25.10.2006
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Notre étude réalisée pour Télérama fait le point sur les rapports qu'entretiennent les Français avec la télévision. Principaux enseignements : par rapport à 2005, la part des personnes satisfaites de la télévision augmente (54%, pour 46% en 2005). Parallèlement, la part des individus qui jugent que la télévision est meilleure qu'avant augmente en 2006 par rapport à 2005 (43%, pour 38%). Enfin, notre étude montre que la dynamique d'écoute depuis l'équipement d'Internet à haut débit est défavorable à la télévision : 44% des personnes équipées d'Internet haut-débit à leur domicile déclarent passer moins de temps qu'avant devant la télévision, alors que seulement 3% estiment passer plus de temps.

Une légère amélioration des jugements à l'égard du petit écran

La part des personnes qui trouvent que la télévision est meilleure qu'avant a augmenté (43%, +5 par rapport à 2005). Toutefois, cette perception demeure minoritaire. De plus, l'impact de cette amélioration est limité. L'augmentation par rapport à 2005 est en effet exclusivement concentrée sur les individus estimant que le niveau est « un peu meilleur qu'avant » et non « bien meilleur qu'avant ».

Cette évolution à la hausse a pour conséquence une amélioration dans la satisfaction globale du petit écran. Ainsi, contrairement à 2005, une majorité de Français sont satisfaits (54%, pour 46% en 2005). Mais là aussi, on peut qualifier cette satisfaction de « molle ». Elle est presque entièrement composée d'individus « assez satisfaits ». Parmi les individus satisfaits, 50% se disent en effet « assez satisfaits » et 4% « très satisfaits ».

Les individus estimant que la télévision est meilleure qu'avant : les jeunes, les CSP- et les « proches de TF1 »

Le niveau d'exigence est sans doute moins élevé pour les plus jeunes compte tenu du peu d'années dont ils disposent pour faire des comparaisons par rapport à leurs aînés. Parallèlement, la télévision n'échappe pas à ce phénomène de société - particulièrement marqué auprès des personnes âgées - de sacralisation du passé par rapport à un présent souvent dépeint comme décadent.

Par ailleurs, on peut noter que cette meilleure perception du petit écran est davantage tirée par les abonnés à la télévision payante que par les non abonnés. En effet, parmi les abonnés, la proportion de satisfaits passe de 49% à 58% tandis que parmi les non abonnés, elle passe de 44% à 50%.

Les individus estimant que la télévision est moins bonne qu'avant : les 50-64 ans, les CSP + et les  « proches d'Arte »

Les différences nettes de profil du public des chaînes entre TF1 et Arte expliquent sans doute l'origine d'un niveau d'exigence plus fort vis-à-vis de la télévision auprès des proches d'Arte et donc un niveau d'insatisfaction plus élevé. 

La typologie des Français face à la télévision confirme une tendance positive mais pas unanime

Même si le groupe des « frustrés » (pour qui les programmes actuels non seulement ne sont pas satisfaisants, mais continuent en outre à se dégrader) a baissé depuis 2005 (34% en 2006 pour 38% en 2005), il représente toujours la part la plus importante. Parallèlement, la proportion de « comblés » (pour qui les programmes actuels sont meilleurs qu'avant et satisfaisants) augmente fortement (31% en 2006, pour 24% en 2005) - signe tout de même d'une réelle amélioration dans la perception de la télévision.

Un bouleversement dans la hiérarchie des chaînes les plus crédibles

Les évolutions les plus marquantes résident plus dans la modification de la hiérarchie des chaînes correspondant aux attentes que dans l'appréciation globale de la télévision.

TF1 est désormais la chaîne qui correspond le plus aux attentes personnelles.Elle répond aux attentes de 24% des individus - +4 points par rapport à 2005. Elle détrône Arte (16%, -5) qui prend la2ème place. L'image d'Arte reste néanmoins mieux valorisée que celle de TF1. Par rapport à leurs audiences respectives, Arte jouit d'une crédibilité auprès d'une proportion d'individus plus large que son noyau d'audience. Inversement, TF1 ne correspond pas aux attentes d'une partie de son public puisque la perception positive de la chaîne est moins forte que son audience.

M6 est en 3ème position (13%) des chaînes correspondant le plus aux attentes personnelles. Viennent ensuite trois chaînes du service public : France 2 (10%, soit loin derrière son audience moyenne), France 3 (8%) et France 5 (7%).

Les chaînes privées davantage en phase avec les attentes des Français que les chaînes publiques

Les chaînes publiques chutent considérablement par rapport à 2005. En 2006, une minorité de Français considèrent que les chaînes publiques correspondent aux attentes personnelles (41%, pour 55% en 2005 et 47% en 2004) - alors qu'ils sont 44% à estimer que les chaînes privées répondent à leurs attentes (pour 41% en 2005).

L'ensemble des chaînes publiques (France 2, France 3, France 5 et Arte) sont perçues comme moins en phase avec le public qu'en 2005. Parmi les chaînes privées, TF1 et M6 sont jugées plus en phase qu'en 2005 à l'inverse de Canal Plus estimée moins en adéquation avec les attentes des Français.

