21.03.2007
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Notre étude réalisée pour le CEVIPOF permet d'étudier les rapports des internautes à la politique dans le contexte de l'élection présidentielle. Profil sociologique, pratiques médiatiques, implication politique, audience des sites politiques et partisans, intérêt et préférence à l'égard de la présidetnielle, tels sont les principaux points abordés par notre étude.

Les internautes : un profil sociologique spécifique

Aujourd'hui, Internet s'est considérablement démocratisé, à tel point que d'aucuns y voient la résorption de la fracture numérique. Pourtant, à y regarder de plus près, les e-citoyens ne sont pas encore, loin s'en faut, une reproduction virtuelle de la société française.

Il en va ainsi de l'âge : dans la population française, les moins de 34 ans comptent pour 28% (1) alors qu'ils représentent 43% des internautes en 2007 (2). Quant au plus de 50 ans, ils sont deux fois plus représentés dans la société que sur la toile (respectivement 45% et 24%). Il en va également du niveau de diplôme : 25% des Français déclarent avoir au moins le baccalauréat (3) pour 74% des internautes (4).

Avec de telles disparités il n'est donc guère surprenant que l'on retrouve davantage de cadres ou de professions intermédiaires parmi les internautes (respectivement 15% pour moins de 8% de la population globale et 21% pour 12%).

Quand on parle de l'incidence d'Internet dans la vie politique, il convient donc d'avoir à l'esprit que la population des internautes ne peut se superposer à la population française, a fortiori à l'électorat. Les seniors, les peu diplômés et les catégories populaires, qui représentent une part non-négligeable de cet électorat, sont bien moins présents sur le net.

Des internautes plus impliqués politiquement

Avec ce type de profil, on s'attend à un degré d'implication plus fort en politique des internautes, cette implication allant souvent de pair avec un haut niveau socioculturel. C'est effectivement le cas puisque 61% des internautes se disent très ou assez intéressés par la politique pour 48% des Français en général.

Mais ce différentiel n'est pas qu'affaire de composition des internautes : 56% des internautes déclarant un diplôme inférieur au baccalauréat se disent intéressés par la politique pour 42% des électeurs de même niveau d'étude. En revanche, les internautes bacheliers sont 48% à se dirent intéressés pour 54% de l'ensemble de la population de ce niveau. De même 66% des internautes déclarant un niveau d'étude supérieur se disent intéressés pour 77% de l'ensemble des Français de ce niveau.

Cela est dû à un effet singulier de la conjonction entre âge et diplôme : les plus jeunes (moins de 34 ans) sont autour de 90% à avoir le baccalauréat tandis que les plus âgés ne sont plus que 62% environ. Or, les titulaires d'un baccalauréat de moins de 34 ans ne sont que 56% à se déclarer intéressés, soit environ le niveau d'intérêt des plus de 34 ans sans le bac.

Deux profils d'internautes semblent donc se dégager.

- Pour les plus âgés, Internet attire les citoyens les plus actifs politiquement, comme si leur préoccupation des affaires de la cité et de la société les incitait à participer davantage et donc à se saisir de ce nouvel outil de participation politique

- Pour les plus jeunes, la volonté de s'impliquer en politique ou dans les affaires publiques ne jouent pas dans leur présence sur la toile. Internet fait partie de leur quotidien, de leur environnement naturel.

En résumé, les plus âgés ont plus un profil de citoyen actif tandis que les plus jeunes peuvent, en la matière, être plus spectateurs qu'acteurs.

Des internautes moins polarisés que l'ensemble de la population

Comme pour l'implication politique, on devrait s'attendre à une forte inscription des internautes dans le clivage droite-gauche, notamment parce qu'ils manifestent à la fois un fort intérêt et un fort niveau socioculturel. Ce n'est pas ce qui se passe. Si l'on compare nos deux enquêtes réalisées à peu de temps d'intervalle, l'une auprès d'un échantillon d'internautes, l'autre auprès d'un échantillon représentatif de la population française en général, on trouve de façon relativement inattendue, un peu plus de désalignés chez les internautes que dans l'ensemble de la population : 36% se déclarent au centre ou ni à gauche ni à droite pour 32%. Dans le détail, on compte 27% de cyber-citoyens de gauche, pour 29% parmi les Français en général, 22% de droite pour 25%, 14% au centre.

