogés par téléphone à leur domicile. Méthode des quotas (sexe, âge, PCS du chef de ménage) et stratification par région et catégorie d’agglomération.