A noter que la crédibilité des chaînes du câble et du satellite demeure encore confidentielle. L'audience y est sans doute trop fragmentée pour voir émerger une chaîne dans ce domaine.

La distinction n'est pas toujours bien réalisée entre les chaînes publiques et privées (40% estiment qu'il n'y a aucune différence). Quand cette différence est perçue, elle se situe principalement au niveau des programmes (58%) et pas tellement au niveau de l'information (seulement 11%).

Autre signe de ce brouillage entre public et privé, ¼ des interviewés citent TF1 comme étant la chaîne qui incarne le mieux le service public. En outre, près d'un tiers (32%) des chaînes dont on estime qu'elles incarnent le mieux le service public ne sont pas publiques. Les interviewés ont tendance à citer la chaîne dont ils se sentent proches.

On peut donc s'interroger sur le sens de cette distinction entre public et privé et si elle n'est pas susceptible d'être dans un futur proche dépassée par la distinction entre chaînes gratuites et chaînes payantes. Ainsi, seulement 26% des individus estiment qu'il y a de grandes différences entre chaînes du service public et chaînes privées tandis que 40% estiment qu'il y a peu ou pas de différence.

Le clivage TF1 / Arte : deux perceptions symétriques de la télévision

Qu'elles soient positives ou négatives, les opinions à l'égard de TF1 et d'Arte ne laissent pas indifférent et suscitent des réactions marquées. Si ces deux chaînes correspondent le plus aux attentes, ce sont aussi celles que le plus d'individus supprimeraient (26% pour Arte et 23% pour TF1, 20% pour M6).

Un clivage assez net apparaît entre les proches de chacune de ces chaînes qui fait apparaître deux manières de percevoir et d'apprécier la télévision. Chez les proches de TF1, Arte est très nettement rejetée. La réciproque est vraie pour les proches d'Arte. Il émerge en effet d'un côté des individus PSC-, estimant que la télévision est meilleure qu'avant, qui se sentent proches de TF1 et qui supprimeraient Arte. De l'autre, se trouvent des individus plus PCS+, plus âgés et estimant que la télévision est meilleure qu'avant et qui se retrouvent dans Arte et qui aimeraient supprimer TF1.

Une orientation politique perçue comme peu marquée à droite ou à gauche

Moins de la moitié des Français (44%) considère qu'une chaîne est orientée politiquement à droite tandis que moins d'un tiers (29%) considère qu'une chaîne est orientée à gauche. Au sein des ces perceptions minoritaires, TF1 est la chaîne perçue comme la plus orientée à droite (37%) tandis que France 2 est estimée la plus à gauche (14%).

Arte, Canal Plus et M6 sont jugées les plus indépendantes politiquement par respectivement 22%, 15% et 13% des individus. La programmation plus faible d'émissions politiques par rapport à TF1, France 2 ou France 3 constitue sans doute un facteur d'explication de cette perception d'indépendance.

Nicolas Sarkozy (64%), Ségolène Royal (60%) et Jacques Chirac (52%) sont les personnalités politiques dont le traitement est estimé favorable par une majorité d'individus. Il existe là aussi un lien entre la présence à répétition sur le petit écran et la perception d'un traitement favorable.

La diminution du nombre d'émissions politiques et, parallèlement, le phénomène de starification des personnalités politiques expliquent qu'aujourd'hui la personnalité qui se montre le plus à la télévision est naturellement perçue comme la mieux traitée. Le ton éditorial d'une chaîne et ses présentateurs politiques ne semblent plus avoir la même influence dans la structuration de l'opinion. Une chaîne n'est plus intrinsèquement à gauche ou à droite. Elle le devient en fonction des personnalités qui s'y montrent.

Internet, partenaire privilégié de la télévision

La dynamique d'écoute depuis l'équipement d'Internet à haut débit est largement défavorable à la télévision. 44% passent moins de temps qu'avant devant la télévision alors que seulement 3% estiment passer plus de temps. Il s'agit là davantage d'un phénomène de substitution d'un support par rapport à un autre qu'un abandon des programmes TV : les individus peuvent regarder la télévision sur Internet même s'ils la regardent différemment. 

44% des individus ont déjà surfé sur Internet pendant qu'ils regardaient la télévision, tandis que 28 % ont déjà utilisé Internet pour choisir des programmes TV. Internet s'affirme ainsi comme un partenaire indispensable du petit écran.

Perception plus floue du service public, prime donnée au nombre de passages télévisés des hommes politiques, arrivée à maturité des chaînes payantes, émergence d'Internet dans le rapport à la télévision : le petit écran relève désormais davantage d'une économie de la demande, d'un loisir qui se consomme que d'une économie de l'offre, d'un loisir subi.

Etude réalisée du 7 au 12 septembre 2006 pour Télérama auprès d'un échantillon national de 1002 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées par téléphone. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d’agglomération.