Face à ce désalignement, deux hypothèses :

- Soit un effet de composition dû à l'âge : de manière générale, les jeunes sont dans un « moratoire politique » qui ne les incite pas à prendre parti. Leurs alignements politiques ne sont donc pas encore structurés.

- Soit à l'émergence d'un « nouvel électeur » qui profiterait désormais d'Internet pour s'affranchir des pesanteurs partisanes traditionnelles en utilisant les potentialités du réseau pour se faire sa propre opinion : un électeur plus informé ou informé différemment.

Lorsque l'on teste ces deux hypothèses :

Première surprise : ce n'est pas parmi les plus jeunes que le pourcentage de non-alignés est le plus fort : on compte 25% de ninistes parmi les internautes de 18-24 ans soit autant que parmi les internautes de 50 ans et plus (27%) et moins que chez les internautes de 25-34 ans (38%) ou de 35-49 ans (47%).

Proportion de non-alignés selon l’intérêt pour la politique et l’âge

Deuxième surprise : les jeunes internautes prennent donc plus souvent position dans le champ politique que le reste de leur génération et c'est le seul groupe à agir ainsi.

Troisième surprise : pour les autres classes d'âge, on constate une plus forte proportion de ninistes que chez les Français en général (+5 points parmi les internautes de plus de 50 ans à +13 points parmi les internautes de 35-49 ans). Et encore ne tient-on pas compte ici des différences socioculturelles. En effet, on constate toujours une plus forte proportion de non-alignés parmi les internautes bacheliers et intéressés par la politique en comparaison du reste de la population (ainsi, par exemple : les enquêtés de 25-34 ans, niveau bac et intéressés par la politique ne sont que 15% à se dire ninistes pour 26% des internautes de même situation).

Il semble donc que le réseau attire bien - ou contribue - au développement d'un autre type d'électorat à la fois plus impliqué politiquement mais aussi potentiellement plus mobile et donc possiblement plus sensible à ce que sera la campagne électorale des prochains mois. Il faut cependant noter que ces internautes se caractérisent aussi par un fort niveau d'exigence : 66.5% des non-alignés intéressés vont suivre le débat présidentiel sur Internet pour 24% des non-alignés peu ou pas intéressés par la politique. Pourtant, les premiers comme les seconds font montre d'une même défiance vis-à-vis des responsables politiques (85% pour 90%) et considèrent que la situation économique de la France n'est pas bonne (67% pour 78%). Enfin, 50% d'entre eux considèrent que la démocratie fonctionne mal. Autrement dit, ces non-alignés intéressés sont dans une logique de citoyenneté mobile certes, mais aussi critique. Les convaincre pour un camp ou un autre ne sera pas chose aisée.

Internet : une pratique médiatique complémentaire

Les cyber-citoyens diffèrent-ils dans leur pratique médiatique du reste de l'électorat ? Internet est-il un média de substitution ou bien un média de complément ?

Quand on demande aux internautes interrogés quel moyen d'information ils utilisent en priorité pour s'informer sur l'élection présidentielle, la toile n'est pas aussi privilégiée qu'on aurait pu le penser. Comme dans le reste de la population même si c'est dans de moindre proportion, c'est la télévision qui est le plus souvent cité (46% par les internautes pour 57% de l'ensemble). Puis vient la radio (18% pour 15%). Internet est le principal moyen de s'informer d'un cyber-citoyen sur 10 (9% pour 4% de l'ensemble de la population).

En cumulant les différents médias que peuvent utiliser les internautes pour s'informer, le réseau n'arrive qu'en 5e position (cité au total par 48%), derrière la télévision (82%), la radio (63%), la presse écrite (61%) et l'entourage (55%). Le réseau ne devance que les émissions humoristiques (36%) et les livres politiques (24%).

