26.10.2015
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Les jeunes adolescents rencontrés se vivent et se décrivent dans l'ensemble comme satisfaits de leur vie et à l'aise dans leur univers. 14 ans à cet égard apparaît comme un âge véritablement charnière entre l'enfance et l'âge adulte où les personnalités se dessinent ou s'affirment, où les relations avec les parents et les amis sont interrogés et où les différences de maturité selon les profils apparaissent très nettement.

Au-delà de la diversité des adolescents rencontrés et de leurs trajectoires personnelles, un certain nombre de points et d’éléments communs apparaissent comme structurants. Les adolescents vivent presque exclusivement dans le présent qui concentrent leurs pensées et leurs préoccupations : le passé est très peu présent et l’avenir plutôt tenu à distance, sans pessimisme mais avec le sentiment que rien n’est encore joué et que le temps des choix (et donc des renoncements) peut encore être retardé.

Le monde des adolescents se divise en trois temporalités / trois univers très compartimentés entre lesquels les passerelles sont peux nombreuses et où domine l’étanchéité :

  • L’univers de la contrainte, le temps scolaire : celui-ci structure très fortement le quotidien des adolescents, mais c’est un temps très peu investi émotionnellement et qui ne semble pas porteur de valeurs pour eux. Dans cet univers domine chez les adolescents la passivité : c’est un temps qui leur est imposé et même s’ils sont conscients de l’importance des études ils ne paraissent pas dans l’ensemble chercher à être actif ou à se dépasser. Pour beaucoup et notamment les élèves moyens l’objectif assumé est de travailler suffisamment pour « faire le job »,  sans pour autant sacrifier ce qui est important à savoir le temps libre, les amis, les passions. Les difficultés scolaires peuvent toutefois être également source de souffrances et conduire au développement d’un grand manque de confiance en soi.
  • Un temps libre (celui des amis, des activités, « pour soi ») : c’est un univers beaucoup plus investi émotionnellement et porteur de valeurs qui s’expriment dans le rapport aux autres mais aussi à des passions structurantes ou au jeu. C’est le temps dans lequel les adolescents se sentent véritablement actifs et ont le sentiment de se construire peu à peu. A cet égard la sociabilité est encore largement marquée par la recherche d’une certain normalité, le respect du conformisme même si des tentatives de s’affirmer davantage face au groupe s’affirment un peu plus.
  • Le temps de la famille : entre contrainte et liberté, un univers fortement investi émotionnellement, décrit comme un pilier même si on note progressivement un certain détachement ou éloignement à l’égard des figures parentales. Si les adolescents décrivent largement des relations familiales bonnes et aisées, la famille peut aussi être le lieu de tensions liées au respect de la règle et de l’autorité parentale mais aussi de souffrances face à des difficultés de communication avec un parent lointain ou absent.

Au-delà des ces trois univers, le monde extérieur, celui des adultes est perçu comme lointain, a priori assez agressif et éloigné de leurs préoccupations. Les adolescents tendent à cet égard à s’estimer trop jeunes pour s’intéresser vraiment à ce monde et certains le revendiquent. Des événements peuvent toutefois surgir violemment dans leur réalité – comme cela a été le cas des attaques à Charlie Hebdo : on observe alors des différences de réactions, entre mise à distance et tentatives de compréhension, qui révèlent un rapport au monde encore en construction.

Enquête qualitative par entretiens semi-directifs : 30 entretiens individuels d’une durée de 2 h environ (intégrant une phase ethnographique d’observation du lieu de vie) conduits du 6 au 16 février 2015, auprès de 30 jeunes de 14 ans (scolarisés en 3e – pour la plupart – ou en 4e).  Ces entretiens ont été répartis en fonction des variables suivantes :
 
Trajectoire sociale et scolaire
  • 6 entretiens auprès de jeunes issus de familles CSP+ et réussissant scolairement
  • 16 entretiens auprès de jeunes ayant un niveau scolaire moyen (CSP variées)
  • 8 entretiens auprès de jeunes issus de familles CSP-, en échec ou décrochage scolaire

Projet d’orientation

  • 15 entretiens auprès de jeunes ayant un projet d’orientation vers une filière générale
  • 15 entretiens auprès de jeunes ayant un projet d’orientation vers les filières techniques ou professionnelles
Sexe
  • 15 entretiens auprès de garçons
  • 15 entretiens auprès de filles

Lieu de vie

  • 6 entretiens à Paris et RP 
  • 8 entretiens à Tours
  • 8 entretiens à Rennes
  • 8 entretiens àMontpellier
  • Au sein de chaque point de chute, nous avons fait varier les lieux de vie entre centreville, banlieues, zones périurbaines proches et éloignées.