On pourrait penser que des pratiques auraient pu apparaître dans lesquelles Internet prendrait une dimension de média dominant, mais ce n'est finalement guère le cas. Médiatiquement, Internet n'est pas une nouvelle sphère virtuelle, mais bien le prolongement des médias traditionnels. Les internautes se singularisent aussi du reste de la population par des comportements bien plus plurimédias. Internet apparaissant parfois comme le moyen d'organiser ce plurimédias, notamment chez les plus jeunes.

Internet : un espace de participation et d'information politique encore limité

Internet ne peut cependant pas être envisagé comme un instrument pour amener à l'information politique ou à la participation politique des e-lecteurs qui n'y sont pas préalablement préparés. Ainsi que l'on soit jeune ou âgé, diplômé ou non, ce qui amène à un usage politique d'Internet est avant tout le fait d'être intéressé par les affaires publiques. Internet n'est donc que le prolongement de la participation politique avec d'autres moyens.

Parmi les différentes activités politiques possibles sur Internet, une seule est pratiquée par au moins un internaute sur trois (la consultation de sondage en ligne (et encore on peut y voir un effet de constitution de l'échantillon), cinq activités sont pratiquées par près d'un internaute sur quatre : s'abonner à une newsletter (23%), trouver ou envoyer des contenus humoristiques (23%), faire des recherches sur un candidat (23%), rechercher le programme d'un parti ou d'un candidat (24%), transmettre de l'information ou des liens (26%) et lire des discussions ou des blogs politiques (26%).

Mais la pratique de ces activités découle plus d'une prédisposition à l'implication politique qu'à la captation d'un nouveau public via le web. Pour preuve : chez les jeunes qui disent ne pas être intéressés par la politique, l'utilisation du net en tant qu'outil d'information ou d'action politique ne touche qu'entre 0 et 14% des individus. L'effet pourrait sembler plus important chez les plus âgés peu intéressés par la politique puisque plusieurs activités sont pratiquées par au moins 15% des individus, mais les activités en question peuvent s'apparenter à des pratiques « passives » (consulter des sondages, s'abonner à une newsletter) ou para-politiques (envoyer des contenus humoristiques). Une seule activité peut avoir une fonction d'influence sur leur réseau de proches, ce qui, à terme, peut s'avérer un élément important du net dans les campagnes présidentielles : faire suivre des informations. Ici le net comme réseau pourrait devenir un élément de relais et particulièrement dans les strates de l'électorat les moins connectés au politique.

C'est parmi les internautes intéressés par la politique qu'un activisme politique semble émerger. Celui-ci passe avant tout par la recherche d'informations sur les programmes (36%), ou sur le bien-fondé d'arguments politiques (27%) et par la transmission d'informations par Internet (33%).

On voit finalement bien ce que les e-lecteurs impliqués trouvent dans leur pratique politique du réseau. C'est avant tout un outil informatif (newsletter, lecture des forums ou des blogs, outils de recherche sur les candidats et les débats).

Surtout, on voit combien le politique reste minoritaire dans la pratique du net : 72% des internautes consultent des blogs, mais 26% lisent des discussions ou des blogs politiques. 62% téléchargent des films ou de la musique et 7% des podcasts ou videocasts politiques. L'idée d'un e-citoyen s'emparant des outils virtuels pour agir dans le débat et interpeller les responsables politiques doit donc être considérablement nuancée. Les blogueurs « politiques » constituent une infime minorité des internautes (3%) et même la discussion sur les forums politiques reste marginale (7%), alors que 63% des internautes interrogés disent participer à des forums de discussions.

L'audience des sites politiques

La fréquence de visite des sites politiques

Comme on pouvait s'y attendre au vu de la place relativement faible des activités liées à la politique dans l'ensemble des usages d'Internet, l'audience des sites politiques reste elle aussi assez marginale chez les internautes.

Ainsi, un internaute sur deux dit fréquenter (5) les sites caritatifs ou associatifs. Près de 3 internautes sur quatre a déjà consulté les sites d'informations qu'ils soient de déclinaison médiatiques ou spécifiquement virtuels, avec une fréquentation particulièrement intense pour les portails web d'information (29% les consultent souvent) pour et pour les médias traditionnels sur le web (16% les consultent souvent).

Côté sites institutionnels, l'aspect recherche pratique est également très répandu particulièrement localement : au moins quatre internautes sur cinq déclarent fréquenter le site d'une collectivité régionale, départementale ou communale. C'est également le cas au plan national (sites ministériel ou gouvernemental). Mais c'est bien parce que ces sites proposent vraisemblablement des informations pratiques puisque les sites purement institutionnels comme le Sénat, l'Assemblée nationale ou la Présidence de la République restent aussi peu fréquentés que ceux des candidats.

Pour étudier la propension des internautes à visiter les sites politiques, nous avons regroupé les internautes qui visitaient (souvent, de temps en temps ou rarement) au moins un site politique parmi les sites suivants :

    - site du Président de la République
    - site de l'Assemblée nationale ou du Sénat
    - sites citoyens
    - sites de blogueurs politiques
    - site de l'UMP ou de soutien à Nicolas Sarkozy
    - site du PS ou de Désirs d'avenir ou de soutien à Ségolène Royal
    - site du Pacte écologique
    - autre site de soutien à un candidat

Globalement, la moitié des internautes (49% exactement) sont déjà allés sur un site politique. Parmi ceux-là, 25% visitent souvent ou de temps en temps (en excluant donc ceux qui les visitent rarement) au moins un site politique.

Profil socio-démographique des internautes visitant ou non des sites politiques

On observe par ailleurs que les internautes qui visitent des sites politiques ont tendance à pratiquer davantage d'activités sur Internet que les autres. Ainsi, 34% ont fait des rencontres (contre 28% des internautes qui ne vont jamais sur un site politique) ; 22% ont effectué des transactions en bourse en ligne (contre 16%) ; 67% ont téléchargé de la musique ou des films (contre 57%) ; 83% ont téléchargé des documents ou formulaires administratifs (contre 72%) ; enfin, 83% ont visité le site de leur mairie, département ou région pour obtenir des informations sur la vie locale (contre 64%). On peut penser que les visites de sites politiques participent d'une plus grande curiosité à l'égard des ressources et des applications d'Internet, mais aussi sans doute d'une plus grande habileté à s'en servir, comme mis en évidence dans les enquêtes américaines.

Logiquement, la propension à visiter un site politique est très fortement liée à l'intérêt pour la politique. 84% des internautes qui disent s'intéresser beaucoup à la politique ont visité au moins un site politique, pour 54% de ceux qui s'intéressent assez à la politique. En revanche, 65% des internautes qui s'intéressent peu à la politique n'ont jamais été sur un site politique. Et la quasi-totalité des internautes qui ne s'intéressent pas du tout à la politique n'a jamais visité de site politique.

L'audience des sites partisans

Au sein des sites politiques, la faible fréquentation des sites partisans relativise la place que cet outil a pris dans les représentations médiatiques et politiques et souligne l'aspect « bulle » de la campagne sur le net. Ségolène Royal a fait de Désir d'avenir l'une des bases de son positionnement novateur, or à peine 2.5% des internautes disent s'y connecter souvent, soit un peu moins que pour la Sarkosphère (3.5% bien qu'il faille rester prudent avec un écart aussi faible). Les blogs touchent peu ou prou la même proportion d'internautes. Cependant, ces minorités numériquement extrêmement faibles servent de relais d'opinion et assument une fonction de propagateurs « viraux » d'information, puisque ces individus sont près d'un sur deux à transmettre des informations politiques à leur entourage. De ce fait, l'impact de ces sites peut sensiblement excéder leur audience.

Proportion de visiteurs de différents sites partisans selon l’orientation politique



Il est également un phénomène intéressant que permet le web. Ces sites partisans attirent certes les leurs : fin janvier 2007, 23% des internautes de gauche déclaraient avoir visité la Ségosphère, mais aussi 16% de ceux de droite. Parallèlement, 36% des internautes de droite disaient avoir visité la Sarkosphère et 12% des internautes de gauche (ce qui dénote d'ailleurs une meilleure mobilisation virtuelle des soutiens internautes de Nicolas Sarkozy).

Mais ce public « acquis » ne représente pas la majorité des visites. Si on développe maintenant une approche par visites de sites, on constate que 39% des visites de la Ségosphère le sont par des internautes de gauche, 22% par ceux de droite, 20% par les ninistes et 19% par les centristes. 42% des visites de la Sarkosphère viennent de la droite, 18% de la gauche, 23% des ninistes et 17% du centre. Autrement dit, le web est aussi un lieu de confrontation à l'altérité politique permettant de s'informer sur des candidats qu'on ne serait pas forcément allé voir en meeting ou que l'on n'aurait pas forcément regardés à la télévision. Surtout, on voit comment les électorats flottants ou tangents, centristes et non-alignés, peuvent profiter du net pour effectuer leur choix : au centre par exemple, Sarkosphère et Ségosphère attirent presque autant. Quant aux non-alignés, certains persistent dans leur apolitisme (comme le dénote le faible taux de visite globale des ni de gauche ni de droite), mais les non-alignés interessés par la politique s'avèrent aussi « visiteurs » que leurs homologues centristes, avec une plus grande attirance pour la Sarkosphère (+6 par rapport à la galaxie Royal). Il faut néanmoins noter chez ces non-alignés impliqués dans la vie de la cité un désir de renouvellement politique que traduit notamment leur attirance pour le site d'un outsider : Nicolas Hulot. La réussite de l'initiative récente de Nicolas Hulot apparaît spectaculaire à l'examen de la fréquentation de son site par les internautes. Un quart des internautes a en effet visité au moins une fois son site. Et le fréquentation de ce site surclasse celles de la Sarkosphère et de la Ségosphère.

Un intérêt marqué pour l'élection présidentielle 2007

Comme on pouvait s'y attendre avec un niveau d'implication politique aussi élevé, l'intérêt des internautes pour l'élection présidentielle est élevé. En janvier, 62% d'entre eux se disaient très intéressés par cette échéance et 26% assez, ce qui dénote une implication personnelle supérieure de 14 à 15 points aux niveaux d'intérêt mesurés au même moment dans l'ensemble de la population française.

Surtout, chez les internautes, cet intérêt dépasse le cercle des personnes intéressées par la politique. Très logiquement, tous ceux qui se disent intéressés par la politique s'intéressent aussi à l'élection. Mais c'est aussi le cas de 74% des internautes peu intéressés par la politique et 52% des pas du tout intéressés par la politique. Quand on sait que traditionnellement ces derniers expriment généralement une attitude globale de rejet de la politique « telle qu'elle se fait », on mesure combien l'élection de 2007 peut marquer un retour en grâce de la politisation et de la mobilisation, chez les internautes tout au moins.

Un autre phénomène est à noter qui vient confirmer une spécificité de l'élection à venir chez les internautes : il n'y a quasiment pas d'incidence de l'âge dans l'intérêt pour l'élection présidentielle. Les jeunes semblent être tout aussi mobilisés que leurs aînés alors qu'ils restent généralement en retrait de l'acte électoral et du politique en particulier. On pourrait même parler d'une sur-mobilisation de la jeunesse : les moins de 35 ans peu intéressés par la politique le sont pourtant à 82% dès lors qu'il s'agit de l'élection. A titre de comparaison, les plus de 35 ans peu intéressés par la politique se disent à 62% intéressés par la consultation.

Cette mobilisation électorale est bien sûr aussi affaire de mobilisation politique c'est donc sans surprise que les internautes qui se placent à gauche, au centre et à droite sont les plus intéressés par les échéances de 2007 : les proportions d'intéressés sont respectivement de 94%, 99% et 97%, pour 73% pour les non-alignés. Il faut cependant remarquer que les non-alignés intéressés, s'avèrent déjà tout aussi mobilisés que les alignés : 96% d'entre eux se disent beaucoup ou assez intéressés par la présidentielle.

Élection présidentielle 2007 : indécision et espace des possibles

Avec ce niveau de mobilisation on pourrait s'attendre à une cristallisation précoce des choix électoraux, mais les choses ne sont pas aussi simples. L'enquête comporte une manière originale d'approcher le choix électoral. Plutôt que de mesurer une intention de vote simple qui masque les phénomènes d'hésitation, nous avons procédé différemment : en demandant d'abord aux personnes interrogées quels sont les candidats pour lesquels ils pourraient voter, avant de leur demander lequel ils préféreraient. On peut ainsi mieux approcher l'espace des possibles électoraux, ce qui, compte tenu du temps qui restait fin janvier avant l'élection, est plus représentatif de la manière dont les électeurs se déterminent. Les résultats sont éclairants : fin janvier, 30% des internautes n'avaient coché aucun des candidats supposés ou réels qui leur étaient proposés, 24% en ont choisi un, 23% deux, 14% trois, et 9% quatre ou plus.

Les intentions de vote masquent une réelle hésitation de la part de cette population pourtant particulièrement intéressée par la politique comme par l'élection à venir. Bien sûr, on retrouve derrière le non-choix des logiques sociopolitiques traditionnelles : il est plus fréquent chez les internautes jeunes (30% chez les 18-24 ans et 40% chez les 25-34 ans pour 20% chez les 50 ans et plus), chez les internautes se déclarant peu intéressés par la politique (44% chez les peu intéressés pour 13% chez les très intéressés) ou les internautes peu intéressés par l'élection (22% chez les beaucoup intéressés, 40% chez les assez intéressés, 52% chez les peu intéressés) ou chez les non-alignés (50% des ninistes).

Sur ce dernier point, on observe d'ailleurs une cristallisation plus avancée à droite qu'à gauche : 8% de non choix à droite pour 19% au centre et 25% à gauche. Il reste donc parmi les internautes, et a fortiori parmi les électeurs en général encore du chemin à faire pour les candidats, ne serait-ce que pour susciter au moins une préférence positive en leur faveur.

De surcroît, disposer d'une préférence n'implique pas que le choix d'un candidat est fait, bien au contraire (6). Pour l'heure, l'hésitation entre plusieurs options est présente dans toutes les strates de l'échantillon internaute. Ainsi, avec l'accroissement de l'intérêt politique, l'espace des possibles se rétrécit (tout simplement parce que les plus intéressés sont aussi les plus connectés avec la politique telle qu'elle se fait, donc les plus souvent fortement liés à un parti, et souvent par ricochet à un candidat). Mais ce rétrécissement n'élimine pas l'hésitation entre plusieurs candidats : 33% des beaucoup intéressés citent un seul candidat pour 22% des peu intéressés, mais 53% des beaucoup intéressés citent plusieurs candidats pour 33% des peu intéressés. Ces derniers n'ont probablement pas encore développé de préférence pour un candidat. Ils sont en outre dans un rapport plus négatif à l'égard de la politique. Les hésitations ne sont pas de même nature mais laissent encore de larges marges d'effritement ou de progression aux candidats.

On notait précédemment que les internautes de droite semblent plus mobilisés que ceux des autres camps politiques mais elle n'est pas non plus dans une restriction de l'espace des possibles. Gauche et droite se caractérisent par une proportion de 33% des cyber-citoyens qui n'ont qu'un candidat dans leur espace des possibles, mais 42% des électeurs de gauche et 58% des internautes de droite en ont au moins deux. Quant au centre, c'est le camp politique le plus marqué par l'ouverture de l'espace des possibles puisque les cyber-citoyens qui s'en réclament sont seulement 17% à n'avoir de préférences que pour un candidat, et 68% à hésiter entre au moins deux (dont 38% entre trois, plus fort score).

Deux segments électoraux peuvent donc faire la différence : les non-alignés, qui pour l'heure sont encore dans l'hésitation négative (choisir au moins un candidat), et le centre. Ce segment est particulièrement important puisqu'il pourrait éventuellement décider de la victoire à l'élection présidentielle.

Le centre internaute n'est pas le prolongement idéologique de la droite

Gauche et droite se caractérisent par des espaces des possibles internes à leur camp différents : ils sont 23% à gauche à pouvoir voter pour un candidat de droite et 11% à droite. Mais au centre 41% des internautes pourraient le faire pour un candidat de gauche et 75% pour un candidat de droite. Pour les ninistes, 28% citent au moins un candidat de gauche et 36% au moins un candidat de droite. Pour l'instant, les internautes penchent donc plutôt vers la droite mais rien n'est joué.

Pour preuve, quand on détaille les résultats obtenus fin janvier 2007 par candidat : Nicolas Sarkozy devance Ségolène Royal de 5 points (36% contre 31%) en termes de potentiel électoral mais la surprise est de trouver François Bayrou aussi haut puisque près d'un internaute sur quatre (25%) pourrait voter pour lui. Jean-Marie Le Pen est rejeté loin derrière ce trio de tête, ce qui n'est guère surprenant si l'on considère que le niveau de diplôme de notre échantillon est en moyenne relativement élevé, un déterminant structurellement défavorable au leader de l'extrême droite. A noter encore qu'il fait quasiment jeu égal avec Arlette Laguiller et Olivier Besancenot.

Les deux candidats en tête en janvier sont dans des situations à la fois différentes et semblables. Différentes en ce que Nicolas Sarkozy suscite une plus grande adhésion dans son camp que Ségolène Royal en janvier : 83.5% des électeurs de droite peuvent voter pour le président de l'UMP quand 65% des internautes de gauche optent pour la présidente de Poitou-Charentes. Similaires en ce que les adversaires politiques de chacun de ces candidats sont mobilisés contre eux (93% des internautes de gauche n'envisagent pas de voter Sarkozy, tout comme 93% des électeurs de droite face à Royal). Similaires aussi parce que tout deux sont à la lutte dans les électorats tangents. Parmi les électeurs qui mettent Ségolène Royal dans leur espace des possibles, 21% sont ninistes et 17% centristes. Quant à Nicolas Sarkozy, il compte 24% de ninistes et 19% de centristes. Similaires enfin parce que, pour l'heure, leur potentiel électoral est le mieux traduit en intention de vote au premier tour : Ségolène Royal conserve 58% de son potentiel électoral (7) et Nicolas Sarkozy fait encore mieux avec 68% de son électorat potentiel (8). En revanche François Bayrou (9) et Jean-Marie Le Pen sont loin derrière quant il s'agit de « résister » puisque qu'ils ne conservent que 28% et 31% de leur potentiel.

Notes :
1. INSEE, Enquête Emploi 2002, redressée 2006.
2. TNS Sofres, Données de cadrage, 2006.
3. INSEE, ibid.
4. TNS Sofres-CEVIPOF, 2006.
5. Nous retenons ici les enquêtés ayant répondu fréquenter ces sites souvent, de temps en temps et rarement.
6. Pour mémoire, l’hésitation face au choix électoral est allée croissante depuis 1988 : 14% des électeurs ont exprimé, le 21 avril 2002, un vote d’isoloir, plutôt qu’un choix construit depuis longtemps.
7. L’électorat potentiel de Royal choisit Bayrou à 7%, Sarkozy à 8% et Royal à 55% et Le Pen à 5% et 20% ne sait pas encore
8. L’électorat potentiel de Sarkozy choisit Bayrou à 8%, Sarkozy à 65% et Royal à 3% et Le Pen à 5% et 13% ne sait pas encore.
9. L’électorat potentiel de Bayrou choisit Bayrou à 26%, Sarkozy à 21% et Royal à 19% et 21% ne sait pas encore.

Étude réalisée du 16 au 29 janvier 2007 sur Internet auprès d'un échantillon de 1000 internautes représentatif de la population française internaute âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (Sexe, âge, PCS, région*agglo).